Entretien avec Kristin Ross par Nicolas Viellescazes (Prairies Ordinaires), à propos de ses trois ouvrages, Mai 68 et ses vies ultérieures, Rouler plus vite, laver plus blanc, et The Emergence of Social Space. L'entretien croise les études littéraires, la politique des situationnistes et d'Henri Lefebvre, Rimbaud et la Commune de Paris, la décolonisation, pour revenir sur trois oeuvres singulières, trois lectures inédites de l'histoire de la France contemporaine. Recension croisée par Najate Zouggari, qui confronte les analyses de Judith Butler, Wendy Brown, Saba Mahmoud ou encore Talal Assad pour repenser aujourd'hui les enjeux de la "laïcité" - comme il est d'usage de dire en France - et du sécularisme à la lumière des nouvelles pensées critiques. Pascale Casanova, auteure de La république mondiale des lettres, fera un compte-rendu de Décoloniser l'esprit de Ngugi wa Thiong'o, qui relance un questionnement sur le statut de la langue et de l'oeuvre littéraire dans un espace mondial après les décolonisations. Warren Montag, un ancien contributeur régulier de la RiLi, recensera le mouvement de publication de travaux de Pierre Macherey, Petits riens, ornières et dérives du quotidien, La force des normes, ou encore De l'utopie. Maxime Cervulle dressera un état des savoirs sur les études de blanchité, un champ méconnu en France, et qui constitue une entrée dans la réflexion sur la race à partir du point de vue et des privilèges des dominants. Giovanna Zapperi fera un portrait intellectuel de Rey Chow, figure au carrefour des études de genre, des cultural studies, des études postcoloniales, spécialiste des diasporas et de la politique des identités aux Etats-Unis, en Europe et en Asie de l'Est. Le débat: Charlotte Nordmann, membre du comité éditorial de la RdL, fera une recension critique du livre de Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément, Guy Dreux, La nouvelle école capitaliste, accompagnée d'une réponse des auteurs du livre.
Nombre de pages
80
Date de parution
25/01/2012
Poids
178g
Largeur
235mm
Plus d'informations
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EAN
9782354801045
Titre
La revue des livres N° 3, janvier-février 2012
Auteur
Vidal Jérôme
Editeur
AMSTERDAM
Largeur
235
Poids
178
Date de parution
20120125
Nombre de pages
80,00 €
Disponibilité
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Les processus de concentration à l'?uvre dans le monde de l'édition font à juste titre, depuis la parution de l'important livre d'André Schiffrin, "L'Edition sans éditeurs" (Paris, La Fabrique, 1999), l'objet d'analyses et de dénonciations répétées. "Lire et penser ensemble" voudrait cependant mettre en évidence les points aveugles de cette focalisation presque exclusive sur les problèmes de concentration. Si la réalité menaçante de ces processus est certaine, le portrait valorisant de l'éditeur indépendant en "éditeur - résistant", luttant encore et toujours contre les géants de l'oligopole de l'édition, ne risque-t-il pas de se réduire à une dénonciation incantatoire, ignorante de la complexité et des ambiguïtés des transformations en cours? Ne faudrait-il pas souligner aussi l'ouverture de la situation présente, les possibilités encourageantes qu'elle offre? Ne faudrait-il pas surtout mettre en évidence d'autres facteurs essentiels de la transformation du monde du livre et de la lecture, facteurs qui ne sont pas réductibles aux problèmes posés par l'économie, au sens étroit du terme, de l'édition? Il importe au plus haut point de formuler aujourd'hui les termes d'une véritable politique démocratique des savoirs et du livre, qui s'attache en particulier aux effets de l'enseignement et des évolutions technologiques sur les pratiques intellectuelles et les pratiques de lecture, et qui, sans les négliger, ne se limite pas aux aspects plus strictement économiques des problèmes rencontrés par les éditeurs et les libraires indépendants. Pour ce faire, "Lire et penser ensemble" revient notamment, d'une part, sur "l'affaire Google Livres" et les confusions qu'elle a suscitées et, d'autre part, sur les contenus et les usages des manuels scolaires dans l'enseignement secondaire et sur la production en masse de "non-lecteurs" qui en résulte. L'enjeu de ces débats n'est rien de moins que le maintien des conditions de l'existence et du développement de la culture critique nécessaire à l'agôn démocratique.
D'un côté, le Parti socialiste au pouvoir s'est fait depuis 1983 l'artisan d'une « modernisation » néolibérale des institutions, alimentant une dérive sécuritaire toujours plus accusée. De l'autre, la « gauche critique » s'est souvent enfermée dans une stratégie de dénonciation du « complot » néolibéral et de défense du compromis social-démocrate hérité de l'après-guerre (1945-1968), défense sans grande efficacité et sans véritable prise sur « les temps nouveaux ». Les uns comme les autres ont persisté à analyser les transformations en cours selon des schèmes d'analyse hérités de l'entre-deux-guerres et des Trente Glorieuses. La Fabrique de l'impuissance 1 voudrait déterminer les voies possibles d'une sortie de cette double impasse : ralliements aux impératifs du capital ou défense du statu quo. Pour ce faire, il interroge les conditions de la décomposition du bloc politique et culturel que désignait naguère l'expression de « peuple de gauche », il propose une critique du thème de « la lepénisation des esprits », ainsi qu'une analyse des modes d'intervention des intellectuels français dans le débat politique.Ce livre voudrait de la sorte contribuer à la saisie par « la gauche de gauche » des possibilités actuelles de relance du mouvement vers « l'égaliberté » au-delà du compromis incarné par l'État social des Trente Glorieuses.
Lorsqu'il fut publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1990, Epistémologie du placard devint immédiatement un classique qui, aux côtés des travaux de Judith Butler et de Teresa de Lauretis, posa les termes de la " théorie queer ". À mi-chemin entre les études féministes et les gay and lesbian studies, Eve Kosofsky Sedgwick déconstruit la sexualité comme Butler le genre. Dans cet ouvrage de référence, elle affirme que l'ensemble de la culture occidentale moderne s'articule autour de l'opposition homo/hétérosexuel et que celle-ci affecte les binarismes qui structurent l'épistémologie contemporaine, de savoir/ignorance à privé/public en passant par santé/maladie. S'appuyant sur de nombreux textes datant de la fin du XIXe et du début du XXe siècles (Wilde, Proust, Nietzsche, Melville et James), l'auteur traque l'émergence des nouveaux discours institutionnels médicaux, juridiques, littéraires et psychologiques, qui produiront en miroir les figures de " l'homosexuel " et de " l'hétérosexuel ", au détriment des multiples différences au c?ur des sexualités.
Pourquoi étudier aujourd'hui des textes littéraires rédigés il y a plusieurs siècles ? Pour quoi faire ? On répondra à ces questions en proposant un plaidoyer pour les lectures actualisantes, qui cherchent dans les textes d'hier de quoi réfléchir sur les problèmes d'aujourd'hui et de demain. Ce plaidoyer proposera en fait cinq livres reliés en un seul : une théorisation rigoureuse des méthodes, des enjeux et des limites du geste actualisateur ; un essai d'ontologie herméneutique, qui fait de l'activité de lecture le modèle de constitution de notre réalité humaine et sociale ; une tentative de cartographie des principaux changements sociétaux en cours, destinée à situer le rôle nouveau que sont appelées à jouer les activités d'interprétation ; une prise de position politique dénonçant les angles morts et les perspectives étriquées du néo-conservatisme dominant ; un ouvrage de vulgarisation, visant à faciliter l'accès aux problématiques actuelles de la théorie littéraire, de la réflexion herméneutique et des multiples noeuds qui unissent biopolitique, capitalisme cognitif et économie des affects. Cette démonstration articulée en 14 chapitres et scandée par 58 thèses succinctes invite son lecteur à conclure que, loin d'être condamnées à rester une discipline poussiéreuse, les études littéraires peuvent devenir le lieu d'une indiscipline exaltante, en plein centre des débats les plus brûlants de notre actualité.Yves Citton est professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l'université de Grenoble-3 et membre de l'UMR LIRE (CNRS 5611). Outre une soixantaine d'articles sur la littérature et la pensée des Lumières, l'histoire de l'économie politique et le jazz, il a publié Impuissances (Aubier, 1994), Portrait de l'économiste en physiocrate (L'Harmattan, 2000), L'Envers de la liberté. L'invention d'un imaginaire spinoziste dans la France des Lumières (Editions Amsterdam, 2006) (Prix Rhône-Alpes du Livre 2007) et Spinoza et les sciences sociales (Editions Amsterdam, 2008, avec Frédéric Lardon). Il est membre du comité de rédaction des revues Multitudes et Dix-huitième siècle.
Dans la très riche histoire des études sur l'âge classique, c'est la première fois qu'un ouvrage se donne pour projet l'analyse comparative des philosophies de Pascal et de Spinoza. Les univers de pensée des deux auteurs ont longtemps été tenus pour si hétérogènes qu'il apparaissait inutile de réfléchir même à leur incompatibilité. Que pourraient bien avoir à se dire, en effet, le solitaire de Port-Royal, apologiste de la religion chrétienne, et le Juif athée de Voorburg ? C'est oublier que tous deux avaient sur leur table de travail la Bible et le Discours de la méthode, et que la même année, 1670, paraissent les Pensées et le Tractatus theologicopoliticus. Pascal et Spinoza partagent des intérêts communs, développent des problématisations parallèles, engagent des connivences souterraines et des divergences irréductibles. Sans se connaître, ils se sont en quelque sorte répondu. Les lectures croisées que propose cet ouvrage permettent d'apporter un éclairage suggestif sur leurs ?uvres respectives. L'investigation de ces points de rencontres et de désaccords s'avère aussi être, pour nous, une source d'idées nouvelles sur la conception de l'Écriture et de la religion, de l'anthropologie et de l'éthique, des sciences et de la politique, de la sagesse ou du salut. Au-delà de l'histoire des idées, mais aussi grâce à elle, cette première étude systématique et comparative du contraste Pascal-Spinoza offre au lecteur contemporain des frayages philosophiques éminemment prospectifs.
Dans ce livre, Charlotte Nordmann propose non seulement un exposé systématique et didactique de la sociologie de la "dépossession politique" élaborée par Pierre Bourdieu - dont elle souligne à la fois les aspects les plus convaincants et les faiblesses -, mais surtout confronte celle-ci à la critique radicale que lui a fait subir Jacques Rancière. Deux conceptions de la politique se trouvent ainsi opposées: la première insiste sur les mécanismes de la monopolisation et de la dépossession intellectuelles et politiques, et semble à première vue drastiquement limiter les possibilités concrètes d'émancipation; la seconde, dans.un geste que l'on pourrait dire pragmatiste, pose qu'une politique d'émancipation authentique doit partir du postulat de l'égalité et de ses effets, et que la considération des déterminismes sociaux ne peut que nous enfermer dans le cercle de la domination et de l'impuissance. La théorie sociologique de la politique est-elle condamnée à ignorer ce qui dans l'espace social interrompt la reproduction indéfinie de la domination? La position de Rancière n'est-elle pas marquée du sceau de l'idéalisme? Ne peut-on penser ensemble l'autonomie et l'hétéronomie radicales de la politique? Le pari à l'origine de ce livre est que la confrontation des travaux de Pierre Bourdieu et de Jacques Rancière, en révélant leurs points forts et leurs points aveugles, permet d'éclairer les voies d'une politique démocratique radicale pour notre temps.