Abû Nuwâs, ce nom résonne, par-delà les temps, comme le porte-voix de la luxure et de l'impiété, l'emblème d'un art de vivre, courtois et raffiné, aux antipodes de la pudeur compassée et des conventions sociales empesées. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles son oeuvre demeure interdite dans certains pays arabes. Comme il est de règle aux époques de décadence, le puritanisme, étranger à vrai dire à l'esprit de l'Islam, gangrène l'époque et l'aire arabes dissuadant amateurs et dilettantes de goûter les pages d'Abû Nuwâs. Sans doute faut-il rappeler que le prestige de la poésie est tel chez les Arabes qu'elle est appréciée des religieux comme des athées, des libertins comme des prudes, des hommes comme des femmes. Ignorerait-on que Hârun Al-Rachid, l'un des califes les plus fameux, n'a pas craint de convier dans son salon, d'élever au rang de ses commensaux un homme aussi licencieux que Abû Nuwâs, auréolé de surcroît d'une réputation d'hérétique. Mais cet auteur, qui était-il vraiment ? Abû Nuwâs n'a pas laissé de mémoires, de souvenirs, et encore moins de testament. Les informations dont nous disposons à son sujet sont lacunaires. Si on est à peu près sûr qu'il est né à Al-Ahwâz, au sud-ouest du territoire iranien, à proximité de l'Irak. on dispute encore de sa date de naissance (747 selon les uns, 762, selon les autres). Quant à elle de sa mort, elle demeure controversée. Au reste, des pans entiers de sa vie sont nimbés d'obscurité et l'on s'égare en conjectures sur certains événements auxquels il fut mêlé. Assurément, il faut faire litière des pruderies dévotes et des pudeurs puritaines pour affronter des poèmes d'une verdeur aussi inouïe. Son verbe magique ôte aux objets les masques conventionnels dont la vie les pare. Les choses étincellent dans leur splendeur originelle, hors d'une tradition sclérosée qui a figé la substance du poème dans les cadres rigides du mètre et de la prosodie classiques. Si son époque a, non sans mal, toléré les satires d'un poète dont elle n'ignorait pas la valeur, la nôtre risque de ce point de vue d'être beaucoup moins libérale. Il est vrai que Abû Nuwâs a vécu une époque où la religion, n'étant pas menacée, était plus disposée à transiger. Encore une fois, il se confirme que l'Islam historique est plus souple que les musulmans. Par conséquent, il n'est pas de poète plus inactuel que Abû Nuwâs, moins conformiste, et ses vers cinglants ou allègres, à la gaieté féroce et au tragique serein sont de nature à sortir de la torpeur morne où les peuples arabes sont, pour leur malheur, engoncés. Par un paradoxe inexpliqué, son anticonformisme et son inactualité laissent intacte sa gloire. Ce poète d'ascendance persane, qui, dans les querelles shûûbites opposant Arabes et Persans, prit sans équivoque le parti de ses congénères, n'écrivit jamais qu'en claire langue arabe. On le voit soucieux, tout au long de sa vie, de parfaire l'expression de son verbe. Il n'hésita pas à se plonger dans le milieu bédouin pour se forger une culture lexicale des raretés de la langue, et s'acharna à purifier la sienne de toute scorie. Est-ce là le motif qui expliquerait la permanence de sa popularité chez les Arabophones. ? Mais ce n'est pas tout : il a également repris à son compte, en le passant au crible de la critique qu'il avait sévère, le legs antéislamique. Ce passé n'est point occulté. Il poursuit les Arabes et les obsède. La meilleure preuve à cet égard est l'attachement viscéral aux appartenances tribales et le désir des razzias ancestrales piaffe dans l'inconscient collectif arabe. A l'encontre de ce bellicisme de mauvais augure, auquel il opposa un pacifisme de haute tenue, Abû Nuwâs demeure le parangon de cet insatiable désir de jouir de la vie, de cette tendance à être possédé de passions, attaché aux plaisirs du sexe, à la fatalité de l'amour. A ce titre, il doit être célébré pour avoir protesté contre les forces d'anéantissement qui minèrent la société de son temps.
Date de parution
09/02/2002
Poids
185g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782843351341
Titre
POEMES BACHIQUES ET LIBERTINS
ISBN
2843351340
Auteur
ABU NUWAS
Editeur
GALLIMARD
Largeur
140
Poids
185
Date de parution
20020209
Disponibilité
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L'homme aux longs cheveux bouclés", né vers 757, mort à Bagdad vers 815, contemporain de Charlemagne, est-il le plus grand poète arabe ? Courtisan, il est obligé, pour vivre, de louer les grands, les mécènes. C'est aussi le roi de la satire, nul n'est à l'abri de ses traits vengeurs. Il gémit sur la vieillesse qui approche. Mais la grande affaire d'Abû-Nuwâs, ce qui a établi sa renommée, c'est la poésie érotique et bachique. A travers son oeuvre, c'est son caractère qui transparaît, celui d'un jouisseur, d'un libertin, d'un chantre de la joie de vivre.
L'homme aux longs cheveux bouclés", né vers 757, mort à Bagdad vers 815, contemporain de Charlemagne, est considéré comme l'un des plus grands poètes arabes de son temps. Courtisan, il est obligé pour vivre de louer les grands, les mécènes; c'est aussi le roi de la satire, nul n'est à l'abri de ses traits vengeurs. Il compose des vers sur la mort de ses amis, gémit sur la vieillesse qui approche. Mais la grande affaire d'Abû Nuwâs, ce qui a établi sa renommée, c'est la poésie érotique et bachique. Tous les plaisirs l'enchantent, ceux des palais royaux comme ceux de la vie de bohème, et son désir s'embrase pour filles et garçons. A travers son oeuvre, c'est son caractère qui transparaît, celui d'un jouisseur, d'un libertin, d'un chantre de la joie de vivre.
Abû Nuwâs, né vers 757, mort à Bagdad en 815, est l'un des plus grands poètes arabes. Courtisan, passé maître dans l'art de la satire, il doit sa renommée éternelle à ses poèmes érotiques (inspirés par l'amour des garçons) et bachiques. C'est un panel de ceux-ci, inédits en français, que ce recueil propose aux lecteurs, illustré de miniatures arabes, persanes et turques et de calligraphies originales de Lassaâd Métoui.
Première traduction française intégrale, richement annotée, de l'oeuvre la plus célèbre du poète et philosophe sceptique et hérétique de Ma'arra (en Syrie), mort en 1058 "emmuré, dit-il, dans la triple prison de la cécité, de sa demeure et de son corps de misère".
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.