Le gros de notre travail sera consacré aux étoiles finissantes de la galaxie Gutenberg. Elles luisent encore, mais faiblement. Le Nouvel Obs est enfermé du mauvais côté de la clôture des temps idéologiques. C'est un Narcisse qui se noie dans le rétroviseur. L'Express est saisi d'une improbable volonté de faire évoluer l'espèce du journal hebdomadaire vers le périlleux règne télévisuel, au climat plus chaud que le règne de l'écrit qu'il abandonne sciemment. Le Point s'est retiré à Port-Royal, d'où Claude Imbert et Jean-François Revel semblent écrire plus pour leur salut que pour leurs contemporains (il est vrai qu'ils conservent en Bernard-Henri Lévy un correspondant mondain). Le Figaro Magazine s'est déjà transformé en supermarché animé par des hôtesses en maillots de bain, où la fonction journalistique est réduite à la portion congrue. L'Evénement du Jeudi est un surgeon de la décadence, le songe délirant de toute une profession agonisante, un piment dans le bouillon, un massage cardiaque pour un secteur sinistré, mais la vie n'en déserte pas moins ses aphorismes tonitruants. Le Canard enchaîné attend en un sommeil de princesse d'être réveillé par un nouveau de Gaulle, qui lui permettra de mobiliser son talent pamphlétaire en friche. . ". Marin de Viry.
Nombre de pages
144
Date de parution
14/05/1996
Poids
134g
Largeur
114mm
Plus d'informations
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EAN
9782070741014
Titre
Pour en finir avec les hebdomadaires
Auteur
Viry Marin de
Editeur
GALLIMARD
Largeur
114
Poids
134
Date de parution
19960514
Nombre de pages
144,00 €
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Marius, aristocrate aussi désenchanté que catholique, travaille pour un fleuron international du "développement durable". Le PDG de l'entreprise, en bon cynique, le met en concurrence avec Priscilla, une Anglaise aussi ambitieuse que féministe. L'enjeu ? Le poste de directeur général. La guerre programmée aura-t-elle lieu ? Avec la complicité de Sean, haut dirigeant lassé du capitalisme, Marius et Priscilla font un pacte et orchestrent une stratégie pour saboter les plans de leur direction. Dans cette lutte, il n'est pas impossible que l'amour soit l'ultime "chant" de l'odyssée de ces personnages en rupture.
Dans l'escalier je recroise Lolita Pille qui croise un garçon très très connu dont j'oublie le nom et comme j'arrive à leur hauteur, elle nous présente avec une formule du type"vous vous connaissez certainement?"Non, justement. Ici, il faut que vous compreniez la nature du duel snob. Le duel snob dure un millième de seconde. Pendant ce millième de seconde, deux êtres se regardent. Le premier des deux qui arrive à signifier à l'autre qu'il n'en a rien à cirer de l'autre a gagné. Souvent, il est difficile de décider qui a gagné, tellement ça va vite. Comme à l'escrime, on a besoin d'un arbitre pour savoir qui a touché le premier. Dans le cas d'espèce, il faudrait demander à Lolita Pille lequel des deux a gagné, mais je crois qu'elle était distraite par son portable au moment du choc. Je pense que c'est le type très très connu qui a gagné, car il n'en a structurellement rien à cirer de rien puisqu'il est très très connu. Le type très très connu tire en rafale son absence de cirage d'autrui, à la vitesse de mille"rien à cirer"par seconde. Faisons une pause théorie: le snob dominant est celui dont la vitesse initiale de manifestation extérieure d'absence de cirage d'autrui est la plus grande. Le garçon très très connu descend l'escalier et moi je le monte, nous nous croisons comme deux sous-marins nucléaires ennemis pendant la guerre froide. Deux débiles hostiles bourrés de haute technologie. Je surpaie mon vestiaire car un chroniqueur mondain chrétien doit témoigner de l'Évangile dans les couloirs de boîte, je claque un high five au barman mais il me snobe donc je balaie l'espace de ma main tendue, j'embrasse quelqu'un qui n'a même pas l'air étonné, j'embrasse les videurs de ne pas m'avoir vidé et je suis dans la rue".
Une fois installé dans l'ère du simulacre, le "sympa" allait lui-même dégénérer en "cool". Dans l'ère du cool, où nous sommes et que mon père redoutait, il s'agit juste d'avoir aimablement l'air de ne s'occuper que de soi. Est "cool" celui qui n'a plus de lien, qui s'en porte bien, et qui le montre." It's good to have a king. Ou-la-la... Tel s'énoncerait, en termes "sympa", le message subliminal qu'un lazy French aristocrat comme Marin de Viry pourrait déposer sur Facebook ou Twitter pour rallier les quelques fidèles à la cause qui s'ignorent et se cherchent encore. Dans l'enfer de la vie politique qui a succombé aux assauts de la com' toute-puissante, là où l'image prime sur le fond, Marin de Viry nous tend le seul miroir que plus personne ne regarde : le spectaculum mundi d'une déchéance morale, intellectuelle et spirituelle qui met à nu les rouages de la République désormais livrée à l'impuissance, faute d'assise symbolique et de transcendance. Avec son humour clair et vif de vrai gentilhomme, à l'aise dans tous les milieux, Marin de Viry nous rappelle que le roi n'est pas mort, qu'il a toujours été là, lui le "portier de l'invisible", chargé de garantir ce souverain et si précieux rapport entre notre condition humaine et le mystère de l'au-delà... que pour vivre pleinement nous ne devrions jamais ignorer.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.