1945, Java est en flammes, période d'anarchie, guerre civile, les Japonais massacrent les Moluquois, internent les colons néerlandais dans des camps, détruisent et pillent les villages. Au coeur de cette violence, un enfant s'est perdu, peut-être a-t-il fugué. Seul, il tente de retrouver un piano. Avant les flammes, les cris, le départ des pères au combat, une Néerlandaise organisait de merveilleux concerts. Elle avait promis à l'enfant moluquois de l'initier à la musique et lui avait confié les clefs de sa maison en gage de sa sincérité. Car il s'agissait bien d'une promesse, un pacte indestructible aux yeux d'un enfant. Mais les camions ont emporté les Blancs et le piano a disparu. A travers le pays, l'enfant marche au hasard. Aveugle à la violence, protégé par ses voix intérieures, invisible, transparent dans la folie, le tumulte des adultes en guerre, il semble porté par la volonté de croire que rien ne peut l'atteindre, que sa mission est immense : une question de confiance, une obsession symbole d'avenir. Ainsi le petit Izak marche dans la forêt à la recherche du piano. Au bord d'un paysage qu'il rêve, il perçoit la nature comme autant de sonorités colorées, rencontre des musiciens en route pour un mariage traditionnel, puis un prince et sa fille qui l'accompagneront vers la ville aux crocodiles avant de le faire monter sur un bateau de réfugiés en partance pour l'Europe. ?A perte de vue, tout est tranquille désormais, les choses ici ne sont au courant de rien. Il vaut mieux ne pas déranger le paysage profond et lointain. C'est un grand bonhomme velu qui est couché sur le ventre.? Izak est un conte onirique et exotique. Thomése y décrit avec beaucoup de justesse, de respect et d'empathie le regard des enfants encore petits, leur capacité à croire, à s'abstraire du réel, leur détermination à ne pas voir l'innommable. Situé aux heures les plus dures de l'année 1945, alors que l'ancienne colonie néerlandaise s'achemine dans la douleur vers l'indépendance, ce livre n'est que prose musicale, imaginative et poétique.
Un jour d'hiver, un jeune couple perd son enfant, une petite fille de quelques semaines. Le père, Frans Thomése, accomplit son " travail de deuil " en usant du meilleur moyen qu'il connaisse : l'écriture. Mais l'écriture ne répond pas aux questions, elle les pose. Comment dire la perte, comment évoquer l'absence ? Qu'est-ce que cette absence, et qu'était cette vie qui n'a pas eu le temps d'être vécue ? Qui souffre en moi ? Ainsi naît, autour d'un thème tragiquement universel, la suite de textes courts - ni récits, ni essais, ni poèmes en prose, mais à égale distance de ces trois genres - composant ce livre exceptionnel, quête obstinée d'un chant, d'une mélodie pure, d'une " troisième voix " qui fasse surgir l'indicible. " Pour peu que l'on subisse assez de pertes, le passé devient à la longue ce qu'était d'abord l'avenir : un lointain où laisser vagabonder la rêverie, un horizon derrière lequel une seconde chance reste toujours possible et où, en dépit du caractère irrémédiablement révolu de toutes choses, l'énigmatique espoir continue d'exister. "
Nicolas Mathieu ouvre pour nous une fenêtre sur le ciel avec ce roman qui n’est constitué que de déclarations d’amour. Son entrelacs de textes composent un hymne à la vie et à ses moments forts. Magnifié par les illustrations d’Aline Zalko.
Un contrôle fiscal, un appartement fouillé dans ses moindres recoins, des lettres et documents personnels, accumulés depuis des décennies, épluchés : voilà qui réveille chez la narratrice colère et désir impérieux de revisiter sa propre existence, les histoires des vivants et les histoires des morts — des morts, surtout. Pour la première fois, celle qui se désigne comme "la dernière des Jelinek " assène au lecteur des éléments de sa biographie relatifs à sa famille juive exilée, déportée ou assassinée sous le nazisme. Parallèlement, elle mène une enquête implacable sur les flux mondiaux de capitaux, le profit que les Etats tirent encore aujourd'hui des biens juifs spoliés. Elle dresse un réquisitoire sévère contre les sociétés autrichienne et allemande, l'hypocrisie, le passé criminel non assumé, l'antisémitisme latent. Et, plus que jamais, contre le culte omniprésent de l'argent, qui favorise tous les stratagèmes de blanchiment, d'évasion fiscale et de fraude généralisée. Le récit, véritable tour de force d'écriture, maniant humour noir ravageur, jaillissement d'images et d'invectives, associations et jeux de mots virtuoses, renoue avec les oeuvres les plus virulentes de l'autrice.
Printemps 1945. Sur l'île d'Amrum, en mer du Nord, la guerre semble lointaine malgré les bombardiers qui sillonnent le ciel. Du haut de ses dix ans, Nanning n'a qu'une vague idée des orages d'acier que brave son père sur le continent. Les contours de son monde se résument aux dunes, aux prés-salés et aux vastes étendues de bruyère. Mais l'île, privée de ravitaillement, est minée par les tensions et sa petite communauté divisée par la guerre. Jour après jour, Nanning lutte pour subvenir aux besoins de sa famille. Il chasse, pêche et troque, affrontant un quotidien toujours plus rude. Alors que la défaite du Reich devient inévitable, il découvre à ses dépens que les siens ne sont pas du bon côté de l'Histoire. Porté par la beauté sauvage d'Amrum, ce roman d'apprentissage résonne comme lm hymne aux paradis perdus.