«?La plupart du temps, la colère, je ne l'appelle pas et je fais tout mon possible pour qu'elle n'arrive pas chez les autres. Cette zone de désaccord, de conflit, je l'évite. Pourtant dans ma vie privée comme au travail, je sais me mettre en colère, mais ça me coûte : ça me fait mal et ça m'épuise. Au boulot c'est souvent une injustice, une erreur qui pourrait déclencher la colère, je n'y ai pas recours, je gère autrement. Et personnellement, c'est un excès de tristesse, la colère c'est contre moi. Je ne l'oriente pas au-delà.?» La colère, la colère des hommes, est l'axe pivot de ce texte de Carol Vanni. En questionnant des hommes, proches ou inconnus, elle s'attelle à interroger cette émotion, à tenter d'en saisir les contours, les formes, les ombres. En provoquant la rencontre, elle les écoute parler de leur colère??; sentiment ambivalent tantôt constructif tantôt destructeur. Elle collecte ces témoignages comme on collectionne des trésors, autant de parcelles intimes, de mises à nu. Aux entretiens s'ajoutent des extraits de son journal intime et des récits du potager où elle travaille comme maraîchère. Les mains dans la terre, un refuge pour les jours trop noirs. Une invitation à plonger dans une intériorité, une vulnérabilité et sa propre colère. Le mélange des voix et des temps confère une nouvelle dimension au livre. Délivrer la colère. Enjamber. Un pied, un pied et l'élan. Sauter au-delà de tout ce qui a trahi. Devenir fourmi ailée. Ces portraits d'hommes façonnent un kaléidoscope de cette émotion brute. Ni thèse, ni constat, ces entretiens sur la colère posent, entre autre, la question du passage et du choix : que faire de sa colère, où la déposer, faut-il rester en retrait ou franchir le cap, est-ce douloureux?? Et plus largement, en filigrane, le contexte social affleure. Dans notre monde, la colère est-elle acceptable?? a-t-elle sa place?? Avec Carol Vanni, les questions restent entières, c'est cela que sous-tend son travail de collecte, c'est cela aussi qui nous laisse une place comme lecteur. Poser la question de la colère ne l'appauvrit pas. C'est au contraire la marque d'un texte fort.
Nombre de pages
100
Date de parution
13/05/2022
Poids
194g
Largeur
143mm
Plus d'informations
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EAN
9782359841527
Titre
Le jardin des hommes. Entretiens sur la colère
Auteur
Vanni Carol ; Baudoin Edmond
Editeur
ESPERLUETE
Largeur
143
Poids
194
Date de parution
20220513
Nombre de pages
100,00 €
Disponibilité
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Cinquante-six, c'est l'âge de Carol Vanni au début de ce texte ; ce sont les chiffres inversés de son année de naissance ; le numéro d'une carte routière de son grand-père. C'est également le nombre de ses amants, jusqu'à aujourd'hui. Relations d'un soir ou de plusieurs années, l'autrice se souvient de chaque homme côtoyé et fait revenir le souvenir de ces rencontres, plus ou moins chronologiquement. Pied-de-nez aux stéréotypes et loin de se conformer aux assignations faites aux femmes ? femme-objet, épouse, mère ou amante, femme mûre supposée sage, que la société aimerait voir reléguées au statut de spectatrices de leurs vies et de leurs rencontres ? l'autrice prend un malin plaisir à nous montrer par l'exemple que la voie peut être autre. Toutes ces femmes existent en même temps dans son récit, y compris celle qui vieillit et reste multiple. Ce texte nous rappelle que disposer librement de son corps, de son désir et de son temps peut s'avérer être un joyeux déroulé d'expériences, plus ou moins épanouissantes, plus ou moins heureuses. Il est question de danse et d'amour, de ce qu'un être peut et veut, d'un mouvement tel une lame de fond qui pousse à aller vers... l'inconnu, l'autre, l'homme. Par l'écriture, en évitant tous les pièges qu'une telle exposition de sa vie pourraient entraîner, Carol Vanni explore le rapport à son corps et au temps qui passe. Elle fait la part belle aux matières, odeurs, couleurs, sensations et bruits, en fait, à tout ce qui nous rend vivants.
Femme Morte" est son nom, le nom qu'elle se donne pour interroger l'évènement terrible de sa jeunesse, le meurtre de sa grande cousine, retrouvée lapidée dans un bois. Comment peut-on s'autoriser un envol quand la vie aimée s'est arrêtée ? Comment fait-on pour jongler avec les mille et une sollicitations du monde extérieur, portant cette part morte en soi ? En faisant un pas de côté, en pariant sur le retrait, et aussi la nature, Carol Vanni donne à cette violente disparition non pas un sens mais une dimension. Porté par une écriture en fragments proche de l'incantation, le récit chemine vers une forme d'apaisement : séparer le vivant du mort en chacun de nous.
Le dictionnaire nous rappelle qu'une action (nom féminin) se définit comme un fait ou une faculté d'agir, de manifester sa volonté, en accomplissant quelque chose. En choisissant d'écrire le quotidien de huit femmes, plongées dans l'action à toute heure du jour, Carol Vanni nous permet d'entrer dans des parcours de vie différents dont les voix résonnent en écho. Elles sont maraîchère, professeur, infirmière, auxiliaire de vie? mères aussi, militantes parfois, et c'est dans cet «?accomplissement de quelque chose?» qu'elles s'accordent à vivre. Pour écrire au plus près de leurs réalités, l'autrice a passé, pour chaque portrait, plusieurs jours avec chacune d'entre elles à les observer, à vivre avec et comme elles, à s'interroger aussi. Plongées ou submergées dans leur quotidien, ces femmes trouvent une forme de réconfort, d'apaisement dans l'action . En contrepoint quasi musical à ces portraits, l'autrice déploie un récit à la deuxième personne, celui d'une traversée en forme de road movie sous la pluie. Fuite ou retrouvaille, elle traverse le doute en même temps que la route ; le livre porte en lui ce double récit. A l'heure où les femmes d'action s'oublient, Carol Vanni rappelle leur force et leur détermination à toujours rester debout. Livre miroir au texte Le jardin des hommes. Entretiens sur la colère, déjà accompagné des dessins d'Edmond Baudoin, Ode aux femmes d'action se joue des injonctions et des lieux communs pour livrer un récit au féminin pluriel.
C'est quoi les gens ? Ca n'existe pas. Chaque fois c'est quelqu'un. Chaque fois une vie, avec toutes ses ombres et ses lumières, une vie, unique parmi les milliards d'autres vies uniques. Carol vit simplement aujourd'hui, un jardin, des poules, deux chiens, sa fille, le papa de sa fille devenu depuis longtemps un ami. Avec son appareil photo, elle est sortie, est allée rendre visite à ses voisins, elle a photographié leur visage, elle a enregistré leur réponse à la question : Pour vous, qu'est-ce qu'une bonne journée ? Une question simple comme les journées simples de Carol...
Lorsque Frédérique Dolphijn rencontre l'histoire des Catulas, ces in-surgés qui, dans la première moitié du XIXe siècle, se sont rebellés parce que leurs conditions de vie et leur travail ne leur permettaient plus de vivre, elle fait le lien avec ce que l'on appelle, de nos jours, les travail-leurs-pauvres. Ceux qui crient leur colère sur les ronds-points, ceux qui prennent leurs tracteurs pour manifester leur ras-le-bol d'être laissés-pour-compte, ceux qui souvent subissent l'indifférence des nantis et du plus grand nombre. En 1847, à Berzée en Belgique, des conditions climatiques désastreuses et de mauvaises récoltes engendrent un début de famine. Un groupe d'hommes et de femmes décident de changer la donne. D'abord en ten-tant d'acheter au prix juste le grain nécessaire à leur survie, puis, en der-nier recours, en se servant dans les greniers de ceux qui thésaurisent les récoltes et en déterminent le prix selon la loi de l'offre et de la demande. Les révoltés seront repoussés, arrêtés et pour certains incarcérés et jugés. Or, fait étonnant, la cour ne les condamnera pas... Frédérique Dolphijn brosse un récit tout en nuances. Les différents points de vue sont évoqués, les nantis ne sont pas que les "méchants" de l'histoire ; les insurgés ont aussi leurs failles. Si leurs vies se côtoient, le cycle des saisons et les circonstances de la vie les impactent différem-ment. C'est dans cette nuance que le récit se tisse, dans les jours qui précèdent l'insurrection elle-même, jusqu'à ses conséquences. En faisant sienne cette révolte, c'est toute une époque que l'écriture de Frédérique Dolphijn fait revivre, celle d'un siècle où chacun et chacune a sa place et est censé la tenir, jusqu'au jour où tout bascule...
Lorsque Violaine Lison reçoit en dépôt les carnets de Léonce Delaunoy, elle est frappée par la beauté et la force de l'écriture de ce jeune homme mobilisé comme brancardier lors de la Première Guerre mondiale. Malgré les horreurs de la guerre, Léonce reste proche de la nature ? décrivant comme personne les paysages, l'Yser, les oiseaux ? mais aussi de ses idéaux d'amitié. Le récit de la «guerre de Léonce» se déploie sous les yeux de Violaine. Pourtant, très vite elle sent que «quelque chose» ne va pas. Des manques apparaissent. Des incohérences. S'agit-il d'un faux, d'une retranscription ? Une forme d'enquête historique et littéraire commence? Lorsque l'autrice retrouve les carnets originaux, elle comprend que le journal de Léonce a été recopié par Paul, un ami très proche de Léonce. Mais la retranscription est lacunaire. Les parties censurées parlent de l'absurdité de la guerre, du désespoir, de l'envie de mourir, mais aussi d'une amitié amoureuse pour Herman, troisième personnage de cette histoire. Quel intérêt avait cette censure ? Faire de Léonce un héros ? Gommer l'amour porté à un autre homme ? Violaine ne tranche ni ne juge, elle tisse son récit entre les carnets, approche la vie de Léonce tout en racontant sa propre quête. Lequel de nous portera l'autre ? est un récit polyphonique, où les voix de Léonce et de Violaine s'entremêlent, se répondent et se questionnent. Cent ans les séparent, pourtant le texte de Léonce Delaunoy résonne avec une modernité frappante. Et c'est tout l'art de Violaine Lison que de nous ancrer dans le réel tout en laissant une place à l'inattendu des mots. Il en naît une rencontre rare et précieuse.
Faire ses blancs pains, au Pays des Collines, c'est pétrir le drap du lit comme pour préparer une offrande pour l'au-delà. Ce geste annonce alors que la mort est proche et que le mourant, doucement, se prépare. En trois textes qui s'enchaînent, Françoise Lison-Leroy interroge la place prise par chacun dans sa famille, les présents comme les absents, ceux à la longue vie ou les enfants partis trop tôt. Comme cette tante de deux ans, emportée par la fièvre dans un temps où la vie des enfants était plus fragile. Au cimetière du village, sa tombe côtoie celles d'autres enfants ; un respect sacré, partagé, inné, entoure ce petit coin du cimetière. Sa présence habite les pensées et les promenades de l'auteur. évocations légères, souvenirs, bribes glanées au fil des pérégrinations, mémoire de la famille... ce qui reste de vie pour ceux qui grandissent. Précédée par cet enfant, l'auteure se sent aussi portée par celle qui lui offre alors une bienveillante attention. Elle tisse un monde où les sentiments se transmettent par delà les mots. Diane Delafontaine accompagne ce texte d'images qui, elles aussi, s'ancrent au passé comme au présent. Une manière de faire le lien et de donner au texte une tonalité faite de photos anciennes et de retouches à l'encre.
Trois moments pour dérouler le temps et arpenter la mémoire : une femme nous emmène dans la maison d'une grand-mère, vers les sentiers au fond du jardin et là où tout se trouble. La marche et l'errance urbaine y réveillent le souvenir et dessinent un nouveau territoire à parcourir. Texte de passage, de prise de conscience, de renoncement à un temps idéal qui passe par le deuil ? pas seulement des proches, mais d'une idée du monde, d'une liberté de rêver. Une écriture puissante, à vif, qui nous entraîne là où le quotidien devient poésie, là où le souvenir tisse sa trame.