Jeanne serre le sac de sa mère contre sa poitrine et fixe les feux arrière du fourgon qui s'éloigne. Dans son dos, elle entend les exclamations excitées, quelques rires nerveux, le sanglot d'une femme, la voix du patron qui essaie de ramener le calme. Tout le monde a eu très peur.Le fourgon a tourné le coin de la rue, emportant Blanche et Thomas. La porte du café a cessé de battre. Plus personne n'entre ni ne sort. Le silence retombe sur le quai. La rafle n'a duré que quelques minutes.Jeanne se tient très droite, le sac serré contre elle, les mains crispées sur le fermoir d'argent. Le goulot sombre de la rue a englouti le fourgon.Elle prononce des mots malgré elle. C'est bien sa propre voix, ce gargouillement étranglé, sorti de sa gorge mais qu'elle ne reconnaît pas: je dois rentrer à l'hôtel et attendre. En écho dans sa mémoire, la voix de sa mère, les soirs précédents: retournons à l'hôtel, il ne viendra plus. A ces mots, elles quittaient le café où Blanche avait attendu si longtemps que Thomas vienne la retrouver.Il n'est pas tard, mais le ciel est si chargé qu'on dirait que la nuit est tombée, obscurcissant dangereusement la rue qu'elles avaient l'habitude de prendre. Jeanne scrute tout ce noir devant elle pour voir si un réverbère, une fenêtre éclairée, une devanture avec une ampoule, quelque chose de clair pourrait guider ses pas, l'attirer, la rassurer. Quelque part dans ces ténèbres, elle sait que l'attend la place à moitié démolie par les bombardements du mois de juin. Ce n'est plus qu'un terrain vague, bordé d'immeubles noircis aux fenêtres barrées de madriers, troué de cratères où stagne une eau écumeuse et sale. Une carcasse de voiture, une lessiveuse toute cabossée, un landau sans roue, des pneus brûlés ont échoué là. Mais le pire: les gamins qui ont fait de la place leur fortin, leur île au trésor, leur royaume où nul ne pénètre. Et surtout pas elle, si mince dans son imperméable trop court - elle a tant grandi cette année -, chétive presque avec sa figure pâle, encadrée de cheveux blonds. Dès qu'ils la voient approcher, ils se juchent sur un tas de gravats et lancent à ses pieds toutes sortes d'objets hétéroclites trouvés dans les décombres, criant et crachant, se moquant de Blanche quand elle leur ordonne d'arrêter.Tout à l'heure, il va falloir qu'elle traverse seule la place et, au-delà, elle ne sait plus le chemin pour arriver à l'hôtel. D'habitude, elle suivait sa mère et ne se souciait pas de l'itinéraire, remarquant en passant mais s'en y prêter grande attention les escaliers et les murs écaillés, les placettes, les ruelles avec les affiches déchirées, l'entrée étroite de l'hôtel, l'escalier raide. En haut des marches, l'homme en maillot de corps, vautré sur son guichet, épiait leur retour. L'ampoule blafarde lui creusait les traits et le faisait ressembler à ces têtes de mort que l'on voit à la foire dans les stands de tir. Puis, c'était le couloir, tapissé de velours lie-de-vin et le refuge de la chambre, enfin, après la chaleur enfumée des cafés et l'humidité des rues.(...)
Moscou, 1919. Marina Tsvetaeva a vingt-sept ans. Son mari s'est engagé dans les armées blanches et elle ignore s'il est toujours en vie. Seule, en pleine guerre civile, elle est contrainte de confier ses deux filles à un orphelinat. Alia a sept ans. C'est une enfant d'une intelligence exceptionnelle. Irina a deux ans. Mal aimée et sans doute atteinte de troubles mentaux, elle va mourir de faim. Marina, face à ce drame, revient alors sur sa vie passée pour tenter de comprendre là où elle a échoué, de circonscrire la douleur. Dans ce roman bouleversant, Béatrice Wilmos nous amène auprès de l'une des plus grandes poètes de la langue russe, à une époque peu connue de son existence. Marina vole de l'encre pour écrire des poèmes, raconte dans ses carnets le chagrin comme les joies dérobées aux désastres du temps, se retient de s'effondrer lorsque la tragédie la frappe. Et son portrait en écrivaine, mère et femme amoureuse, nous bouleverse.
Vladimir Solianovsky, pianiste à Leningrad, disparaît mystérieusement dans un village d'Estonie en mai 1942. Son ami Ivo, violoniste russe, se cache dans Berlin bombardé, protégé par des musiciens allemands. Maria, une jeune Berlinoise, porte au violoniste un amour timide et passionné. Sur elle plane l'ombre de son frère, Werther, mort quelque part en Russie. Qu'est-il arrivé à ce dernier? Son destin semble si étrangement proche de celui de Solianovsky... Cinquante ans plus tard, un écrivain français découvre par hasard une interprétation des Douze études de Scriabine par Solianovsky. Fasciné par le talent du pianiste, il entreprend de découvrir la vérité sur les circonstances de sa mort. A Berlin, il retrouve la trace d'Ivo et de Maria. Echappé au désastre, le poignant journal intime de la jeune fille éclaire ces destins brisés. Entre les musiciens russes et les jeunes allemands, le malheur tisse des liens que la guerre défait. L'art l'amour, les émotions ont-ils leur place dans un monde qui s'écroule?.
Andrei Mayerov, un Russe passionné de dessins et conservateur au musée de l'Ermitage, traverse l'Allemagne en ruines pour récupérer les oeuvres volées pendant la Seconde Guerre mondiale. Il découvre une collection d'esquisses de la Renaissance dans une maison dévastée dont le propriétaire a été exécuté. Quelques mois plus tard, à Berlin, il rencontre la fille de ce dernier, qui attend désespérément des nouvelles de sa famille.
Andrei Mayerov, un Russe passionné de dessins et conservateur au musée de l'Ermitage, traverse l'Allemagne en ruines pour récupérer les oeuvres volées pendant la Seconde Guerre mondiale. Il découvre une collection d'esquisses de la Renaissance dans une maison dévastée dont le propriétaire a été exécuté. Quelques mois plus tard, à Berlin, il rencontre la fille de ce dernier, qui attend désespérément des nouvelles de sa famille. Biographie de l'auteur Béatrice Wilmos est née en 1959. Elle a publié un premier roman, La Dernière Sonate de l'hiver (Flammarion, 2007).
Quel est le prix à payer pour un acte héroïque ? Richard Boyle connaît la réponse à cette question. Professeur de lettres dans un lycée de l'Etat du Connecticut, il n'a pas hésité à s'interposer quand un ancien élève, armé d'une ceinture d'explosifs, est venu commettre une tuerie dans l'établissement. Le courage de Richard a permis d'éviter le pire, mais bientôt les parents du jeune kamikaze, décédé accidentellement, l'accusent d'homicide, tandis que d'autres montent une cabale contre lui. Le statut de héros est décidément bien précaire. Sans compter qu'un maître chanteur le menace de révélations compromettantes... Qui en veut à Richard ? Pour racheter sa réputation, le prof se lance dans une enquête qui le met sur la route de dangereux criminels... Est-il de taille à défier ceux qui veulent le détruire ? Lui, qui a sauvé une école, arrivera-t-il à sauver sa carrière, sa famille ? Les Légendes terrifiantes est une collection de livres d'horreur destinée aux lecteurs de 13 ans et plus. Ces récits revisitent, dans une approche moderne, des légendes anciennes parfois célèbres, parfois tombées dans l'oubli, mais qui ne manqueront pas de frapper votre imaginaire.