La nuit terrestre que Birgitta Trotzig, de livre en livre, fait se refermer toujours plus implacablement sur ses personnages, atteint ici une épaisseur qui donne au livre une dimension de cauchemar épique d'autant plus terrifiant qu'il ne cesse d'être lié aux choses les plus concrètes de la nature et de la vie, et qu'il nous est communiqué selon les règles narratives d'un strict réalisme. La misère matérielle, dans l'univers de Birgitta Trotzig, ne se distingue en rien du malheur métaphysique, de l'absence de Dieu. Et ce serait trop peu de dire que l'auteur affronte ici le problème du Mal : le Mal comme problème a ses rires, ses échappées heureuses, ses défis, son plaisir. Rien de tel dans ce livre, où le Mal, si Mal il y a (mais il n'est pas nommé), règne en maître absolu. Cette vaste parabole est inséparable du cadre où elle se déroule : ciel bas sur les terres plates des champs de betteraves argileux, haies de saules dans le blanc dégouttant de pluie, brume, maisons grises. La seule couleur vive est celle des flammes de la briqueterie et celle de la guerre, des ghettos et des villages incendiés. Nulle psychologie, nulle parole presque, nul dialogue ne relance le récit. Dans le mutisme général, gestes et regards traduisent seuls la "vie intérieure", qui se confond avec les cris muets de l'inconscient, la pensée larvaire du rêve, l'incompréhension, traversée de lueurs de pitié. C'est là sans doute la singularité la plus frappante de Birgitta Trotzig que son réalisme insistant, cruel, presque incommodant, atteigne comme sans la rechercher jamais la force poétique.
Nombre de pages
280
Date de parution
24/03/1977
Poids
278g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782070296361
Titre
La maladie
Auteur
Trotzig Birgitta
Editeur
GALLIMARD
Largeur
140
Poids
278
Date de parution
19770324
Nombre de pages
280,00 €
Disponibilité
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L'enfant de la princesse cygne et du roi crapaud : ce symbole de la double nature humaine, dû au grand conteur danois Andersen et repris ici par Birgitta Trotzig, est le point de départ d'une oeuvre insolite, d'une grande intensité. L'histoire, qui se déroule dans le sud de la Suède, couvre trois générations. Vers la fin des années vingt, une jeune paysanne, enceinte d'un vagabond, part pour la ville, où elle accouchera d'une fille. Elle y mènera une existence misérable d'ouvrière, élevant son enfant, une petite noiraude un peu demeurée, un être à part dont on se moque. Plus tard, celle-ci aura un fils, au destin encore plus tragique que le sien. L'histoire se répète : la faute engendre la faute, aux yeux d'une société cruelle, à l'esprit étroit, mais où les conditions de vie changent, insensiblement, au point que la grand-mère, restée seule, ne s'y retrouve plus. Ce qui fait la force du récit, c'est le jeu des contrastes, la coexistence des extrêmes : gel et feu, lumière et ténèbres, visions de l'univers et moeurs de province. Toutefois, le grand thème de ce roman, c'est l'amour, avec la violence obscure de l'instinct, mais aussi la tendresse et la compassion.
Deux mondes étranges - difficile de dire s'ils étaient réellement opposés, si l'un ne naissait pas de l'autre. Mais difficile de dire lequel naissait alors de l'autre. Le monde du soleil était clair, cruellement visible, c'est dans sa lumière aveuglante que la guerre avait été menée, c'était à la lumière tranchante comme un couteau qu'elle peinait jour après jour jusqu'à la fin du jour (la lessive sur la pierre du lavoir, le couteau pour tailler la canne à sucre). Et au soleil appartenait aussi le sexe, c'était une des ouvres à la fois généreuses et incompréhensiblement destructrices du soleil, c'était au cours de la chaleur de la sieste de midi que les étrangetés les plus étranges se produisaient, d'elles naissaient alors soudain des enfants qui saignaient et criaient, avec des yeux sombres et rieurs avec en eux le goût du sang. Et l'autre monde, l'autre être humain ?"Ces trois contes rassemblés ici sont autant de variations sur le thème de la dualité, et confirme le talent de Birgitta Trotzig, qui, livre après livre, explore le monde derrière les apparences dans une ouvre inclassable.
Composé de divers chants thématiques, Contexte évoque, (invoque ?) des images fondamentale (rêves de papillons, la montagne de Caspar David Friedrich, etc.) des visages (le visage est l'enveloppe du langage), des champs de bataille, Lorca, l'oubli, les rêves, la glace,... comme autant de matériaux pour la réflexion métaphysique, pour tenter de cerner ce scandale de la temporalité que vient peut-être sauver la rédemption.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.