Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'Institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes." Dès la première phrase, le ton est donné. Jacob von Gunten a quitté sa famille pour entrer de son plein gré dans ce pensionnat où l'on n'apprend qu'une chose : obéir sans discuter. C'est une discipline du corps et de l'âme qui lui procure de curieux plaisirs : être réduit à zéro tout en enfreignant le sacro-saint règlement. Jacob décrit ses condisciples, sort en ville, observe le directeur autoritaire, brutal, et sa soeur Lise, la douceur même, Tout ce qu'il voit nourrit ses réflexions et ses rêveries, tandis que l'Institut Benjamenta perd lentement les qualités qui faisaient son renom et s'achemine vers le drame. "L'expérience réelle et la fantasmagorie sont ici dans un rapport poétique qui fait invinciblement penser à Kafka, dont on peut dire qu'il n'eût pas été tout à fait lui-même si Walser ne l'eût précédé", écrit Marthe Robert dans sa très belle préface où elle range l'écrivain, à juste titre, parmi les plus grands.
Nombre de pages
238
Date de parution
15/05/1981
Poids
238g
Largeur
127mm
Plus d'informations
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EAN
9782070243693
Titre
Institut Benjamenta
Auteur
Walser Robert
Editeur
GALLIMARD
Largeur
127
Poids
238
Date de parution
19810515
Nombre de pages
238,00 €
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«De tous les endroits où j'ai été, poursuivit le jeune homme, je suis parti très vite, parce que je n'ai pas eu envie de croupir à mon âge dans une étroite et stupide vie de bureau, même si les bureaux en question étaient de l'avis de tout le monde ce qu'il y avait de plus relevé dans le genre, des bureaux de banque par exemple. Cela dit, on ne m'a jamais chassé de nulle part, c'est toujours moi qui suis parti, par pur plaisir de partir, en quittant des emplois et des postes où l'on pouvait faire carrière, et le diable sait quoi, mais qui m'auraient tué si j'étais resté. Partout où je suis passé, on a toujours regretté mon départ, blâmé ma décision, on m'a aussi prédit un sombre avenir, mais toujours on a eu le geste de me souhaiter bonne chance pour le reste de ma carrière.»
Retrouvé dans les manuscrits difficilement déchiffrables (les "microgrammes") laissés par l'auteur, ce "roman" écrit en quelques semaines pendant l'été 1925 résume tout l'art et toute la personnalité de Walser. Le "brigand" qui en est le héros n'est autre que l'auteur lui-même, ce marginal inoffensif sévèrement jugé par la société, et qu'un narrateur faussement naïf tente de voir de l'extérieur. Les amateurs de ses autres romans (Le commis, Les enfants Tanner, L'Institut Benjamenta), comme ceux de La promenade ou de La rose, adoreront ce roman qui refuse d'en être un, et qui est sans doute la plus belle réussite de Robert Walser.
Exact contemporain de Kafka, qui l'appréciait beaucoup, Robert Walser n'a pas connu l'immense succès, même posthume, du grand maître praguois. Cette douce folie, peut-être, ou cette lassitude d'un artiste désarmé, qui lui fit préférer plus de 25 ans durant les murs de l'asile et le silence aux trop durs combats du quotidien, a plongé dans l'oubli une oeuvre dont l'humour ne se laisse pas facilement pénétrer par le lecteur non germanophone. Un humour ou plutôt une sorte de sourire permanent qui vient illuminer cette prose fluide, à la fois mélodieuse et tramée de silences. Une écriture transparente, d'une modernité absolue : nous sommes dans un monde du tout et du rien, où le désespoir affleure sans jamais peser, comme émergeant d'une brume lumineuse. Alors, avec son air de ne pas y toucher, son apparente gaucherie de poète naïf, Walser nous entraîne, insensiblement, vers un au-delà dont il transgresse paisiblement les ultimes frontières.
Un beau matin, un jeune homme..." : ainsi commencent deux des trois romans de Robert Walser, tous trois écrits en quelques semaines en 1907-1909, tous trois largement autobiographiques et tous trois fidèles à la tradition classique du "roman d'éducation" allemand... à laquelle l'auteur ne peut plus croire ! Le "commis" et son unique "année d'apprentissage" sont particulièrement révélateurs de cette impossible fidélité : ce jeune homme n'aboutit ni à l'intégration sociale ni à la maturité spirituelle voulues par les lois du genre. En revanche, le constat de cette impossibilité même est dressé avec une tranquillité implacable, et dans une prose "à plat" qui a séduit et inquiété les plus grands écrivains du siècle. Cette prose romanesque traduit, jusque dans ses détails les plus déroutants, une situation idéologique dont nous ne sommes pas sortis.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.