L'institution phare de la finance islamique ? la banque sans intérêt ? interroge, intrigue et fascine tant le grand public que le milieu de la recherche. Mais s'il est partout bien question de finance islamique, rares sont les sources francophones de première main disponibles sur le sujet. De ce constat troublant nait le projet de traduire de l'arabe vers le français le traité du fameux auteur et clerc irakien Muhammad Baqir al-Sadr (1931-1980) : La banque sans intérêt en Islam (1972). Cet ouvrage est longtemps resté inédit et inaccessible aux milieux académiques européens. C'est ce vide qui est ici comblé afin de consolider les futures recherches entreprises dans ce domaine. Rédigée initialement sur une commande du ministère koweïtien des Biens de mainmorte, l'importance de cette étude ne tient pas uniquement au succès rencontré par sa publication à partir des années 1970 dans le monde arabe et au-delà ; il s'agit surtout d'une brillante illustration technique de la méthode heuristique élaborée par al-Sadr afin de garantir à la réflexion islamique une authenticité questionnée par le tragique tiraillement entre la norme islamique et la réalité économique contemporaine. Mû par l'exigence d'un compromis de civilisation, le modèle bancaire proposé par al-Sadr assume pleinement tant le rôle de la pratique coutumière (?urf) et les conditions imposées par le système bancaire conventionnel que la stricte discipline du fiqh musulman. L'auteur concède en outre que la réponse à l'épineux défi posé par l'intérêt bancaire doit se réfléchir différemment selon que l'on considère une simple entité commerciale ou un système bancaire dans son ensemble. Pour toutes ces raisons, cet ouvrage aujourd'hui rendu accessible au lecteur francophone est une incontournable référence en matière de finance islamique. Le texte de la traduction est précédé et agrémenté d'une savante préface du professeur et juriste libanais Chibli Mallat, complétant l'introduction critique rédigée par le traducteur Julien Pélissier. Muhammad Baqir al-Sadr irakien né vers 1931 dans une grande famille chiite de Najaf. Juriste marja al-taqlid et enseignant reconnu de la Hawza de Najaf dans les années 1970, il a écrit, entre autres, Notre Economie, Les grandes lignes de l'économie islamique, Notre philosophie ou La Banque sans intérêt en Islam. Assassiné en 1980 par le régime bassiste, al-Sadr a fortement marqué toute une génération de penseurs et de religieux jusqu'à aujourd'hui. Julien Pélissier est un chercheur et traducteur français. Il a notamment soutenu une thèse à l'Université de Toulouse sur la méthodologie employée par Muhammad Baqir al- Sadr dans son ouvrage Notre Economie. Il a été chercheur postdoctoral au sein du programme de recherche WAFAW à l'Iremam d'Aix-en-Provence (CNRS). Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, de l'Institut français du pétrole et de l'Université de Lorraine. Il est persanophone et arabophone.
Qu'est-ce que l'être? Cette question passe pour fonder la philosophie. Encore faut-il s'entendre sur le sens du mot "être". L'essence des choses détermine-t-elle leur existence? Devons-nous affirmer, au contraire, que l'existence conditionne l'intensité d'être qui qualifie une certaine réalité? Mollâ Sadrâ Shîrâzî, dans ce traité écrit en Iran au siècle de Descartes et de Leibniz, médite ces questions qui sont encore les nôtres. Mais les solutions qu'il propose s'évadent hors de nos perspectives, après avoir opéré une révolution décisive dans la métaphysique des Orientaux. Penseur shî'ite en butte à la persécution, Mollâ Sadrâ est la plus haute figure de la philosophie iranienne islamique au temps splendide de la cour safavide d'Ispahan. Sa doctrine du primat de l'existence, que le présent ouvrage expose complètement, ouvre sur une interprétation spirituelle de la résurrection des corps. Cette traduction par Henry Corbin, qui fut aussi l'éditeur du texte original, a fait événement: par son ample introduction, il situe la question de l'être et déploie une explication comparée de ce que l'Occident grec puis médiéval en ont fait, avec la tradition shî'ite.
Sadr al-Dîn al-Sîrâzî Muhammad ibn Ibrahim ; Jambe
Mullâ Sadrâ est l'un des plus grands penseurs de l'Islam. Il vécut en Iran à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, sous le règne de Shâh Abbâs 1er. Son oeuvre y est considérée, aujourd'hui encore, comme le système complet des sciences philosophiques et elle occupe une place centrale dans l'enseignement de la sagesse spirituelle. Résolument orientée vers un pôle de méditation mystique, cette lecture du Verset de la Lumière (Coran 24 : 35) est une oeuvre d'art, éclairée par l'aveuglante lumière que la présence divine projette sur les miroirs des formes et des images : Dieu est apparition, et l'homme, en sa nature parfaite, est la plus complète manifestation de cette expansion de la lumière divine. Ce chef-d'oeuvre de l'exégèse symbolique shî'ite culmine en une métaphysique de l'amour, où il découvre le sens caché de la vocation prophétique. Il repose tout entier sur cette parole étonnante de l'Imâm Alî ibn Abî Tâlib : " Je ne pourrais pas servir un seigneur que je ne verrais pas. "
Interdit de publication par les Allemands en 1943, Le Journal de Spirou continua pourtant d'être produit et distribué clandestinement dans les rues de Bruxelles. Se résumant à une page pliée mettant en scène Spirou, Fantasio et Spip, le "journal" était signé par le dessinateur Al, un émule de Gus Bofa et de Jigé. Se procurer alors ce Journal de Spirou distribué sous le manteau s'apparentait à une véritable chasse au trésor : sur chaque dessin étaient imprimés, codés, la date et le lieu de distribution du numéro suivant. Dans chacun des 41 numéros de ce Journal de Spirou clandestin, Spirou, Fantasio et Spip partagent le quotidien des Bruxellois. Rationnement, systèmes D, bombardements, répression allemande... Tous ces sujets graves qui faisaient le quotidien des adultes et des enfants sous l'Occupation sont présents dans ces dessins, souvent caustiques, toujours frondeurs, qui constituent de véritables petits bijoux pour le lecteur d'aujourd'hui. Introuvables depuis des décennies, ces tracts ont été confié par un des descendants du dessinateur aux Éditions Dupuis, qui les ont réunis dans cet ouvrage, témoin émouvant de la vie sous l'Occupation, mais également preuve revigorante de l'incroyable force de l'humour.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.