Extrait Depuis le banc du premier rang, aucun obstacle ne barrait la vue d'Anthony sur le dos de la jeune femme qui, dans quelques instants, allait devenir sa troisième belle-fille. L'allée de l'église était très large, avec un espace tapissé au pied des marches plates du choeur, où quatre petites demoiselles d'honneur écoutaient le discours, s'étaient laissées choir au milieu du nid de soie rose de leurs jupes, de sorte que rien ne s'interposait entre Anthony et le couple des futurs époux. Anthony trouvait à la mariée, drapée de satin ivoire près du corps, l'allure séduisante d'une sirène échouée à terre. Sa robe était moulante - très moulante -, des aisselles aux genoux, avant de s'évaser en plis flous, augmentée d'une petite traîne fluide négligemment étalée derrière elle, jusqu'en bas des marches du choeur. Le regard d'Anthony glissa lentement du sommet de la tête voilée de gaze, des cheveux clairs et coupés ras, parsemés de fleurs, jusqu'aux pieds invisibles, avant de remonter se poser sur les courbes de la taille et des hanches, d'une incontestable générosité. La silhouette est superbe, songea-t-il, même si pareille pensée était assez malvenue, pour un quasi-beau-père. Superbe. Il ravala sa salive, et son regard vint se poser sur son fils, avec plus d'austérité. Luke irradiait cette fierté masculine brute et possessive qui instillait une petite note de tension au milieu de la cérémonie du mariage, et il s'était à demi tourné vers sa future moitié. Cinq minutes auparavant, on avait assisté à un moment touchant, quand la mère de Charlotte, qui était veuve, avait tendu la main vers le voile de sa fille pour le relever, et elles s'étaient toutes deux regardées quelques secondes, avec une expression de connivence d'une telle intensité qu'elle en excluait toutes les autres personnes présentes autour d'elles. Anthony baissa les yeux sur Rachel, à ses côtés, en se demandant, comme souvent depuis ces décennies de vie commune, si le calme de son épouse ne masquait pas une langueur instinctive qu'elle n'exprimerait jamais, et alors qu'elle cédait son troisième fils à une autre femme, comment se manifesterait, au cours des mois et des années à venir, sa réaction primitive, inévitable, comme des bouffées de vapeur brûlante s'échappant par les fissures de la croûte terrestre. - Ça va ? fit-il à voix basse. Rachel ne s'en rendit pas compte. Il ne savait même pas si elle regardait vraiment Charlotte, ou si elle restait concentrée sur Luke, admirant sa carrure, l'éclat de sa peau et se demandant, en son for intérieur, si Charlotte avait conscience, vraiment conscience de la chance extravagante qui était la sienne. Au lieu d'un chapeau conventionnel, Rachel s'était piqué dans les cheveux une sorte de déflagration de plumes vertes, toutes regroupées d'un côté, et, aux yeux d'Anthony, le frémissement de ces plumes, telles des libellules montées sur fil de fer, constituait la seule indication qu'au fond d'elle-même, Rachel n'était pas aussi imperturbable qu'elle en donnait l'apparence. Bon, se dit-il, incapable de s'attirer sa complicité, si elle est tant absorbée par Luke, je vais me remettre à contempler le derrière de Charlotte. Je ne serai pas le seul. Tous les messieurs de l'église qui jouissent de la même vue m'imiteront. Prétendre le contraire, ce serait jouer les bégueules. Le prêtre, un homme jovial, avec son étole brodée de motifs d'une modernité agressive, prononçait une petite homélie inspirée d'un vers de Robert Browning, reprise dans le livre de messe. Avec moi je t'invite à vieillir, Le meilleur reste à venir. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
Couples fracassés, divorces, séparations : les histoires d'amour finissent mal en général. En quelques décennies, une ritournelle amusée des années 1980 est devenu une loi de la conjugalité ordinaire. Denis Moreau, philosophe, marié, amateur éclairé de rock'n'roll et lecteur intime de l'Evangile, se demande comment préserver nos amours des forces de destruction qui les menacent. Tour à tour tragique, corrosif et tendre, il analyse le mariage non comme un devoir ou une institution dépassée, mais dans ce qu'il considère être son sens et sa valeur : une réponse convaincante à la question "comment réussir sa vie ?". On connaissait les romans et les lettres d'amour. Voici un essai d'amour, écrit avec la conviction qu'il peut y avoir de grandes et belles choses dans nos histoires d'amour conjugal, en général.
Grenoble, une chambre d'hôtel, décembre 2015. Hélène n'arrive pas à trouver le sommeil. Dans deux jours, elle sera appelée à comparaître, et des souvenirs occultés depuis trente ans resurgissent : cette nuit du 14 juillet 1984, la nuit de "l'accident", elle avait 16 ans. On l'a retrouvée, laissée pour morte, au fond d'un ravin. Sa vie défile avec les blancs et les mensonges. Alors Hélène écrit...
Les trois essais qui composent ce livre constituent la synthèse des recherches poursuivies par Lorenz dans le domaine de la biologie du comportement, et pour lesquelles le prix Nobel de médecine et physiologie lui a été décerné en 1973. S'appuyant sur des observations précises, Lorenz donne à l'éthologie son premier contenu scientifique positif. Il souligne la continuité des sociétés animales et humaines et montre les prolongements philosophiques de son étude de l'instinct.
Edward T. Hall a montré, dans La Dimension cachée, que l'espace interpersonnel est une dimension de la culture. Le Langage silencieux avait conduit cette réflexion sur d'autres systèmes du même genre, et notamment le temps. Qu'est-ce qu'être en retard? qu'est-ce qu'attendre? par exemple. Le message exprimé là est différent selon qu'il vient d'un Européen, d'un Américain ou d'un Japonais. Ainsi le temps et, plus largement, la culture, sont-ils communication, autant que la communication est culturelle. Communication qui cache plus de choses qu'à première vue elle n'en révèle. A travers de nombreux exemples aussi précis que souvent cocasses, Edward T. Hall développe ainsi la théorie des systèmes de communication non verbaux.
L'Andorra du roman obsédant de Peter Cameron est inspiré d'une principauté isolée dans les Pyrénées. Transformée en un paradis éclaboussé de soleil, chacun y a quelque chose à cacher. C'est là que vient Alexander Fox, pensant y trouver réconfort et refuge, alors qu'il n'y rencontre que des souvenirs inquiétants de son passé. Andorra est un roman brillant et inventif sur le mensonge, le désir, et la tromperie de la mémoire.
Ce volume constitue une occasion de lire un texte à la fois plus complet et plus proche del'original que le manuscrit qui constituait, pour l'auteur, une sorte de mémoire de ses jeunesannées d'écrivain à Paris. Au cours de l'été 1957, il commença à travailler sur les « Vignettes parisiennes », comme il appelait alors le livre. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l'été 59, puis à Paris, à l'automne de cette même année. En novembre 59, Hemingway avait terminé la première version d'un texte auquel il ne manquait qu'une introduction et le dernier chapitre. Paris est une fête fut publié de manière posthume en 1964; il concerne les années parisiennes 1921 à 1926. Pendant les trois années, ou presque, qui s'écoulent entre la mort de l'auteur et la première publication de Paris est une fête, le manuscrit subit d'importants amendements de la main des éditeurs, de Mary Hemingway et de la maison Scribner. Quelques textes que Hemingway avait prévu d'inclure dans l'ouvrage ont été supprimés, tandis qu'ont été ajoutés d'autres fragments, qu'il avait certes destinés à cet ouvrage mais n'avait finalement pas retenus. Se trouve aujourd'hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu'il était au moment de la mort de l'écrivain en 1961.
A Santa Fe, les clients de "La Posada" sont formels : l'hôtel est hanté. Le fantôme de Julia Staab, une émigrante juive-allemande ayant vécu au XIXe siècle, existe bel et bien. De son visage blême émane une aura de tristesse. De quel outrage son spectre réclame-t-il justice ? Nul ne le sait. Sauf Hannah Nordhaus, son arrière-arrière-petite-fille qui part sur les traces de son ancêtre et honore sa mémoire. Un dernier hommage qui, peut-être, permettra à Julia de trouver le repos éternel.
Dans un quartier populaire de Londres, deux petites filles métisses nouent une relation fusionnelle autour d'un même rêve : devenir danseuses. Mais seule Tracey, la plus effrontée, a du talent. L'autre possède des idées : sur le rythme et le temps, les corps et la musique noire, ce que signifie appartenir, ce que signifie être libre. Leur amitié explosive s'interrompt brusquement au début de la vingtaine. Empruntant des chemins différents vers un destin qu'elles imaginent lumineux, chacune s'égarera pourtant en route. Débordant d'énergie, d'humour et d'émotion, Swing Time raconte les espoirs et les désillusions de ceux qui suivent la danse et de ceux qui la mènent.