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L'invention de nos vies
Tuil Karine
GRASSET
23,45 €
Épuisé
EAN :9782246807520
Commencer par sa blessure, commencer par ça - dernier stigmate d'un caporalisme auquel Samir Tahar avait passé sa vie à se soustraire -, une entaille de trois centimètres au niveau du cou dont il avait tenté sans succès de faire décaper la surface à la meule abrasive chez un chirurgien esthétique de Times Square, trop tard, il la garderait en souvenir, la regarderait chaque matin pour se rappeler d'où il vient, de quelle zone/de quelle violence. Regarde! Touche! Ils regardaient, ils touchaient, ça choquait la première fois, la vue, le contact de cette cicatrice blanchâtre qui trahissait le disputeur enragé, disait le goût pour le rapport de forces, la contradiction - une forme de brutalité sociale qui, portée à l'incandescence, présageait l'érotisme -, une blessure qu'il pouvait planquer sous une écharpe, un foulard, un col roulé, on n'y voyait rien! et il l'avait bien dissimulée ce jour-là sous le col amidonné de sa chemise de cador qu'il avait dû payer trois cents dollars dans une de ces boutiques de luxe que Samuel Baron ne franchissait plus qu'avec le vague espoir de tirer la caisse - tout en lui respirait l'opulence, le contentement de soi, la tentation consumériste, option zéro défaut, tout en lui reniait ce qu'il avait été, jusqu'à l'air affecté, le ton emphatique teinté d'accents aristocratiques qu'il prenait maintenant, lui qui, à la faculté de droit, avait été l'un des militants les plus actifs de la gauche prolétarienne! L'un des plus radicaux! Un de ceux qui avaient fait de leurs mortifications originelles une arme sociale! Aujourd'hui petit maître, nouveau riche, flambeur, rhéteur fulminant, lex machine, tout en lui exprimait le revirement identitaire, l'ambition assouvie, la rédemption sociale - le contrepoint exact de ce que Samuel était devenu. Une illusion hallucinatoire? Peut-être. Ce n'est pas réel, pense/prie/ hurle Samuel, ce ne peut pas être lui, Samir, cet homme neuf, célébré, divinisé, une création personnelle et originale, un prince cerné par sa camarilla, rompu à la rhétorique captieuse - à la télé, il s'adonise, s'érotise, plaît aux hommes, aux femmes, adulé par tous, jalousé peut-être, mais respecté, un virtuose du barreau, un de ceux qui disloquent le processus accusatoire, démontent les démonstrations de leurs adversaires avec un humour ravageur, n'ont pas froid aux yeux -, ce ne peut pas être lui ce loup de prétoire artificieux, là-bas, à New York, sur CNN, son prénom américanisé en lettres capitales SAM TAHAR et, plus bas, son titre: lawyer - avocat -, tandis que lui, Samuel, dépérissait dans un bouge sous-loué sept cents euros par mois à Clichy-sous-Bois, travaillait huit heures par jour au sein d'une association en tant qu'éducateur social auprès de jeunes-en-difficulté dont l'une des principales préoccupations consistait à demander: Baron, c'est juif?/passait ses soirées sur Internet à lire/commenter des informations sur des blogs littéraires (sous le nom de Witold92)/écrivait sous pseudonyme des manuscrits qui lui étaient systématiquement retournés - son grand roman social? On l'attend encore... -, ce ne peut pas être lui, Samir Tahar, transmué, méconnaissable, le visage recouvert d'une couche de fond de teint beige, le regard tourné vers la caméra avec l'incroyable maîtrise de l'acteur/du dompteur/du tireur d'élite, les sourcils bruns épilés à la cire, corseté dans un costume de grande marque taillé à ses mesures, peut-être même acheté pour l'occasion, choisi pour paraître/ séduire/convaincre, la sainte trinité de la communication politique, tout ce qu'on leur avait transmis jusqu'à la décérébration au cours de leurs études et que Samir mettait maintenant à exécution avec la morgue et l'assurance d'un homme politique en campagne, Samir invité à la télévision américaine, représentant les familles de deux soldats américains morts en Afghanistan, entonnant le péan de l'ingérence, flattant la fibre morale, tâtant du sentiment et qui, devant la journaliste qui l'interrogeait avec déférence - qui l'interrogeait comme s'il était la conscience du monde libre! -, restait calme, confiant, semblait avoir muselé la bête en lui, maîtrisé la violence qui avait longtemps contaminé chacun de ses gestes, et pourtant on ne percevait que ça dès la première rencontre, la blessure subreptice, les échos tragiques (...)
Tu sais ce qui arrive à ceux qui pensent qu'on peut survivre en respectant des lois morales ? Tôt ou tard, ils finissent piétinés."Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Leur fils, Alexandre, étudie dans une prestigieuse université américaine. Mais alors que tout semble leur réussir, une accusation de viol fait voler en éclats ce qu'ils avaient si chèrement acquis.Ce roman puissant interroge la violence du monde contemporain et nous confronte à nos peurs : qui est à l'abri de se retrouver un jour piégé dans un redoutable engrenage ?4e de couverture : Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale. Le sexe et la tentation du saccage, le sexe et son impulsion sauvage sont au coeur de ce roman puissant dans lequel Karine Tuil interroge le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et nous confronte à nos propres peurs. Car qui est à l'abri de se retrouver un jour pris dans cet engrenage ?
«L'amour n'est rien d'autre qu'une des compensations que la vie offre parfois en dédommagement de sa brutalité.» De retour d'Afghanistan où il a perdu plusieurs hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours d'un séjour de décompression à Chypre, il tombe sous le charme de Marion Decker, mais découvre dès le lendemain que cette jeune journaliste est mariée à François Vély, un entrepreneur franco-américain très influent. Au même moment, Romain renoue avec son ami d'enfance Osman Diboula, fils d'immigrés ivoiriens devenu une personnalité politique montante. Tentant désespérément de reprendre le contrôle de leur vie, tous ces protagonistes sont entraînés dans un engrenage qui révèle la violence du monde.
Née à Paris en 1972, Karine Tuil est l'auteur de huit romans, dont Six mois, six jours, publié en 2010 (Grasset). Interdit, son deuxième roman, et La Domination ont été sélectionnés pour le prix Goncourt. »
Surprenant et Addictif ! L'autrice offre une histoire dense et complexe, qui parle d'Amour, d'ambition, de cynisme, de racisme, de réussites et d'échecs... On ne peut y rester indifférent !
La révolution numérique atteint son apogée, celle des intelligences artificielles. Nous sommes désormais pris en charge. Les outils et les algorithmes nous interpellent, nous encadrent, nous guident, choisissent à notre place. Répondent aux questions que nous ne nous posions pas. Jouent avec nous. Se jouent de nous. Cette dernière révolution nous laisse amers et épuisés. Nos cerveaux sont saturés de dopamine, ne connaissant ni vide, ni repos. Tout comme nos yeux, nos doigts, nos corps. Nos vies sont fragmentées, à l'image du monde. Peut-être devenons-nous des mines à ciel ouvert, aspirés et malmenés par le monde de la donnée, au coeur du d'une réalité qui semble elle-même s'effacer ? Telle n'était pas la promesse du progrès et nous voici pris de vertige : sommes-nous entrés dans une nouvelle civilisation, à la croisée du sommeil perdu, de l'hypnose et de la soumission ? Ou bien vivons-nous la dernière heure de l'homo sapiens ? " Dans la foulée de ses grands succès (La civilisation du poisson rouge, Sortir du bocal, Submersion), Bruno Patino nous livre un court essai prophétique, plein d'idées, d'hypothèses, de portraits, de lectures, de solutions.
Si la littérature est le lieu où la réalité se révèle de la manière la plus saisissante et la plus dérangeante, alors ce roman est un grand livre de littérature ! Un juge du régime des mollahs, condamné à perpétuité, écrit en prison : " Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels. " Il raconte son enfance misérable, partageant la chambre d'un grand-père moribond dont il est le " garçon-pipi " , puis l'amour de sa vie, incestueux mais merveilleux, de la perte duquel il ne se remettra jamais. Pour épuiser sa douleur et sa haine, il s'enrôle à la guerre. " J'étais en guerre contre mon destin, et on me donnait une arme et un champ de bataille". Adolescent en quête de martyr, il est envoyé dans une école religieuse pour devenir juge et se prend pour le " Talleyrand iranien " . Il décrit les ressorts d'un régime de terreur, de tortures, de trafic d'organes, d'espionnage généralisé... Un incident va l'inciter à rendre visite à une adolescente en prison, puis, en catimini, à 117 autres jeunes et belles détenues. " Le viol me révulsait, me rebutait, vous comprenez ? J'avais besoin d'être admiré. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. Je les traitais comme des femmes courtisées. Je rendais hommage à leur féminité bafouée. " Alors, ce " violeur attentionné et délicat " , qui reconnaît avoir condamné à mort des innocents, est-il un bouc-émissaire qui paie pour les crimes d'un régime dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience dénonce encore plus la profonde perversion ? Au lecteur de juger. Peut-on être à la fois victime et bourreau ? On se sent mal à l'aise à ressentir de l'empathie pour ce criminel, voire à s'identifier à lui.
Le fascisme, contrairement aux doctrines politiques spécifiques aux caractéristiques clairement identifiables, telles que le nazisme ou le franquisme, semble multiforme, divers, flou. Le grand intellectuel italien se propose ici de tenter d’identifier l’essence fondamentale de ce qu’il nomme l’Ur-fascisme, c’est à dire le fascisme « primitif et éternel », forme élémentaire dont sont dérivées toutes les variations. Un texte limpide et brillant qui permet de reconnaître le fascisme sous toutes ses formes, mêmes les plus apparemment inoffensives.
Le temps d’un été caniculaire, en Toscane, dans les années 1960, une famille voit basculer irrémédiablement son équilibre, avec des conséquences sur plusieurs générations. L’auteur explore avec finesse et pudeur les zones d’ombres de l’intime, les non-dits, les rancœurs, tout en nous immergeant dans les paysages solaires, la langueur estivale, la gastronomie gourmande, et la riche histoire de la région. Un roman à la fois doux et brûlant sur des choix impossibles et leurs répercussions.