Que peut aujourd'hui la poésie, devant les fureurs de l'histoire, les souffrances des victimes, l'aridité métaphysique du temps présent, quand les sociétés, ayant perdu confiance en ses témoins, se sont détournées d'elle ? Quelle est la nécessité et quelle est la légitimité de la poésie, quand Baudelaire lui-même à la fin perdit la parole, attestant que perdre la parole est le fait moderne par excellence ?Mais Baudelaire posant cette question somme son lecteur d'y répondre en personne : de la reprendre où ses poèmes la laissent et de vouloir, avec lui, qu'à la fin de la poésie dans l'aphasie, personnelle ou collective, réponde une autre fin dans l'amour. Car il y a de la violence dans le langage, ce que le poème qui la reconduit peut au moins savoir, faisant de la poésie une recherche de ses propres conditions, et il y a, plus précisément, un meurtre au fond des mots, que le poème qui en dérive peut aussi révéler, faisant de la poésie, autant qu'un drame sacrificiel, un acte de compassion pour la victime des mots. Ce livre où sont lus Le Spleen de Paris, Pauvre Belgique !, deux poèmes de la Correspondance et Les Fleurs du mal est consacré à la passion de Baudelaire : à sa dénonciation, éthique excédant l'esthétique, de la violence intérieure à la poésie, pour rendre enfin possible, au-delà des poèmes, une parole délivrée.
Nombre de pages
516
Date de parution
13/01/1993
Poids
540g
Largeur
140mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782070726813
Titre
Baudelaire, violence et poésie
Auteur
Thélot Jérôme
Editeur
GALLIMARD
Largeur
140
Poids
540
Date de parution
19930113
Nombre de pages
516,00 €
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
Un essai: étude approfondie d'un grand texte classique ou contemporain par un spécialiste de l'oeuvre: approche critique originale des multiples facettes du texte dans une présentation claire et rigoureuse. Un dossier: bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extraits de presse. Éclaircissements historiques et contextuels, commentaires critiques récents.Un ouvrage efficace, élégant. Une nouvelle manière de lire.
La parole selon Sophocle vient d'une violence originelle qui nourrit sa dualité : elle est parole de la vie, expression immédiate du vouloir-vivre, et discours du monde, représentation construisant l'ordre social. Ainsi s'ouvre en tout échange la possibilité d'un conflit entre ces exigences opposées, qu'il revient aux rites sociaux de juguler, mais qu'un héros de tragédie peut provoquer. Ce conflit apparaît dans les sept tragédies conservées de Sophocle (Ajax, Les Trachiniennes, Antigone, oedipe roi, Electre, Philoctète, Oedipe à Colone). En lui se dressent les deux versants de la parole : cris, plaintes, pleurs, gestes du corps souffrant, d'un côté ; préjugés, jugements, doctrines, plaidoyers, de l'autre. Une division si forte peut déconsidérer, voire renverser l'ordre social, dénoncé comme fictif ou même illusoire. La crise des croyances reçues et des valeurs partagées, la ruine des représentations communément admises constituent la pire catastrophe qui puisse avoir lieu parmi les hommes. Ce désastre, le présent essai lui donne un nom prestigieux : "le tragique" , rétablissant sur de nouvelles bases ce grand concept éducateur. Jérôme Thélot est professeur à l'Université de Lyon. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels : Poétique d'Yves Bonnefoy (1983) ; Baudelaire. Violence et poésie (1993) ; Au commencement était la faim (2005) ; L'Idiot de Dostoïevski (2008) ; Les Avantages de la vieillesse et de l'adversité. Essai sur Jean-Jacques Rousseau (2015). Il a aussi traduit Le Voyageur chérubinique d'Angelus Silesius, et le Woyzeck de Büchner.
Résumé : L'événement capital de la photographie appelle une connaissance qui le soutienne, une invention aussi étonnante que ce qu'elle invente. Or c'est la littérature qui invente la photographie. Dans sa période classique la photographie fut à ce point intériorisée par des poètes et des romanciers - parmi les plus grands - qu'elle s'en trouva révélée en vérité et qu'elle contraignit en retour les écrivains à se réfléchir en elle. Autant donc la littérature décide de la photographie, la construit en fictions théoriques, l'érige en postulations subjectives et lui attribue des valeurs, autant, inversement, la photographie provoque la littérature, l'oblige à une expérience inédite et la somme de se ressaisir devant elle. Telle est la surprise dont ce livre est l'étude : Hugo, Baudelaire, Nadar, Champfleury, Villiers de l'Isle-Adam, Mallarmé, Rodenbach, Proust, non seulement livrent les clefs d'une compréhension illimitée de la nouvelle image, mais inventent celle-ci comme une question religieuse - où se rejoue le sens de l'homme - question qui retentit en eux selon leur pensée propre et qui détermine notre monde comme l'âge de la photographie.
Raymond Guérin est fasciné par la lettre, qu'il s'agisse de la forme littéraire qui structure certains de ses récits ou d'une véritable correspondance. A tous les titres, de la pratique de l'échange à l'exercice de l'imagination, il est un épistolier. Les Lettres à Sonia sont certes une correspondance réelle entre un écrivain et la femme qu'il aime, séparés par la guerre et la captivité, mais elles sont aussi et au moins autant un journal, et encore une projection, une mythologie, bref c'est un récit qui se donne. Journal ou récit qui est adressé à l'autre, destinataire et matière sacrée de l'écriture. En contre-point, Guérin brosse son portrait intérieur, il évoque le quotidien du prisonnier dont la vie personnelle, comme celle du monde, est soumise aux ruptures de l'histoire. Ecrivant ces Lettres qui sont un roman, Guérin s'inscrit dans une fièvre d'expression que son étrange disponibilité ne peut qu'aviver. Digne dans l'épreuve, répondant par les mots à la misère du temps, il dresse au jour le jour un monument de résistance à la barbarie, fondé sur l'amour et la foi dans le verbe. Le monde de l'intelligence le nourrit plus que jamais et s'érige en rempart contre la sottise. Dans les Lettres à Sonia, Guérin se montre bouleversant de droiture et de lumière.