Aminthe ralentit. Elles approchent de la route nationale. Les voitures filent à toute allure sur la longue ligne droite. Un camion frôle en rugissant le nez de la 4L et l?ébranle. Le trafic est presque ininterrompu. Les nouveaux phares blancs à l?éclat bleu des voitures aveuglent Aminthe.? Je ne me vois pas m?engager sur cette route avec cette circulation à cette heure! Un autre camion accentue l?émotion en donnant un retentissant coup de klaxon qui déchire la nuit.? Tu veux qu?on revienne sur nos pas? propose Marie.? On peut filer en face, s?entête Aminthe, on devrait y arriver pareil.Elle profite d?un trou dans le trafic et lève soudain le pied de la pédale d?embrayage. La 4L bondit sur la grand-route, manque de caler, s?engouffre sur la voie d?en face qui n?est plus qu?un chemin entre deux haies d?arbres. Une raie d?herbe a poussé au milieu. L?angoisse étreint d?autant plus Marie qu?elle sent sa s?ur inquiète.? Tu ne crois pas qu?on aurait mieux agi en faisant demi-tour?? Tu es capable de retrouver la route par où nous sommes passées? Quelle heure est-il?Marie tente de voir l?heure, tâtonne vers le plafonnier. Sa s?ur y joint nerveusement sa main. La lampe ne s?allume pas.? Il ne marche pas!Elles lisent à un croisement le nom d?un bourg qu?elles ne connaissent pas: Curzon. Elles ignoraient l?existence de cette commune. Les phares éclairent le portail d?une église romane. La pierre blanche des maisons a des miroitements ocre sous la pluie. Elles ont quitté les schistes et les granits du bocage et roulent sur le calcaire. Aminthe appuie résolument sur l?accélérateur et la 4L s?enfonce dans l?inconnu des ténèbres.Saint-Benoist-sur-Mer! Marie est frappée de stupeur, ses doigts s?agitent. Aminthe grommelle. Elles ont rejoint la mer alors qu?elles étaient parties pour le bocage de Saint-Flaive! Marie, soudain, guette le surgissement de l?océan dans leurs phares, elle imagine l?enlisement de la 4L dans le sable. L?épouvante lui brouille la tête. Le souffle lui manque. Elle cherche dans son sac la poire de ventoline. Aminthe donne un brusque coup de volant dans une rue à gauche du village désert. La lumière blême des rares lampadaires éclaire la chute de la pluie que le vent tord comme un torchon.? Mais pourquoi ne t?arrêtes-tu pas?Les mains de pianiste d?Aminthe restent sur le volant. Les phares sabrent les dernières modestes maisons rentrées en terre pour résister au vent. La chaussée se réduit à une double bande de cailloux bosselée, creusée de flaques. Les branches des haies qui se rejoignent en voûte noire lâchent sur le pare-brise des giclées d?eau.Marie pousse, tout d?un coup, un cri glacé d?horreur. Là, sur la droite, elle vient de voir dans le halo des phares une bête blanche qui les regardait. Aminthe freine et s?arrête. Le mouvement des essuie-glaces se ralentit. Elles scrutent l?agitation des branches dans le noir. C?est vrai que quelque chose bouge, ou quelqu?un. Et elles voient s?allonger la tête blanche d?une charolaise aux gros yeux éblouis qui tend le mufle sous la pluie. Ses pattes sont enfouies dans le miroir d?un large fossé plein d?eau.? Je t?avais dit qu?on arrivait dans les marais! clame Marie paralysée d?effroi.L?eau affleure en effet dans les canaux de chaque côté de la route. Des touffes de joncs les frangent, entre des frênes et des saules à l?écorce jaune dont le vent ploie les rameaux souples.? Tu voyais le marais au milieu du bocage! réplique Aminthe avec mauvaise foi.? Je voyais qu?on était perdues. C?est ta faute! insiste Marie qui éclate en sanglots.? Pas plus ma faute que la tienne. Tu n?as pas été capable de m?indiquer la route! Pourquoi n?as-tu pas pris le calendrier des PTT pour avoir une carte?? C?est toi qui as voulu passer par La Ferrière!? C?est peut-être moi qui ait décidé les travaux autour de La Roche?? Qu?est-ce qu?on fait? pleure Marie.? Tu veux qu?on fasse marche arrière? Et que la 4L tombe dans le canal?La vache tend toujours sa large tête aux cornes en lyre dans la lumière. Elle paraît bonne fille, sort la langue, meugle peut-être. Aminthe démarre lentement, les mains en haut du volant, la tête collée au pare-brise. Car avec la nuit et la pluie, la chaussée et les fossés se confondent. Des lentilles recouvrent l?eau, qu?on prendrait pour de l?herbe.Le chemin tourne. Des embranchements de canaux plus larges partent des bas-côtés. La voiture cahote sur le chemin du marais pendant des kilomètres interminables. Les deux s?urs ne respirent plus. Marie serre sa poire de ventoline entre ses doigts. Enfin la voie semble s?élargir. Les frênes, les saules, s?écartent. Les phares éclairent une vaste étendue d?herbe, une haie taillée avec soin. Elles roulent toujours aussi lentement. Et dans l?ouverture d?un passage, elles croient rêver en découvrant une tour carrée à échauguettes et mâchicoulis, dressée toute seule au milieu de la prairie.? Je la connais? murmure Aminthe.Le nom lui revient en même temps que les phares éclairent le panneau:? Moricq!
Résumé : " J'ai écrit ce livre comme on saigne. Claudine nous avait été ravie à quelques jours de ses dix-huit ans. J'ai pensé que mon devoir était d'écrire pour rester dans son sillage. Nous étions encore dans sa lumière. Il ne fallait pas que nous la laissions s'éteindre. Sa mort aurait été trop absurde. Un an après sa disparition tragique sur la route, je me suis mis à écrire, dans la douleur. Jour après jour, pendant un an, j'ai tenu le journal de Claudine. J'ai essayé de comprendre l'incompréhensible. J'ai été révolté. J'ai essayé de trouver un sens, avec ma foi toute bête de charbonnier. Je n'ai rien percé du mystère. Il ne me semblait pas possible que Claudine ne fût pas promise à d'autres noces. Vingt-cinq ans après je le pense toujours. " Y. V " Les Noces de Claudine, un livre bouleversant, pathétique de vérité et de simplicité, soucieux de n'omettre rien... " Jacques Duquesne
Chez les Gendreau, Vendéens de Malidor, on ne quitte jamais ses terres, sauf, parfois, pour aller faire la guerre. Lorsqu'en 1919 Antoine, l'aîné de la famille, enfin libéré, revient chez lui, son univers familial a basculé. Sa jeune épouse, Edmée, est morte, victime de la grippe espagnole. Le bétail est décimé par une épidémie de fièvre aphteuse, la ferme périclite. Antoine prend alors, pour ses parents et ses frères, la seule décision qui puisse les sauver d'une ruine certaine: quitter leur Vendée natale pour émigrer en Charente, où les terres sont nombreuses et riches pour qui sait les travailler. Ce n'est pas le bout du monde, mais, pour ces paysans, cela représente un terrible déracinement...
Résumé : Au commencement, il y a ce pays que le narrateur découvre en rencontrant Marie-Claire, qui deviendra sa femme. La Charente, comme une Toscane française. Là-bas, au milieu des vignes et sur les bords du fleuve, il a rendez-vous avec Toinou dans sa ferme. A quatre-vingt-douze ans, cette femme a une énergie impressionnante. Sa mémoire est intacte, sa voix colorée par la terre de ses origines. Elle est née dans ce Périgord noir où les paysans ont brûlé le seigneur du château, près du village de Hautefaye devenu le " village des cannibales ". Toinou n'a eu qu'un seul désir : fuir ce pays dur à l'histoire sombre. Mariée contre son gré à quinze ans, elle a très vite entraîné les siens à émigrer. Ils sont partis, à pied, au début du siècle, vers une Charente plus riante. Fil après fil, Toinou dévide l'histoire de sa vie, son enfance, les deux guerres, la famille, les deuils, les travaux et les jours, un présent enfin plus tranquille, presque le bonheur, sa passion pour la danse... Et, tandis qu'elle parle et entre les rencontres, le narrateur tire aussi les fils de sa propre mémoire. Les mémoires des uns et des autres se croisent, s'enchevêtrent, se lient, et le roman devient ?uvre de transmission, de partage, histoire universelle, ode au courage, à la nature, au soleil, chant du monde et des terres de mémoire.
Résumé : 1977. Le mariage de Zhida se prépare à la Gallifrère, la belle ferme de ses futurs beaux-parents, près de Luçon. Zhida, jeune Chinois du Cambodge, Français " banane " comme il dit ? jaune à l'extérieur ? a dû partir, seul, pour la France à l'âge de huit ans avec son petit frère, et aller en pension à Romilly. Son père, tout juste arrivé de Hong Kong, et son oncle, qui a pu échapper aux Khmers rouges et émigrer en France, seront là pour son mariage. Au coeur des trois nuits étouffantes de plein été qui précèdent la fête, Zhida revit l'histoire de sa merveilleuse rencontre avec la rousse Gabrielle, qui l'a choisi sur les bancs du lycée. S'invitent aussi dans ses souvenirs l'enfance, que l'exil a rendue douloureuse, l'adolescence et la jeunesse précaires. Et c'est à sa mère, la grande absente, disparue dans les ténèbres de la barbarie, que ses pensées reviennent, elle dont le sourire fragile va l'accompagner jusqu'à l'autel.
La nouvelle pépite du cosy mystery dénichée par La Bête noire : Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette ! Une série d'enquêtes inédites menées par le peintre René Magritte et sa femme, Georgette. C'était au temps où Bruxelles bruxellait... A l'arrêt du tram, le célèbre peintre René Magritte, chapeau boule, costume sombre et pipe au bec, a une vision étrange : une jeune femme en robe fleurie, debout à côté de son corps ! Il en parle à Georgette, son épouse, et immortalise la scène dans un tableau. Quelques jours plus tard, cette femme est retrouvée assassinée, avec une lettre d'amour parfumée dans son sac et un bouquet de lilas sous sa robe. " J'ai beaucoup d'admiration pour l'ensemble de l'oeuvre de Nadine Monfils. Elle est complètement déjantée et j'aime les gens qui ont un grain de folie. " Michel Bussi
PRIX INTERALLIE 2025 Prix Cabourg du roman 2025 "De faux-semblants en manipulations : peut-on parler d'amour avec lucidité sans céder à la désillusion ? Brillant, tendre ; (...) ironique et modianesque à souhait. ' AUGUSTIN TRAPENARD, LA GRANDE LIBRAIRIE Comment raconter l'amour aujourd'hui ? On pourrait décrire un mariage de conte de fées, parler de cette actrice de cinéma dont le mari producteur exploite la beauté. Ou dépeindre un émoi naissant. Mais il faudrait aussi ouvrir les portes closes des appartements bourgeois, et dévoiler la violence intime qui pousse au meurtre. C'est ainsi que Louis-Henri de La Rochefoucauld nous révèle différents visages de l'existence et interroge avec son humour et sa mélancolie légendaires la possibilité d'aimer encore au XXIe siècle. - "Ciselage dans l'ironie, douceur dans la violence, justesse dans le trait. ' LE POINT - "Une galerie de portraits parisiens, à la fois satirique et mélancolique. ' LIRE - "Le Modiano de Passy, un bijou de mélancolie sautillante. ' L'EXPRESS - "Cette comédie sociale, à la fois mélancolique et poétique, est portée par un trait fin, une ligne claire. ' LE FIGARO HISTOIRE
Résumé : Le dernier tome de la grande saga de fantasy baroque VAMPYRIA, cycle de Jeanne : un final magistral. " Lorsque sonnera la dernière note du requiem des souvenirs, le Temps lui-même s'anéantira. " A Versailles, Diane de Gastefriche est la plus proche écuyère de Louis XIV, le Roy des Ténèbres. Elle se nomme en réalité Jeanne et elle sert la Fronde qui lutte secrètement contre le despote. L'organisation rebelle lui demande de s'allier à six Desperados venus des Amériques, dans une ultime tentative pour mettre un terme à la tyrannie des vampyres avant que leurs guerres détruisent le monde. Jeanne se lance dans une quête haletante pour retrouver le double de Louis XIV : le légendaire Masque de fer. Ce jumeau alchimique pourrait contrecarrer le sortilège qui a figé le cours de l'histoire voilà trois siècles et inauguré la maléfique ère des Ténèbres. Mais alors que retentissent les premières notes du requiem de la fin du monde, est-il encore possible de sauver le Temps lui-même ? Victor Dixen offre une conclusion magistrale à sa grande saga de fantasy baroque. Il noue les fils du cycle européen et du cycle américain dans un final symphonique et uchronique qui résonnera longtemps dans la mémoire des lecteurs.
Rarement une histoire vécue aura atteint ces sommets incandescents de romanesque. Vertigineux". Valérie Zenatti Sélection du Grand Prix des lectrices de ELLE . Une famille aimante, dans une maison californienne bordée de ginkgos. Une petite fille, qui apprend qu'elle va bientôt devoir vivre sans sa mère. Et une mère qui, plus que tout au monde, souhaite les protéger, elle et son frère. Mais comment aider les gens que l'on aime, envers et contre tout, au-delà de l'absence ? Comment dire ce qui nous attache, et vaincre les aléas du destin ? Comment partager la chaleur qui nous est si nécessaire pour vivre ? Ce livre est l'histoire d'un coffre, un simple coffre, rempli de lettres intimes et de cadeaux comme autant de pierres protectrices pour grandir, continuer à aimer.
A l'approche de la trentaine, Claudia est en passe de se faire un nom, ou plutôt un prénom, sur la scène gastronomique londonienne. Son restaurant, l'Alley, reçoit les honneurs de la presse et elle a décidé de participer au prochain concours du " Chef pro de l'année". Tout cela, alors qu'elle tente de se débarrasser de l'ombre de son célèbre père cuisinier. Après Breakwater, Katriona Chapman donne de nouveau vie à une galerie de personnages bien campés, dont la chef Claudia, sa meilleure amie et associée Lisa, et Ben, un jeune barman, et restitue b merveille l'atmosphère trépidante et sous tension d'un restaurant Livre choral, Arrière-cuisine offre une tranche de vie sensible et touchante.
La rencontre insolite et puissante entre une jeune Normande et un Amérindien, venu sur les traces de son grand-père code talkers pendant la Seconde Guerre mondiale A trente ans passés, Léa a tout quitté pour ouvrir un café au coeur des marais du Cotentin, le vert paradis de son enfance. Et commencer une nouvelle vie. Aux Etats-Unis, Chayton découvre à la faveur d'un héritage le passé militaire de son aïeul. Joseph Kahwosah faisait partie des code talkers , ces GI amérindiens qui transmettaient à leur état-major des informations en langage codé lors de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi Joseph a-t-il tu ces années ? Pressentant une énigme, Chayton se rend en France pour enquêter. C'est sous les grondements de l'orage que le jeune Comanche arrive un jour devant le café de Léa. Une rencontre qui va tout changer... " Ce roman, qui dénonce l'universalité du racisme et se penche sur la place des Indiens dans la société américaine, est aussi celui d'une quête d'amour et d'identité. " Ouest France " Une saga romanesque idéale pour l'été. " Librairie La Plume d'or (Loudéac)
Bourdin Françoise ; Martin-Lugand Agnès ; Le Teurn
Auteur incontournable de la littérature populaire en France, Françoise Bourdin a conquis des millions de lectrices et de lecteurs avec ses histoires qui nous ressemblent. Ce recueil rassemble huit textes qui n'avaient jamais été réunis à ce jour, des récits courts, intenses, profondément humains, où l'on retrouve tout ce qui faisait la force de son oeuvre : des personnages vrais, et cette capacité rare à toucher au coeur. Retrouvez également une nouvelle d'Agnès Martin-Lugand et une nouvelle inédite de sa fille cadette, Frédérique Le Teurnier. Préface d'Agnès Martin-Lugand
Eléonore aime les corbeaux et les corneilles. Une particularité qui fait d'elle un mystère pour les autres écoliers... D'autant qu'elle se promène avec Coronis, une corneille apprivoisée. Et comme en plus, Eleonore connaît toutes les légendes rattachées à ses animaux fétiches, il n'en faut pas plus pour qu'elle dégage un petit parfum et de peur et de séduction. Un parfum qui, des années plus tard, pourrait bien lui coûter cher dans le contexte explosif de la Seconde Guerre mondiale... Après le renard et le cerf, Jean-Claude Servais explore les contes et légendes de tous horizons autour du corbeau. Inlassable scrutateur de l'Histoire, il en profite également pour livrer une puissante dénonciation de la condition des femmes pendant la guerre de 1939-1945.