Tout, dans ce texte qui retrace mon parcours, est une manière de dire le plus haut possible que les sans-abris constituent un appel à la vigilance sur l'évolution de notre monde. Comment est-il imaginable que des êtres en soient réduits à vivre en marge d'une société digne de ce nom, soi- disant évoluée ? Tout doit être fait pour que cesse cette honte." Dans "J'appartiens à la rue", Denis Uvier, ex sans-abri devenu éducateur de rue à Charleroi, témoigne de son combat quotidien pour aider les SDF à trouver leur place au soleil. Avec l'aide du journaliste Marcel Leroy, ce travailleur social militant interpelle l'opinion, au départ de son histoire qu'il partage en toute franchise. Parce que son chemin est pareil à celui de tant d'autres de ces citoyens qui s'évertuent à vivre debout, alors que la crise économique détruit des existences, inexorablement. Dans cette Europe qui compte 500 millions d'habitants, plus de 10 millions de gens n'ont pas droit à un toit décent. " Une trajectoire saisissante, forte et exemplaire. Le témoignage de ce "dernier des révoltés" qui trouble et pose des questions qui dérangent."
Marcel Douby est quinquagénaire, chômeur de longue durée, très longue, oiseau de nuit et petit magouilleur. Il vit chez sa mère et à ses crochets... Un jour, il se découvre par hasard une vocation... "? On s'est suçoté le museau et d'autres parties de nos anatomies en virant nos fringues. En douceur et profondeur comme dirait Adamo. J'ai suggéré qu'on gagne le plumard, plus commode pour la gratifier de ma petite spécialité. Pour le "? collier à la Marcel ? ", je prends un bon appui sur les genoux et les avant-bras, relax, confortable sur la petite dame, classique jusque-là, pas de quoi en faire tout un plat, un petit démarrage gentillet, de la langueur et de la romance au fond des yeux avant de me redresser et de la prendre au cou, en la gratifiant d'un beau sourire rassurant. - Comme ça, tu vas voir comme c'est bon... ? "
Ce livre met au jour les contextes qui expliquent la haine xénophobe, raciale, sociale et sexiste minant nos sociétés. Carolin Emcke y étudie les processus d'invisibilisation qui préparent les conduites haineuses, pour mieux déconstruire les présupposés théoriques de la haine : naturalisation des identités, désir d'homogénéité et culte de la pureté. Les enjeux fondamentaux liés au devenir de la démocratie dans la globalisation, à la guerre et aux droits civiques sont restitués au plus près de l'expérience. La haine n'est donc jamais envisagée comme une abstraction mais comme une possibilité ouverte par la modernité et à laquelle cette même modernité permet de répliquer.
Le "pognon de dingue" mis dans les minimas sociaux, le travail que l'on trouve dès que l'on "traverse la rue", les "centaines de milliers d'offres d'emploi vacantes"... L'actualité montre que les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté sont toujours aussi répandues à tous les niveaux de la société. A l'heure où le contrôle des chômeurs se renforce et où l'on veut imposer du bénévolat forcé aux allocataires du REA, les personnes en précarité sont encore trop souvent convoquées au tribunal de l'opinion publique : "On peut gagner plus en alternant chômage et travail qu'en travaillant à plein-temps", "Il y a des chômeurs qui ne cherchent pas de travail", "On doit avant tout sa réussite à soi-même". Ce livre défait la chape de plomb du fatalisme en répondant point par point à plus de 130 préjugés sur la pauvreté. Il montre que l'action pour la transition écologique et l'éradication de la misère sont un même combat. Fort de ses 80 000 exemplaires diffusés lors des trois premières éditions, ce livre entièrement remis à jour démontre, chiffres, documents officiels et travaux de chercheurs à l'appui, que la stigmatisation des pauvres repose non sur des faits, mais sur des discours qui masquent les véritables causes de la misère. Enrichi de questions inédites, cet antidote à la mise à l'écart des pauvres propose des idées neuves pour construire une société reposant sur l'égale dignité de chacun.
Chaque année, l'Insee chiffre le nombre de pauvres en France (8,2 millions en 2011) sans jamais proposer toutefois de lecture sur l'organisation politique qui génère cette pauvreté. Les pauvres surgissent ainsi sur la scène sociale comme une masse importante que l'on va aider ou punir, selon les mérites ou les défauts de chacun, mais rarement comme le symptôme d'une défaite sociale. Tandis que la fraction la plus riche de la population ne cesse de s'enrichir, la pauvreté n'est plus un phénomène qui relève d'une responsabilité collective. C'est pourquoi Catherine Herszberg est allée demander à des inconnus non pauvres, selon le critère européen, pourquoi les pauvres sont pauvres. Cette démarche s'inscrit dans la continuité de celle qui l'a déjà poussée à observer le sort réservé aux fous emprisonnés (Fresnes, une histoire de fou, 2007). A nouveau, il est question d'hommes mis à l'écart de la société, qu'on est soulagé de ne plus voir, leur vie n'intéressant à peu près personne. Cette enquête pointe ainsi comment le phénomène de la pauvreté s'est détaché du politique, et de notions comme la justice ou l'égalité, pour relever au mieux d'un discours compassionnel, voire charitable. Ce divorce conduit à l'acceptation de ce fait social comme une fatalité, voire une nécessité. Acceptation renforcée par la certitude que le capitalisme mondialisé produit un surplus d'êtres humains "inutiles", surplus appelé à croître dans les années à venir. "Dès lors, la seule question qui se pose est celle-ci: qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de ces hommes en trop?"