Comment en est-on venu à considérer en France qu'il était possible de consolider la liberté politique et publique, non seulement en se passant de la référence à la Révolution française, mais en récusant violemment toute référence positive à ce moment historique ? Vouée aux gémonies comme supposée "matrice des totalitarismes" par certains, comme objet ethnocentrique par les post-colonial studies, laissant indifférents ceux qui la considèrent comme désactivée, le crédit de la Révolution française est bien entamé. Or, l'appréciation politique et intellectuelle de la Révolution française doit moins, depuis 1945, aux historiens qu'aux philosophes, moins à l'évolution de l'historiographie comme telle qu'à la manière dont des penseurs de première importance se sont mêlés de penser la Révolution française. Les querelles philosophiques des années 1960, sur les fonctions respectives de l'histoire, de l'anthropologie, des sciences dites humaines, et de la philosophie ont installé la Révolution française au coeur des débats. Le plus fameux d'entre eux a opposé Jean-Paul Sartre et Claude Lévi-Strauss, et, dans son sillage, Michel Foucault a promu contre Sartre, une certaine conception scientifique du savoir sur l'homme où la Révolution française n'a plus eu aucun intérêt. Mais personne n'en est resté là. Avec la question d'une Révolution française à la fois enthousiasmante et cruelle se joue et se rejoue la question d'une éthique de l'histoire de la Révolution française. Ces explorations successives permettent de s'éloigner d'un mythe identitaire et de retrouver une révolution bien réelle, capable de nous donner ses Lumières, pourvu qu'on accepte de continuer à en faire l'histoire pour notre aujourd'hui.
Nombre de pages
247
Date de parution
09/03/2017
Poids
342g
Largeur
140mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782252040522
Titre
La Révolution française n'est pas un mythe
Auteur
Wahnich Sophie
Editeur
KLINCKSIECK
Largeur
140
Poids
342
Date de parution
20170309
Nombre de pages
247,00 €
Disponibilité
Sur commande en 4-6 jours
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
L'amnistie est souvent vécue comme un dispositif qui voile la vérité historique et s'oppose à la justice due aux victimes. Comprendre la construction historique de cette représentation et la critiquer pourrait redonner à l'amnistie ses lettres de noblesse. Si les normes historiques de la clémence et de l'intolérable permettent de saisir qu'amnistier des crimes contre l'humanité, c'est confondre le monde et l'immonde, toutes les amnisties ne ressortent pas de cette violence faite à la société et à son éthique. Les amnisties réparatrices sont celles qui cherchent à inclure dans la société la conflictualité politique passée et à lui reconnaître une valeur politique, malgré l'usage de la violence. L'amnistie ou son refus sont ainsi indissociables de la qualification des crimes concernés et supposent toujours une réécriture de l'Histoire. La tolérance zéro est aujourd'hui une rêverie liée à l'expérience du terrorisme international comme des délinquances locales, qui renoue avec le fantasme d'en finir une fois pour toutes avec la division. Ce travail propose un autre horizon: celui de sociétés européennes capables de vivre avec leur part d'irréconciliable, leur part d'irréconcilié, pour apporter au débat public et à la réflexion des législateurs un éclairage sur l'institution de clémence la plus ancienne et la plus controversée de la tradition démocratique.
Longtemps la politique révolutionnaire a été saisie sous la métaphore du théâtre. Sophie Wahnich propose de l'appréhender sous celle de l'opéra. Elle redonne ainsi à ceux que l'on a trop vite considérés comme spectateurs de la politique agie par des représentants, la voix de leur pouvoir souverain. Cette voix est celle d'un peuple patient, amoureux de la vie paisible et juste, capable de faire parler les corps et d'articuler ses revendications avec intensité. Ses émotions témoignent non d'une versatilité sans fin mais d'une faculté de juger les situations à l'aune d'un désir de justice qui va jusqu'à l'exigence de la loi. Pourtant une dynamique infernale mène à l'insurrection du 10 août, à l'abolition de la royauté, à la naissance traumatique de la République. Amnistie de la fuite du roi, oubli de la fusillade du champ de Mars, fausse concorde, man?uvres dilatoires de représentants qui restent sourds aux alarmes et aux espoirs exprimés dans un vaste mouvement pétitionnaire, n'en finissent pas de mettre à l'épreuve "la longue patience du peuple". Pour obtenir justice ou simplement reconnaissance de sa souveraineté, le peuple hausse le ton, puis reprend "le glaive de la loi". Alors qu'il avait rêvé d'une révolution économe du sang versé, il est acculé à une violence dont il ne voulait pas, mais qu'il assume dans le deuil. Sophie Wahnich renverse l'ordre des responsabilités quand la violence surgit. Ce n'est plus le peuple qui laisse se déchaîner la violence, ce sont des représentants indifférents et inconscients qui le poussent à faire usage de la violence comme seul langage audible et irréversible. A ce titre, cet ouvrage marque une coupure salutaire avec l'histoire refroidie prônée par François Furet et ses partisans. L'hiver de l'historiographie de la Révolution française est-il en train de s'achever? Une attention soutenue aux textes s'accompagne ici d'une écriture qui se fait récit littéraire pour mieux concevoir les constellations affectives du peuple. Les enjeux de ce livre, on l'aura compris, ne sont pas seulement historiques et historiographiques, ils visent à faire comprendre ce qui se joue, quand la voix du peuple, organe émancipateur, devient inaudible dans l'espace public.
L'impératif de Saint-Just: « Il faut que vous fassiez une cité, c'est-à-dire des citoyens qui soient amis, qui soient hospitaliers et frères », côtoie un décret qui exclut les étrangers de l'espace politique. En l'an II, les étrangers sont devenus d? « impossibles citoyens », et tout en affirmant l'universalité du droit qui la fonde, la nation souveraine construit ses limites. En analysant le regard que la Révolution française a posé sur les étrangers, Sophie Wahnich a saisi, dans ce livre publié en 1997, les questions qui ne cessent de se poser aujourd'hui encore à la conscience politique. C'est bien à une méditation sur les fondements contradictoires de l'appartenance nationale que cette étude passionnante nous invite.
Caché derrière ses peupliers d'où émergent son haut toit et ses deux tours carrées, le " château vosgien " est, en 1789, à peu près ce qu'il était en 1600 ou à la fin du Moyen Age : un corps de logis solide et discret, se démarquant à peine du reste des maisons rurales et un peu plus du clocher de l'église ou du prieuré, vrai centre du village. Le châtelain de 1789 y vit-il différemment de celui du XVIIe siècle, voire du Moyen Age ? Ce livre pénètre dans l'univers et le décor familiers des futurs émigrés dont les aïeuls vécurent sur place les drames de la Guerre de Trente Ans. A travers lettres, mémoires et inventaires, une page d'histoire peu connue est retracée ici. Son auteur, professeur agrégé d'Histoire, responsable de l'Association Saône lorraine et délégué des Vieilles Maisons Françaises pour les Vosges, la fixe souvent comme un instantané, un " pris sur le vif ", une incursion dans l'intimité des vieilles familles et des récents anoblis. Beaucoup de ces demeures et de ces familles ont aujourd'hui disparu, et l'on démolit encore des châteaux, comme à Gironcourt-sur-Vraine, au nom du " progrès " et du " réalisme ". Ces pages de vie quotidienne et d'attitude face à l'adversité sont aussi pour l'auteur l'occasion de montrer au grand public et aux divers responsables qu'autant qu'un château fort, ces " Grandes Maisons " sont dignes de conservation et de respect.