La première chose qu'il vit en entrant dans son cabinet de travail fut ce dessin fort complexe d'un piédestal destiné à recevoir un tabernacle pour la chapelle Pamphili et qu'il avait esquissé la veille. Le trait, hors de raison, comme voulant se retourner sur lui-même et se dissoudre en repentirs incessants, infléchissait vingt fois sa route, avec des sursauts exacerbés et contraires, et dans les brisures et les fragments de courbe qui se succédaient sans autre cause visible que le mouvement lui-même, se lisait un défi à l'univers tout entier, jeté là sur ce coin de table. Il avait écrit, dans l'emportement, au bas de la feuille: Pour échapper à l'ennui. En cette deuxième partie du XVIIe siècle, partout en Europe, s'instaure une crise de la pensée et de la Foi, entre l'oraison triomphante de la Contre-Réforme et les Lumières rationalistes qui s'annoncent. Une situation de névrose généralisée en quelque sorte, qui résonne étrangement avec notre époque, dont l'architecte Lombard Francesco Borromini (1599-1667), érudit autodidacte et mélancolique, serait une figure exemplaire. Et son architecture, une réponse aux allures d'épilogue (sinon d'épitaphe) à cinq siècles d'art religieux italien. C'est l'hypothèse de ce roman biographique qui nous fait découvrir ce formidable inventeur de formes, rival malheureux du Bernin, pendant les vingt-six dernières années de sa vie, nous entraînant au c'ur de sa réflexion, à la naissance même de son geste d'artiste bâtisseur du sacré... jusqu'à ce jour d'août 1667 où il se blessera à mort, volontairement. Biographie: Thierry Vila est né en 1947 dans la Vienne. Auteur d'articles critiques et de réflexion sur le théâtre, il a publié quatre romans: L'oiseau silencieux (Balland, 1988), La procession des pierres (Balland, 1989), Les inhumains (Julliard, 1994) et La nage (Verticales, 2001), ainsi qu'un ouvrage consacré à l'histoire de la chorégraphie au XXe siècle: Paroles de corps (Le Chérie, 1998).
Nombre de pages
377
Date de parution
15/05/2008
Poids
398g
Largeur
142mm
Plus d'informations
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EAN
9782070785339
Titre
LE BATISSEUR
Auteur
Vila Thierry
Editeur
VERTICALES
Largeur
142
Poids
398
Date de parution
20080515
Nombre de pages
377,00 €
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Un cri. Mathias Bunch voit l'herbe arrachée, la trace boueuse à l'entrée de la faille, deux mains livides agrippées à une racine dénudée, un visage pétrifié par l'attente. Il se laisse tant fasciner par la mort de cet homme - Abenazer Arphandéris, âgé comme lui de vingt ans - qu'il ne fait rien pour le sauver. Et il passe toute sa vie à tenter d'enfouir la mémoire intolérable de cette faute, à la masquer derrière les rites du savoir, de l'amour. Jusqu'à ce que trente ans plus tard, un étranger maître chanteur vienne, avec insistance, lui rappeler l'horrible souvenir. Mathias verra dans l'irruption de l'inconnu le signe de sa délivrance.
Lil Servinsky, trente-cinq ans, de père anglais et de mère rwandaise, ayant fait ses études de médecine et de chirurgie à Paris, exerce comme médecin de bord sur des bateaux d'exploration pétrolière. Depuis qu'elle a quitté la France, cinq ans plus tôt, Lil n'a jamais interrompu sa pérégrination. Entre deux missions, elle s'installe dans une chambre d'hôtel en bord de mer, en attendant le prochain embarquement. Au moment où ce récit commence, la jeune femme, monte à bord du Septentrion, au large des côtes du Suriname. Sur ce navire, elle va rencontrer son Frère en amour, Robert Cazal. Elle va devoir affronter le très désagréable commandant Blache, et d'autres personnages hostiles. Lil a une relation très particulière au monde, elle est affectée d'une maladie neurologique, un cri irrépressible qui surgit inopinément dans certaines circonstances. Ce symptôme ainsi que d'autres événements, feront vite naître et croître des haines incontrôlables dans ce huis-clos. Trois mois après avoir embarqué, Lil Servinsky abandonnera le navire, avant de disparaître tout à fait.
Abel part au Mexique pour retrouver Sarah, femme dominatrice aux appétits immenses. À peine arrivé, il se sait quitté. Lentement, il s'enfonce dans le noir vertige, accompagné de la parole d'un ami d'infortune, Ignacio, un Indien qui l'abreuve de légendes. La Nage est le récit d'une rupture qu'il faut consommer et cette consommation s'effectue dans la quête d'un en-deça de soi.
Munich, 1918. Hermine Moos, costumière de théâtre, reçoit du peintre Oskar Kokoschka une étrange commande: fabriquer une poupée grandeur nature à l'image exacte d'Alma Mahler, sa maîtresse perdue. Tandis que la marionnette prend corps, sa conceptrice note dans un cahier le trouble que lui inspire cette folle entreprise. D'autant que les exigences du "maître" ne semblent connaître aucune limite... Mais au fil de ce journal intime, l'obsédante créature de chiffon cède bientôt la place à l'auto-portrait d'une artiste bohème dans une société allemande entre débâcle et révolution. Et la jeune femme qui se dessine alors, modeste et iconoclaste, solitaire et émancipée, nous entraîne dans le libre dédale de ses désirs les plus insoupçonnés. S'inspirant d'une histoire authentique, La poupée de Kokoschka réinvente sa version secrètement féminine au moyen d'une langue émotive et concrète. Une fiction qui interroge, dans l'acte de création comme dans le pacte amoureux, la monstruosité de tout fantasme de possession.
Ils jouent. De temps en temps ils gagnent, le plus souvent ils perdent. Et puis vient cette fois où les chiffres tombent, le gros lot, la chance avec tout au bout des millions, des dizaines et des centaines de millions, et alors là, c est sûr, depuis le temps qu ils en rêvent, on espère que pour eux la vie va changer.Ph. A.
En juillet 1968, Gaëtane Vadel rencontre Bernard Lamarche. Très vite, ils enchaînent les meublés et associent, hors mariage, leurs noms respectifs en un seul bloc, créant ainsi une sorte de trait d'union amoureux qui deviendra leur signature. "Le nouveau nom, issu de la fusion clandestine et magique de deux états civils, les positionne tous les deux au début d'un cycle de vie. Ils sont co-auteurs du roman de leur vie, d'une fiction et d'une imposture juridique". Avec délicatesse et pudeur, l'auteure narre les circonstances de ce "hold-up patronymique" aux conséquences troublantes, et mène de front une réflexion sur ce geste transgressif envers les normes de la nomination, pour mieux éclairer deux destins et une époque.
Après avoir rejoint les éditions Verticales avec L'immobilier, un recueil de nouvelles qui inventoriait diverses façons d'habiter les amitiés, les amours ou la solitude, Hélèna Villovitch se focalise cette fois sur un élément de mobilier aussi familier que symbolique : le sofa, qui tient autant du simple canapé d'appartement que du divan où se lovent nos obsessions et désirs inconscients. D'où le projet sacrificateur contenu dans le titre : Pour en finir avec mon sofa. Le roman s'ouvre sur une séance de cinéma où le lecteur est convié à découvrir un film intitulé Sofa, traitant justement du destin alambiqué de ce meuble-là. Selon un savant désordre chronologique, nous découvrons qu'Erika a hérité d'un sofa où elle serait née et où sa mère, l'extravagante Susanna, a passé les derniers jours d'une hallucinante agonie. Désormais, il va s'agir pour la jeune femme, logée trop à l'étroit, de trouver le moyen de s'en débarrasser. S'ensuit une série de démarches auprès de ses ami(e)s et de son amant Ali, entremêlés de flashbacks bouleversants ou loufoques. Et comme, décidément, personne ne souhaite la soulager de ce legs encombrant, il faudra bien en finir avec ce maudit objet transitionnel, en l'abandonnant à l'aide d'une camionnette de location "en pleine cambrousse". Le livre entier aurait pu se présenter comme une novélisation du long-métrage, réellement tourné par Hélèna Villovitch en 2016, mais une fois exposée l'intrigue de ce prétexte filmique, reste à en inventer le making of débordant d'imagination. Non pas en nous racontant par le menu quelques "anecdotes de tournage" mais en couchant sur le papier toutes les hypothèses, effets secondaires et leçons rétrospectives entourant sa fabrique. Et surtout en révélant sur un mode fantasque les dilemmes, pannes et euphories créatives de sa réalisatrice durant l'été suivant, sans esquiver certains secrets de famille, dont l'abandon de son père à l'âge de dix ans, par une mère fantomatique. Ce roman hybride, écrit d'après une oeuvre cinématographique, mais aussi d'avant, pendant et d'ailleurs connaît un ultime accident de parcours, lié à la mort brutale de l'acteur Nicolas Granger, complice de longue date d'Hélèna Villovitch. Ce douloureux événement devient alors comme la pièce manquante de tout le patchwork jusqu'ici rapiécé. S'il donne lieu à une sorte d'oraison funèbre pour un ami disparu, il devient vite un récit introspectif aux confins de la paranoïa, mettant au jour la confusion intérieure de la narratrice lors de leurs premières rencontres. Et suivant le cours tortueux de cet épilogue, ce sont tous les malentendus drolatiques antérieurs qu'il faut reconsidérer à l'aune d'un état de folie douce, sans effroi ni compassion, en essayant de recadrer avec les moyens du bord, l'écriture donc, les jeux de miroir de la déraison. Pour en finir avec Sofa, entre film et réalité.