Lettre à l'éditeur, Contre toute apparence, il ne s'agit pas d'un livre, mais d'un virus éditorial. Le Livre, en tant qu'il se tenait face à son lecteur dans la même feinte complétude, dans la même suffisance close que le Sujet classique devant ses semblables, est, non moins que la figure classique de l'"Homme", une forme morte. La fin d'une institution s'éprouve toujours dans la fin d'une illusion. Et c'est aussi bien le contenu de vérité en vertu duquel cette chose passée est déterminée comme mensonge qui apparaît alors. Que, par delà leur caractère de clôture, les grands livres n'aient jamais cessé d'être ceux qui parvenaient à créer une communauté; qu'en d'autres termes, le Livre ait toujours eu son existence hors de soi, voilà qui ne fut admis qu'à une date somme toute assez récente. Il paraît même que camperait encore quelque part sur la rive gauche de la Seine une certaine tribu, une communauté du Livre, qui trouve dans cette doctrine tous les éléments d'une hérésie. Tu es bien placé pour constater que la fin du Livre ne signifie pas sa brutale disparition de la circulation sociale, mais au contraire son absolue prolifération. Le foisonnemenrt quantitatif du Livre n'est qu'un aspect de sa présente vocation au néant, tout comme sa consommation balnéaire et le pilon, qui en sont deux autres. Dans cette phase, il y a donc certes encore des livres, mais ils ne sont plus là que pour abriter l'action corrosive de VIRUS éDITORIAUX. Le virus éditorial expose le principe d'incomplétude, l'insuffisance fondamentale qui est à la base de l'objet publié. Il se cale par les mentions les plus explicites, par les indications les plus grossièrementr pratiques -adresse, contact, etc-, dans la perspective de réaliser la communauté qui lui manque, la communauté encore virtuelle de ses lecteurs véritables. Il se place en un coup, le lecteur dans une position telle que son portrait ne soit plus tenable, telle du moins que son retrait ne peut plus être neutre. C'est dans ce sens-là que nous efflanquerons, aiguiserons, préciseront la Théorie du Bloom.
Nombre de pages
150
Date de parution
10/05/2004
Poids
130g
Largeur
110mm
Plus d'informations
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EAN
9782913372399
Titre
Théorie du Bloom
Auteur
TIQQUN
Editeur
FABRIQUE
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110
Poids
130
Date de parution
20040510
Nombre de pages
150,00 €
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La question communiste ne revient pas: elle ne nous a jamais quittés. C'est l'homme occidental lui-même qui la porte partout, en portant partout sa folie d'appropriation. "Communisme" est le nom du possible qui s'ouvre chaque fois et en tout lieu où l'appropriation échoue - sur une grève sauvage, une planète ravagée ou un féminisme extatique. C'est dire si le sentiment de désastre qui nous hante naît d'abord de la difficulté que nous éprouvons à trouver le passage, à forger le langage, à embrasser le dénuement d'où nous parviendrons à saisir une tout autre possibilité d'existence. C'est dire si le communisme est peu affaire d'hypothèse ou d'Idée, mais une question terriblement pratique, essentiellement locale, parfaitement sensible. Les textes rassemblés dans ce volume, et tout le travail de Tiqqun, ne font qu'explorer cette dimension de l'expérience que nous devinons tous sans savoir l'habiter. "La solution au problème que tu vois dans la vie est une façon de vivre qui fasse disparaître le problème."
Les concepts faits pour la guerre se passent bien de l'unanimité. Il est dans l'ordre qu'ON leur reproche l'aspect infamant des réalités qu'ils font voir. Ceux qui ont réussi à s'aveugler sur le fait pourtant massif de la Jeune-Fille n'en sont pas à une cécité près. C'est la Jeune-Fille elle-même qui est le produit de la misogynie, non sa théorie. Ouvrez n'importe quel journal féminin, vous verrez bien. La Jeune-Fille n'est pas toujours jeune et pas toujours fille, elle n'est que la figure de l'intégration totale à une totalité sociale en désintégration. Quand le crétin proteste contre l'évidence que " le monde n'est pas une marchandise " et que d'ailleurs lui non plus, il feint une virginité qui ne justifie que son impuissance. Nous ne voulons ni de cette virginité ni de cette impuissance. Nous proposons une autre éducation sentimentale.
Bloom [blum] nm - v1914, origine inconnue p-ê du russe Oblomov, de l'allemand Anna Blume ou de l'anglais Ulysses. 1/Stimmung finale d'une civilisation clouée à son propre chevet, et qui ne parvient plus à se distraire de son naufrage que par l'alternance de courtes phases d'hystérie technophile et de longues plages d'asthénie contemplative. C'était comme si la masse exsangue des salariés vivait dans le Bloom. " Mort au Bloom ! " (J-Frey) 2/Figuré. Forme d'existence crépusculaire, quelconque, et pourtant commune, les hommes singuliers dans le monde de la marchandise autoritaire = bloomesque, bloomitude, bloomification. 3/Par extension. Sentiment d'être posthume. Avoir le Bloom 4/Acte de décès de lit politique classique. 5/Acte de naissance de la politique extatique 6/Historique. Ce dont l'assomption détermina la formation des différents foyers du Comité Invisible, conjuration anonyme qui, de sabotages en soulèvements, finit par liquider la domination marchande dans le premier quart du XXIe siècle. " Les spectateurs se figent quand le train passe " (K).
Comme les bureaucrates syndicaux n ont rien tant à craindre que l émancipation effective des travailleurs, les intellectuels n ont de pire ennemi que le vrai, qui les met au chômage. Leur fonction, de nos jours, est plutôt d accompagner de leur bavardage la création d événements comme « le 11 septembre » ou à présent « la crise » par quoi l Empire justifie la mise en place accélérée de ses dispositifs planétaires. Il y a, naturellement, un autre usage de l intelligence. On en reconnaît les productions sans peine: l époque les honore de son silence blessé. Nul n a songé à flatter Tiqqun et surtout pas ses propres partisans d avoir saisi avec une si prémonitoire lucidité la physionomie de ce temps, ses lignes de force et ses points de faiblesse. Avoir raison est peu de chose. Le tout est d agir en conséquence. Or c est bien ce qui fait de Tiqqun, depuis dix ans, tout autre chose qu une revue à la parution assez erratique en apparence pour qu on la croie défunte: une pièce dans un plan de consistance qui n a cessé de se déployer, en extension, en profondeur et en intensité. Que des vies se soient liées à ce qui a été reconnu là pour vrai est une injure suffisante au cynisme régnant pour que l ON vous traite, dès lors, en « terroriste ».
« Qu est-ce donc qu un démocrate, je vous prie? C est là un mot vague, banal, sans acception précise, un mot en caoutchouc. » Cette question, ce jugement sans appel d Auguste Blanqui datent d un siècle et demi nais gardent une actualité dont ce livre est un signe. Il ne faut pas s attendre à y trouver une définition de la démocratie, ni un mode d emploi et encore moins un verdict pour ou contre. Les huit philosophes qui ont accepté d y participer n ont sur le sujet qu un seul point commun: ils et elles rejettent l idée que la démocratie consisterait à glisser de temps à autre une enveloppe dans une boîte de plastique transparent. Leurs opinions sont précises dans leurs divergences, voire contradictoires ce qui était prévu et même souhaité. Il en ressort, pour finir, que tout usé que soit le mot « démocratie », il n est pas à abandonner à l ennemi car il continue à servir de pivot autour duquel tournent, depuis Platon, les plus essentielles des controverses sur la politique.
Depuis le 22 février 2019, chaque vendredi, les Algériens descendent dans les rues, parfois par millions, pour réclamer le départ du régime en place depuis l'indépendance : "Qu'ils dégagent tous ! " , "Les généraux à la poubelle" . Un mou-vement, appelé "hirak" en arabe, d'une ampleur inédite dans l'histoire du monde contemporain : on n'a jamais vu la majorité de la population opprimée d'un pays ma-nifester ainsi pacifiquement dans les rues de ses villes pendant des mois pour exiger une authentique démocratie. Ce livre tente de rendre compte de cette extraordinaire ébullition, qui a sidéré tous les observateurs. Il réunit les contributions de journalistes et professionnels algériens qui ont suivi sur place le mouvement au jour le jour, ainsi que celles de spécialistes, algériens et français, qui observent l'actualité du pays depuis des décennies. D'où l'intérêt de ce livre sans équivalent, qui montre d'abord comment les slogans exprimés de mille manières dans les manifestations du hirak ont révélé la remarquable lucidité du peuple sur la nature du régime. Ils expriment sans détours que, depuis les années 1980, celui-ci est dirigé par l'équivalent d'une coupole mafieuse, principalement com-posée par les chefs de l'armée et de la police politique, réunis autour du partage des circuits de corruption. Une coupole qui se cache derrière une façade politique civile constituant une fausse démocratie à base de ministres et de partis, "laïques" ou "islamiques" , sans aucune autonomie réelle. Après avoir rappelé les évolutions récentes de ce régime, qui permettent de com-prendre les origines profondes du soulèvement, les auteurs rendent compte en détail de ses multiples facettes, comme l'inventivité et l'humour des manifestant. e. s, la place essentielle des jeunes et des femmes ou la revendication centrale d'une "seconde libé-ration" , celle du peuple après celle du pays en 1962. Mais aussi la mobilisation spéci-fique des étudiant. e. s, sans négliger le rôle de la presse et des réseaux sociaux, ni les réactions à la répression exercée par les forces de sécurité. En se concluant par une série de révélations sur les effets du hirak au sein du pou-voir (règlements de comptes à la tête de l'armée et de la police politique, arrestations d'oligarques liés aux réseaux de corruption de certains clans...), ainsi que sur les réac-tions des grandes puissances, cet ouvrage très accessible apporte des clés essentielles pour comprendre l'un des plus puissants mouvements sociaux de l'histoire moderne. Omar Benderra (économiste), François Gèze (éditeur), Rafik Lebdjaoui (journa-liste) et Salima Mellah (journaliste) sont membres de l'association Algeria-Watch, créée en 1997 pour dénoncer les violations des droits humains en Algérie et faire con-naître les réalités de son régime et de sa société. Son site est considéré comme une référence incontournable par de nombreux acteurs, en particu-lier en Algérie même. Les contributeurs : Abdelghani Badi, Lakhdar Benchiba, Omar Benderra, Ré-douane Boudjemaâ, José Garçon, François Gèze, Moumen Khelil, Rafik Lebdjaoui, Hocine Malti, Hassina Mechaï, Mohamed Mehdi, Salima Mellah, Drifa Mezenner, Habib Souaïdia.
On pourrait dire que ce livre est déguisé. En apparence c'est une oeuvre, somme toute traditionnelle, du grand historien de Paris que fut Louis Chevalier ? des parties et sous-parties, des notes, des références ? mais sous ces dehors académiques, c'est d'une féerie qu'il s'agit. En l'ouvrant à n'importe quelle page, on y rencontre des personnages fabuleux, Salis au Chat Noir, Bruant au Mirliton, Lautrec au Moulin-Rouge avec la Goulue et Valentin, et Yvette Guilbert, Damia, Fréhel. Au fil des chapitres, les belles courtisanes, Liane de Pougy, la belle Otéro, Emilienne d'Alençon, côtoient Barrès et Mac Orlan, Carco et Zola qui s'en inspirera pour ces grandes héroïnes du plaisir et du crime, Gervaise dans son lavoir de la rue des Islettes, et Nana, inoubliablement représentée par cet autre montmartrois que fut Edouard Manet. Les lieux parcourus sont ceux du crime, "décor d'ombre, de misère, de vengeance, de peur" ? plutôt à l'est, du côté de La Chapelle ; et ceux du plaisir, la scintillante place Blanche, le boulevard de Rochechouart où, à l'Elysée-Montmartre, on regarde danser Grille d'Egout, "laquelle fait exercice avec sa jambe gauche comme avec un Remington". "Vous êtes la Sybille conduisant Enée dans le royaume des ombres" dit à Chevalier un ami américain. "Montmartre, pour vous, c'est le temps retrouvé. Non pas seulement votre Montmartre, celui de vos souvenirs et de ces romans qui se mêlent à vos souvenirs, mais Montmartre lui-même qui, à vous entendre, n'a d'autre réalité, d'autre forme assurée d'existence, de durée, que d'être, en permanence, une féerie ou un délire de sensations et toujours les mêmes." Prodigieux livre où il faut accepter de se perdre entre Barbès et Clichy, de se laisser aller à un plaisir non défendu, l'enchantement de l'écriture et d'une impeccable érudition.
La question communiste ne revient pas: elle ne nous a jamais quittés. C'est l'homme occidental lui-même qui la porte partout, en portant partout sa folie d'appropriation. "Communisme" est le nom du possible qui s'ouvre chaque fois et en tout lieu où l'appropriation échoue - sur une grève sauvage, une planète ravagée ou un féminisme extatique. C'est dire si le sentiment de désastre qui nous hante naît d'abord de la difficulté que nous éprouvons à trouver le passage, à forger le langage, à embrasser le dénuement d'où nous parviendrons à saisir une tout autre possibilité d'existence. C'est dire si le communisme est peu affaire d'hypothèse ou d'Idée, mais une question terriblement pratique, essentiellement locale, parfaitement sensible. Les textes rassemblés dans ce volume, et tout le travail de Tiqqun, ne font qu'explorer cette dimension de l'expérience que nous devinons tous sans savoir l'habiter. "La solution au problème que tu vois dans la vie est une façon de vivre qui fasse disparaître le problème."