Ce roman est le livre d'un voyage ou plutôt d'un double voyage: celui que fait un jeune journaliste jusqu'à une bourgade appelée Oreille-de-Chien, à plus de trois mille mètres d'altitude sur la cordillère des Andes, mais également celui, parallèle, qui le projette à l'intérieur de lui-même, vers les tréfonds de ses souvenirs. Nous sommes au Pérou, quelques années après la chute de Fujimori et la fin de la "guerre sale" entre le Sentier lumineux et l'armée régulière péruvienne. Pendant ce conflit meurtrier, les paysans indiens d'Oreille-de-Chien ont été tués indistinctement par les guérilleros et les patrouilles militaires qui ont mené dans la zone une répression d'une violence extrême. C'est pourquoi le nouveau président, Alejandro Toledo, choisit le village pour lancer l'un de ses programmes sociaux destinés aux populations andines, un geste politique fort et hautement symbolique. Comme bien d'autres journalistes de la capitale, le protagoniste est envoyé couvrir l'événement, mais il n'imagine pas ce qui l'attend dans ces montagnes où il va s'éprendre d'une Indienne et découvrir un autre visage de son pays et de lui-même. Par petites touches, avec une écriture agile, fine et intelligente, Ivàn Thays restitue l'atmosphère irréelle d'Oreille-de-Chien et plonge son lecteur dans un univers dense et magique où les tensions culturelles et ethniques restent très vives. Son récit est une grande histoire d'amour et de haine, mais aussi un regard nouveau sur le Pérou actuel, à l'heure des politiques de la mémoire et du triomphe de la mondialisation.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.
Cercas Javier ; Grujicic Aleksandar ; Louesdon Kar
Résumé : Un Javier Cercas "athée, anticlérical, laïc militant, rationaliste obstiné, impie rigoureux" , se voit proposer par le Vatican d'accompagner le pape dans un voyage officiel. L'écrivain accepte à la condition de disposer de cinq minutes seul avec François pour pouvoir lui poser la seule question qui vaille - une promesse faite à sa mère : est-il raisonnable de croire à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ? Et voilà le fou sans Dieu, guidé dans les méandres de la curie romaine par des "Avengers" en soutane, qui embarque le 31 août 2023 à bord de l'avion qui conduit le divin aréopage en Mongolie. Un roman sans fiction qui pourrait aussi bien être un incroyable thriller sur le plus grand mystère de l'histoire de l'humanité.
Sepúlveda Luis ; Concejo Joanna ; Maspero François
Aux millions de lecteurs qui ont lu ce roman de Luis Sepúlveda, il reste le souvenir limpide d'une histoire parfaitement racontée. Juste ce qu'il faut de mots pour dire la vie d'Antonio José Bolivar Proano, vieil homme rodé aux a risques de la jungle, lecteur balbutiant malgré son âge, mais passionné. Mais voilà que l'imprudence et la bêtise de quelques gringos l'obligent à refermer ses livres pour aller traquer - à contrecoeur - un fauve qui rode non loin du village... A la mine de plomb et aux crayons de couleur, Joanna Concejo vient y ajouter une infusion forte de jungle, de fleuve et de pluie, qui colle à la peau et à l'âme. Et sur cette toile intensément verte et détrempée, une constellation de corps et d'objets. Avec une minutie époustouflante.
Le Petit est l'histoire d'un enfant qui ne rentrera plus jamais de l'école : la chaudière de l'établissement a explosé - cela s'est produit dans une bourgade de Biscaye, le 23 octobre 1980. Toute une classe d'âge (les 5 à 6 ans) a péri. L'auteur est entré à pas feutrés dans la maison de l'un d'eux. Deuil et courage, illusoire reconstruction, impossible oubli. Pour son grand-père, "le petit" vit à jamais. Le chagrin est monté au ciel : "l'aéronef se perd à l'intérieur d'un nuage. Où peut-il bien se rendre ? On murmure (...) que cinquante enfants sont à bord et que c'est une maîtresse qui pilote ; à ses côtés, le copilote est un instituteur. La cuisinière de l'école, elle, déambule le long du couloir, entre les sièges, et joue le rôle d'hôtesse de l'air. Elle s'occupe des petits, leur caresse la tête, leur chante des chansons de l'époque où elle-même était gamine. Ils sont tous morts." Un éclair de joie illumine l'esprit embrumé du vieil homme. On a dû mal compter. Ils ne sont que quarante-neuf fantômes à bord de l'avion. Son "petit" est sauf.
Il se souvient de la villa qui donnait sur la mer et de son opulent jardin : il y soignait iris, trompettes des anges, glaïeuls et pulmonaires. Témoin discret et impartial, le vieux jardinier raconte : le jeune couple, beau et fortuné, leurs amis toujours plus nombreux, les baignades et les promenades à cheval, une vie d'insouciance et d'oisiveté sous les yeux de l'indomptable cuisinière et de toute une maisonnée. Avec l'arrivée d'un nouveau voisin, fortune faite en Amérique, surgit la menace d'un passé enfoui. Comme au ralenti, le drame se déroule, dans un luxe de détails et de non-dits, un savoureux mélange de détachement et d'émotion.