C'est quand on essaye de l'écrire que se pose à nous la question de savoir ce qu'est la poésie. Peut-on prétendre que c'est bien elle qu'on écrit ? Un tel savoir impliquerait de pouvoir la nommer dans son être ou dans ses fonctions, attitude quelque peu prétentieuse ou réductrice. On ne peut non plus prétendre ne pas la connaître un peu, ne pas sentir sa présence dans des textes qu'on a lus, sans dire que les textes en question l'épuisent ou la définissent. Affronter la poésie, c'est vivre dans le doute. Y touche-t-on ? La touche-t-on ? D'où, chez moi, l'hésitation à donner à lire celle que j'essaye de faire, ou à donner à lire les textes que je fais comme étant de la poésie. Je viole une de mes lois secrètes en donnant à lire ce choix de textes. Qui couvre une période de trente ans. Mes hier et mes aujourd'hui, mes démêlés avec des intentions esthétiques et des questions humaines qui me traversent, me quittent, me reviennent. J'ose donc partager ce doute sur la poésie avec le lecteur qui le voudra. L'écriture poétique restant pour moi la plus sacrée des fêtes païennes et une entreprise de restitution langagière sans égale, par les blessures, les songes et le rapport au réel, individuels et pourtant communs qu'elle interpelle. C'est là où je partage mes peurs, et me fais peur. Là où, résolument timide, je noue avec moi, et avec toi, une relation aussi nécessaire qu'improbable." Lyonel Trouillot.
Nombre de pages
103
Date de parution
12/05/2015
Poids
98g
Largeur
121mm
Plus d'informations
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EAN
9782370710437
Titre
C'est avec mains qu'on fait chansons
Auteur
Trouillot Lyonel
Editeur
TEMPS CERISES
Largeur
121
Poids
98
Date de parution
20150512
Nombre de pages
103,00 €
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Port-au-Prince, début 2004 - année du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti. En cette matinée dominicale, un jeune homme, Lucien, quitte à pied les quartiers pauvres pour rejoindre la manifestation organisée en ville par les étudiants. Le roman est le récit de sa journée - de sa descente vers la ville, au petit matin, jusqu'à l'ultime charge de la police lors de laquelle la mort va le surprendre... Au fil de sa marche, Lucien refait en esprit le trajet qui l'a conduit du village de l'enfance vers la ville à l'improbable avenir. Les voix aimées et irréconciliables résonnent dans sa tête : celle de sa mère, vieille paysanne "exilée" dans sa province reculée ; celle de son frère cadet qui a mal tourné au contact de la ville ; celle de "l'Etrangère", la femme que Lucien aime sans vraiment la connaître, une journaliste avec qui il a sympathisé un soir ; les voix, enfin, de ses camarades étudiants ou de voisins. De rue en rue, s'élève le chant empêché et inaltérable d'un peuple que l'histoire a voulu crucifier. Dédié à "celles et ceux qui sont descendus dans la rue" en Haïti en 2003-2004, ce bref et incandescent roman est né de la nécessité profonde et urgente, pour son auteur, de rendre compte, en écrivain, d'un drame dont, comme tant d'autres Haïtiens, il a, au fil des mois qui précédèrent la chute d'Aristide au printemps 2004, éprouvé la violence. Pareille entreprise affirme une nouvelle fois que la littérature, transcendant le commentaire, est sans doute l'un des plus puissants antidotes au chaos qui, partout, menace.
Submergé par le désir soudain de s'adresser à une inconnue aperçue dans l'assistance d'un colloque auquel il participe, un écrivain affronte la difficulté de faire, à bientôt cinquante ans, ses premiers pas sur les territoires du discours amoureux... Faute d'un "savoir-dire", il se résout à faire par écrit à la jeune femme une déclaration en forme de récit : celui de l'expérience fondatrice qu'il vécut, à vingt ans, dans le commerce de trois "Aînés" : "l'Historien", "l'Etranger" et Raoul.Tous les soirs, sous le grand arbre d'une cour de Port-au-Prince, entre café et rhum, ces trois réfugiés de la vie se métamorphosaient en conteurs des grands chemins pour réinventer le roman de leurs vies. Et lui, le plus jeune. que, pour moquer son innocence, les Aînés appelaient "l'Ecrivain", observait, fasciné, la manière dont ces perdants magnifiques, amants menteurs et authentiques hommes blessés, s'arrangeaient, entre affabulation et mémoire, pour poursuivre leurs rêves ou en faire le deuil...A travers ces personnages inoubliables qui firent concevoir à "l'Ecrivain" le soupçon que l'amour, s'il existe, n'a peut-être que faire du langage, Lyonel Trouillot se livre à une bouleversante méditation sur la nécessité de réconcilier le temps réel de nos vies avec les mots qui s'efforcent de dire les mille images où s'abritent nos déchirures et nos rêves secrets. Et c'est ainsi, en écrivain en pleine possession de son art, qu'il dévoile la nature intime et profonde du rapport singulier qu'il entretient avec la fiction.
Sans précision de heu ni d'époque, une mère parle à sa fille. En fuite, marquée au fer d'une fleur de honte, elle revisite les parfums violents de ses haltes et de ses errances. Voyage dans le souvenir de cités délabrées, de paysages désertiques, de musiques barbares, de corps défaits et de rêves interdits, mais, naissant en elle, comme après chaque épreuve, par la promesse de l'enfant à naître, à qui elle raconte aujourd'hui leur histoire, le doux parfum des temps à venir.
Cinq jeunes gens à l'orée de l'âge adulte rêvent en vain d'avenir dans le misérable quartier de la rue de l'Enterrement, proche du grand cimetière où même les morts doivent lutter pour se trouver une place. Confrontés à la violence des rapports sociaux et aux dégâts causés par des décennies d'occupation militaro-humanitaire dans leur pays placé sous contrôle de la communauté internationale, ils n'ont pour viatique que le fantasme d'improbables révolutions, les enseignements du "petit professeur" et de sa vaste bibliothèque, ou les injonctions de man Jeanne, farouche gardienne des règles d'humanité élémentaires - règles que bafouent allègrement les nantis et les représentants interchangeables des ONG planétaires. Ces derniers, le soir venu, aiment à s'encanailler au "Kannjawou", un bar local aussi pittoresque qu'authentique aux yeux de visiteurs décomplexés et surentraînés à détourner résolument le regard de l'enfer ordinaire que vit un peuple simplement occupé à ne pas mourir. Dans la culture populaire d'Haïti, le mot kannjawou désigne, à l'origine, la fête, le partage. Mais à quelles réjouissances songer quand la souffrance, qui fait vieillir trop vite, accule à la résignation jusqu'à détruire la solidarité des communautés premières ? En convoquant avec éclat la dimension combative dont toute son oeuvre porte la trace ardente, Lyonel Trouillot met ici en scène la tragédie d'un pays qui, sous la férule d'enjeux qui ne sont pas les siens, pris en otage par les inégalités, les jeux de pouvoir et la précarité, dérive dans sa propre histoire, privé de tout projet collectif rédempteur.
A sa parution, en 1947, ce roman fit scandale. "Les uns ne voulaient y voir qu'un invraisemblable tissu d'histoires de haute fantaisie, d'autres n'y trouvaient que trop de vraisemblance Ce roman où j'essaie de dire la drôle de paix que nous vivions. Ce roman qui raconte la vie quotidienne de l'époque devrait me rappeler que rien n'est jamais gagné, ni tout à fait ni pour toujours". Anne-Marie est retournée aux îles, mais son mari et ses enfants lui sont devenus des étrangers. Son mari, collaborateur, la hait, sa fille a épousé les idées du père, son fils est un petit voyou qui l'aime toujours, mais son père ne le laissera pas partir. Anne-Marie n'a plus de famille, elle rentre donc à Paris. Elle se rend compte que la guerre, l'occupation, l'ont fait sortir des rails de sa vie de petite bourgeoise pour vivre une vie comme elle n'en avait jamais imaginé une.
Poète et essayiste, il est certainement l'une des figures majeures non seulement de Cuba mais de toute l'Amérique latine. Il a publié une trentaine de recueils qui forment comme le journal intime et public d'une vie à travers les événements du siècle. Retamar a côtoyé les grandes figures de la poésie et de la littérature cubaine (Lezama Lima, Alejo Carpentier, Nicolas Guillén). Influencé aussi par la poésie anglaise et notamment par TS Eliot, il a développé une écriture à la fois savante et accessible qui rapproche la langue poétique de la langue parlée. On peut rattacher son écriture à la "poésie conversationnelle" qui a eu une grande influence dans la poésie hispano-américaine. Cette tendance évoque les poètes de la Beat generation, mais aussi le grand poète nicaraguayen Ernesto Cardenal, voire le Salvadorien Roque Dalton. Poète de grande culture, Retamar se montre sensible et attentif à la vie dans sa précieuse simplicité, aux êtres humains réels, qu'il s'agisse de ses propres filles, d'amis écrivains, de révolutionnaires, ou d'inconnus.
Ce livre réunit les trois derniers recueils de Ritsos : Les négatifs du silence, L'arbre nu et Tard bien tard dans la nuit, qui donne son titre à l'ensemble. Yannis Ritsos a écrit ces poèmes entre juin 1987 et mai 1988. La période où ils ont été écrits leur confère une valeur testamentaire. Ritsos y dresse le bilan de sa vie, de ses engagements poétiques et politiques. Il se montre comme à son accoutumée toujours amoureux de la vie et lucide, sans complaisance pour lui-même. Mais il ne renie rien. Et au lieu que l'approche de la fin assombrisse le climat des poèmes, ceux-ci baignent dans une atmosphère sereine, teintée d'humour, avec toujours ce mélange de réalisme et de merveilleux qui caractérise la parole de celui qui fut, au-delà de la Grèce, l'un des plus grands poètes du XXe siècle.