Cet ouvrage, le premier en langue française sur la question ouvrière en Afrique noire, reflète trois préoccupations majeures. A l'origine de la démarche des auteurs, il y a un premier pluriel, lié à la condition de l'ouvrier africain. Ce dernier ne fait pas que travailler à l'usine, à la mine, au dock, à l'atelier ou à la plantation. On ne peut en effet sérieusement comprendre le monde du travail sans étudier simultanément tous ces lieux où les ouvriers dorment, mangent, obéissent, donnent des ordres et tissent finalement l'essentiel des liens sociaux, ethniques, religieux ou matrimoniaux qui assurent leur reproduction et sans lesquels il n'y aurait pas, non plus, d'univers professionnel. Ce sont ces enjeux réciproques que nous décrivent Michel Agier au Cameroun, Alain Dubresson en Côte d'Ivoire et Jean-Claude Rabeherifara à Madagascar. La seconde visée de cet ouvrage est de donner un aperçu des tendances actuelles de la recherche et de la réflexion sur la situation ouvrière en Afrique noire. Jean Copans et Alain Morice tracent un panorama d'ensemble. Ils nous invitent à une prudence extrême face aux modèles ouvriéristes préfabriqués ou aux messianismes prolétariens. Enfin, on trouvera ici, grâce à trois traductions, un aperçu de la richesse des travaux en langue anglaise. L'historien américain Frederik Cooper examine la question du travail dans l'Afrique coloniale. Le sociologue britannique Robin Cohen décrypte les formes occultées de la résistance et de la conscience ouvrière. Enfin le sociologue sud-africain Eddie Webster, l'un des fondateurs du fameux South African Labour Bulletin, expose la logique de la segmentation du marché du travail dans son pays à partir d'un cas précis. Témoignage des recherches les plus actuelles, cet ouvrage nous invite à reconsidérer de l'intérieur la nature même de l'emprise du capitalisme en Afrique noire et à engager une réflexion comparative avec le reste du Tiers monde et - pourquoi pas - avec le monde occidental lui-même.
Nombre de pages
293
Date de parution
03/05/2000
Poids
540g
Largeur
160mm
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EAN
9782865371686
Auteur
Agier Michel ; Copans Jean ; Morice Alain
Editeur
KARTHALA
Largeur
160
Date de parution
20000503
Nombre de pages
293,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Cinquante millions de personnes dans le monde son victimes de déplacements forcés, provoqués par les guerres et le violence. C'est tout un " pays " qui se crée, une population définie par le seul qualificatif de " victime " et réduite à un seul impératif, son maintien en vie hors de chez elle. Réfugiés afghans, déplacés colombiens, déportés rwandais, refoulés congolais, Tchétchènes, Somaliens, ils ont connu les massacres, la terreur et l'exode. Puis les camps, l'assistance humanitaire et l'attente interminable. Ils sont les emblèmes d'une nouvelle condition humaine qui se forme et se fixe au loin, sur les bords du monde. Ce livre voudrait donner à comprendre le processus, actuel, de mise en quarantaine d'une partie de notre planète, et décrire ce qui se passe, ce qui est vécu : parler des souffrances, mais critiquer la victimisation dont les réfugiés sont l'objet. Montrer l'ambiguïté et la souillure des identités formées dans et par les guerres sales, mais aussi l'action qui permet aux réfugiés et aux déplacés de retrouver dans le camp même une place sociale, une humanité.
Selon les chiffres officiels, cinquante millions de personnes dans le monde sont "victimes de déplacements forcés". Réfugiés, demandeurs d'asile, sinistrés, tolérés, déplacés internes..., les catégories d'exclus se multiplient, mais combien sont ignorées: retenus, déboutés, clandestins, expulsés... Face à ce drame, l'action humanitaire s'impose toujours plus comme la seule réponse possible. Sur le terrain, pourtant, le "dispositif" mis en place rappelle la logique totalitaire: permanence de la catastrophe, urgence sans fin, mise à l'écart des "indésirables", dispense de soins conditionnée par le contrôle, le filtrage, le confinement! Comment interpréter cette trouble intelligence entre la main qui soigne et la main qui frappe? Après sept années d'enquête dans les camps, principalement africains, l'auteur révèle leur "inquiétante ambiguïté" et souligne qu'il est impératif de prendre en compte les formes de contestations et de détournements qui transforment les camps, les mettent en tension, en font parfois des villes et permettent l'émergence de sujets politiques. Une critique radicale des fondements, des contextes et des effets politiques de l'action humanitaire. Biographie de l'auteur Michel Agier, anthropologue à l'Institut de recherche pour le développement, est directeur d'études à l'EHESS, où il dirige le Centre d'études africaines. Depuis 2004, il est membre du conseil d'administration de Médecins sans frontières. Il a notamment publié Aux bords du monde, les réfugiés (Flammarion, 2002) et La Sagesse de l'ethnologue (L'oeil neuf, 2004).
Au moment où la ville se défait et disparaît dans de vastes conurbations sans bornes, le regard anthropologique est plus nécessaire que jamais pour retrouver, sans préjugé ni modèle a priori, les genèses et les processus qui recréent l'espace partagé de la ville. L'anthropologue Michel Agier défend et décrit une approche situationnelle et dynamique prolongeant les trois traditions d'enquête urbaine de l'Ecole de Chicago, de l'Ecole de Manchester et de l'anthropologie française du contemporain. La réflexion se fonde sur des ethnographies urbaines mises en oeuvre depuis plusieurs années dans les quartiers périphériques, les "favelas" et les campements en Afrique noire, au Brésil, en Colombie, au Proche-Orient et en Europe. L'ethnographie urbaine et réflexive permet de repenser la ville à partir des citadins et des logiques sociales, politiques et culturelles qui la font naître et se transformer. La question du faire-ville est ainsi au centre de la réflexion. Elle débouche sur une relecture actuelle, une mise en oeuvre et un dépassement du "droit à la ville" comme mythe et parole politique.
D'avril 2015 à octobre 2016, jusqu'à dix mille migrants ont vécu dans des conditions extrêmement précaires au sein de la " Jungle " de Calais, suscitant autant de passions, de polémiques et de peurs que de solidarités. Michel Agier, reconnu internationalement pour ses travaux sur les migrants et les réfugiés dans le monde, a réuni des personnalités multiples (sociologues, architecte, associatif...) pour fournir les clés de compréhension de l'événement Calais ? un objet politique, médiatique et symbolique inédit. Car toutes les indignations dont la Jungle a été l'objet, toutes les violences physiques et morales contre ses habitants et toutes les solidarités qui l'ont aidée à tenir forment un " concentré " de questions qui traversent aujourd'hui le monde aux prises avec la mobilité : comment se définit un " nous " local, national et européen face aux " autres " et à soi-même ? Comment peut-on ? ou non ? réinventer l'hospitalité à partir des camps ? Quel avenir s'invente dans ces lieux de mise à l'écart et d'exception qui finissent par ressembler à des occupations et à de nouveaux espaces politiques ...
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.
Cent ans ont passé depuis la fondation de la République de Turquie. Les différents partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, au rythme des élections et des coups d'Etat, ont imposé leurs politiques mémorielles. Dans le même temps, on a assisté à la publication quasi ininterrompue de mémoires des chefs du Comité Union et Progrès qui prirent le pouvoir dans l'Empire ottoman à la veille du Premier conflit mondial et furent les principaux responsables du génocide des Arméniens. Aujourd'hui, plus que jamais, ces livres constituent des succès de librairie, et leurs auteurs sont largement considérés en Turquie comme des héros, pères fondateurs de la nation. Duygu Tasalp propose de considérer ces ouvrages comme supports de la construction d'une mémoire publique en Turquie. La mise en contexte des différentes vagues de publications au cours du XXe siècle, associée à une analyse de discours, permet de repérer trois tournants - dans les années 1920, 1940 et 1990 correspondant à l'avènement de trois grands régimes mémoriels : kémaliste, inönüiste et, enfin, islamiste, qui se succèdent et se superposent. Le rôle fondamental des mémoires d'unionistes dans l'élaboration du discours officiel sur le passé témoigne de la force et de la persistance du négationnisme au fil des décennies. Au-delà de la Turquie, ce livre apporte une réflexion de sciences sociales sur les notions de secret et de mensonge, comme sur les effets durables des violences exterminatrices sur leurs auteurs et leurs descendants.