Exhumant une boîte de photographies datées de son enfance, Gérard Titus-Carmel se retrouve face à celui qu'incontestablement il fut mais qu'il estime avoir sans retour cessé d'être. Comment justifier cette immixtion de l'altérité dans le rapport à soi-même ? Comment accorder la netteté du souvenir, que ces images renforcent, avec la conviction qu'elles sont celles d'un autre ? Par quel procédé rendre compte de cette impression apparemment paradoxale : il a fallu arriver où l'on se tient pour pouvoir se reconnaître là d'où on est parti ; revendiquer ici la « solitude » comme sa condition essentielle pour pouvoir, là-bas, en identifier les ferments ... La réponse de l'artiste à ce problème tient dans les pages de ce qu'il nomme « rêve autobiographique ». Ni autobiographie, ni mémoires, Ajours se veut une entreprise mémorielle où la vérité serait non celle du souvenir (rétrospectif par définition, donc instable, trompeur, complaisant), mais celle de l'écriture elle-même, dotée d'exigences propres. Le titre renvoie donc autant à un motif biographique central qu'à un principe de composition : l'ajour, c'est la « beauté » aperçue au loin dès l'enfance, poursuivie coûte que coûte en laissant derrière soi des origines décrites comme ternes, ingrates et misérables ; mais c'est aussi la part ménagée à l'oubli, dans un récit qui ne s'intéresse pas à une exactitude biographique relevant du pur fantasme, ni d'ailleurs à une stricte linéarité narrative. Pour couper court à toute prétention à l'exhaustivité, Gérard Titus-Carmel borne ce « récit d'initiation » de part et d'autre, sans toutefois s'interdire des débordements. Ajours se concentre ainsi sur les années comprises entre le décès de son père, en 1948, et celui de sa femme, dix-neuf ans plus tard. Mais c'est en 1970 que la narration s'arrête, lors d'un voyage au Japon qui marquera une rupture en termes affectifs et artistiques. Entre-temps, le lecteur aura assisté à ce qu'il convient sans doute d'appeler les « années de formation » de Gérard Titus-Carmel ? rendu, pour finir, « à ce point de ?véritable solitude? qui est le [sien] », et devenu lui-même : l'artiste qu'on connaît.
Nombre de pages
784
Date de parution
17/09/2021
Poids
972g
Largeur
143mm
Plus d'informations
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EAN
9782850350481
Titre
Ajours
Auteur
Titus-Carmel Gérard
Editeur
ATELIER CONT
Largeur
143
Poids
972
Date de parution
20210917
Nombre de pages
784,00 €
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Né à Paris en 1942, Gérard Titus-Carmel, après ses études à l'école Boulle de Paris, se passionne pour le surréalisme et la poésie. Dès ses premières expositions, dans les années soixante, ses toiles et ses dessins, ses lithographies et ses gravures révèlent un goût puissant pour la littérature, comme en témoignent titres et dédicaces de ses tableaux. Il illustre les poètes qu'il aime, de Jacques Dupin à Philippe Jaccottet, avant de donner ses propres texes. Gérard Titus-Carmel poursuit son oeuvre de peintre et d'écrivain dans le silence d'une grande bâtisse qu'il habite depuis plus de trente ans à Oulchy le Château. Un rêve en éclats, "rêverie hagarde et anglo-normande" comme il aime le quali ? er, est le premier texte de Gérard Titus-Carmel, oublié et resté totalement inédit depuis 1966. Avec cette mise en pièces ou histoire en morceaux, le verbe éclôt et jette une lumière nouvelle sur le demi-siècle de création qui a suivi ? : un vrai règlement de conte.
Très tôt remarqué comme dessinateur, Gérard Titus-Carmel a engagé depuis 1970 une ?uvre picturale en de longues «séries» attachées à travailler successivement les mêmes motifs, comme pour mettre à l'épreuve quelques formes singulières et faire jouer leurs nuances et couleurs. La poésie de Gérard Titus-Carmel paraît s'ouvrir à plus de variations encore. Une vingtaine de volumes déploient proses, vers, dispersions de mots ou cristallisations de texte dans l'espace de la page, ballets de typographies : des pages pour l??il autant que pour l'esprit. L??uvre picturale et l??uvre poétique de Titus-Carmel n'ont jamais été aussi liées que dans ce recueil dédié à l'albâtre, matière qui prend vie et semble ici plus organique que minérale.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.