Entre le despotisme de Richelieu et celui de Louis XIV, un intermède de désordre et de liberté: la Fronde, dont le souvenir se dépose bientôt dans un livre majeur: les Mémoires du cardinal de Retz. Que sont les Mémoires? Un récit partial et allègre des événements, une galerie de portraits à l'eau forte, une écriture alerte, une ironie dont l'auteur ne s'excepte pas, et, sous-tendant tout cela, une vision désenchantée de la politique et de l'histoire, où une anthropologie pessimiste à la manière de Pascal se conjugue avec l'éthique cornélienne de la grandeur et de l'héroïsme. Pour Retz, en cela fidèle à l'esprit de son temps qui est celui du baroque, un modèle guide la réflexion: celui du théâtre. La politique et l'histoire sont un spectacle, joué par des acteurs, les Princes, les Grands, devant un public silencieux, dont le jugement sera pourtant décisif, puisqu'il lui appartiendra d'accorder ce qui est recherché: la gloire. Cependant, la politique et l'histoire comme spectacle présentent certaines particularités: la pièce n'a pas d'auteur identifié et sa cohérence est rien moins qu'assurée; les acteurs à la fois mûs et aveuglés par leurs passions, sont à des degrés divers insensés, individuellement et plus encore lorsqu'ils agissent collectivement; l'État, terrain et enjeu de leur confrontation, est affligé d'une contradiction mortelle entre la proclamation du pouvoir absolu du monarque et l'inéluctable reconnaissance de la puissance de fait du peuple; il ne peut survivre qu'en enveloppant cette contradiction d'un mystère impénétrable. Enfin, la politique et l'histoire sont l'empire de la déraison et de l'irréel; à la différence de ce qui se produit dans la nature, il n'y existe aucune proportion définie entre la cause et l'effet, et le hasard y tient une place irréductible; par ailleurs, en politique et en histoire, l'imaginaire l'emporte sur le réel, et la parole compte plus que les actes. Dans un tel univers, l'action est malgré tout posible, parce que s'il n'y a pas de logique du réel, il y a bien en revanche une logique de l'action. Celle-ci suppose, d'une part, la définition d'objectifs situés juste au-delà de la frontière reconnue du possible et, d'autre part, le respect d'une cohérence rigoureuse entre la fin et les moyens. Ainsi deviennent possibles des destinées héroïques qui, pour Retz, relèvent exclusivement d'un jugement esthétique: furent-elles grandes? furent-elles belles?
Nombre de pages
144
Date de parution
17/10/2013
Poids
210g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782718608945
Titre
Politique de Retz
Auteur
Terray Emmanuel
Editeur
GALILEE
Largeur
135
Poids
210
Date de parution
20131017
Nombre de pages
144,00 €
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Dans la mythologie grecque, Méduse est l'incarnation conjointe de la Mort, de l'Horreur et du Chaos, tels qu'ils font irruption dans la vie des hommes et dans celle des cités. Elle transforme en pierre tous ceux et toutes celles qui ont le malheur de voir son visage. Tout au long de leur histoire, les hommes ont livré bataille à Méduse et les textes ici réunis rappellent quelques-uns de ces combats. On a parfois tenté d'éliminer Méduse en établissant sur terre le règne de Dieu ou celui de la justice, mais le remède s'est souvent révélé pire que le mal; d'autres ont voulu l'enchaîner et la réduire à l'impuissance, mais les dispositifs inventés à cet effet - le droit, la loi, la démocratie - se sont avérés peu sûrs. Ce passé annonce notre avenir: contre Méduse et ses métamorphoses, il nous faudra jour après jour forger de nouvelles armes dans une lutte qui ne finira qu'avec nous.
La pensée de droite est diverse et changeante; elle varie selonles courants entre lesquels elle se partage, selon les secteurs dela vie sociale où elle s'énonce, selon les interlocuteursauxquels elle s'adresse. Elle présente parfois des incohérences,mais comme elle n'est jamais obligée de se constituer ensystème, ces incohérences passent très largement inaperçues.Par-delà cette multiplicité de facettes différentes, il estcependant possible, telle est l'hypothèse de ce livre, d'identifierun socle commun, un faisceau d'axiomes qui, sans former unedoctrine unique, permet aux penseurs de droite d'appréhenderles faits à travers les mêmes catégories et de les apprécier auregard des mêmes valeurs; ainsi se préparent les conditionsd'une convergence face à l'adversaire. Ces axiomes sont passésen revue: ils ont nom réalisme, ordre, hiérarchie, autorité,patrie, morale. Ils impliquent une certaine conception de lanature humaine et de l'histoire, une certaine image desrapports entre l'individu, la société et l'Etat, et une certaineidée de la politique. Enfin, ils organisent les relations que lapensée de droite entretient avec deux "voisins" de nature trèsdifférente, mais qui sont pour elle de la plus haute importance: d'un côté l'extrême droite, de l'autre l'Eglise catholique. Forteen la matière d'une longue expérience, la pensée de droite saitvivre avec ses contradictions. L'écart se creuse cependant entresa version libérale et sa version conservatrice, entre lesexigences du système économique et social auquel elle adhèreet son attachement à l'ordre établi. Pour l'instant, le clivagepasse à l'intérieur de chacun des penseurs, mais il pourraitbientôt s'approfondir au point de les contraindre à choisir leurcamp.
Résumé : L'étonnante fortune dont jouit aujourd'hui encore l'?uvre de Clausewitz (1780-1831), l'auteur du fameux traité De la guerre, présente un caractère quelque peu paradoxal. Du point de vue de son objet propre, la guerre, la pensée de Clausewitz correspond en effet à une période historique précise - le concert des grands Etats européens aux XVIIIe et XIXe siècles -, et l'on peut juger que cette époque est à présent révolue du fait de l'avènement de l'arme nucléaire, du fait aussi des effets de la mondialisation sur l'autonomie et la consistance des Etats. Pourtant les ?uvres de Clausewitz présentent bien davantage qu'un intérêt historique. On peut d'abord y trouver les fondements d'une théorie générale de l'action dans le milieu de l'incertitude et du risque ; mieux, toute doctrine qui prend pour axiome premier la souveraineté de l'individu et qui essaie de construire sur cette base le social, le politique ou l'historique est nécessairement amenée à penser la vie sociale sur le modèle de la guerre ; dès lors, elle a tout intérêt à se tourner vers Clausewitz, où elle trouvera une description, à ce jour inégalée, des formes générales que prend le conflit lorsqu'il oppose des volontés à la fois intelligentes et passionnées. C'est à l'étude de la genèse de cette pensée et à l'évaluation de sa validité dans les conditions de l'action politique et sociale contemporaine que s'est attaché Emmanuel Terray dans cet essai.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.