Nous nous trouvons à un carrefour. Plus nous banaliserons les états d'urgence démocratiques, plus nous assimilerons la liberté à la consommation, plus nous trouverons confortable l'état de léthargie civique engendré par la gestion gouvernementale des risques sociaux (sanitaires, financiers, sécuritaires, climatiques...), plus l'émancipation s'effacera. " F. TarragoniAujourd'hui comme avant, l'émancipation suscite chez certains la méfiance. Le réflexe est bien connu : que ce soit dans le domaine du politique, de la famille, de la sexualité ou du travail, les processus d'émancipation conduisent, depuis l'avènement des sociétés modernes, à rompre avec un ordre, avec une tradition pourvoyeuse de sécurités et de confort, et à les remplacer par un saut dans l'incertain). Mais, notre actualité se singularise sur un point : à ce discours anti-émancipation s'en conjugue désormais un autre, qui vise au contraire à s'emparer du mot pour le détourner de son sens originaire. C'est ainsi que l'émancipation est devenue l'un des maîtres-mots des programmes de réformes néolibérales, que l'on trouve derrière l'éloge des émancipés de la start-up Nation, la nécessité pour chacun de " se prendre en main ", de devenir l'entrepreneur de sa vie, de se responsabiliser face à ses échecs et d'assumer les risques de ses choix. Le danger existe donc que l'émancipation devienne le maître-mot du retournement de la démocratie contre elle-même, la clef-de-voûte de la novlangue exprimant la volonté de gouverner sans le peuple.Dans cet essai brillant, le sociologue Federico Tarragoni, après être revenu aux origines latines du mot (l'emancipatio du mineur et de l'esclave) et à ses évolutions sémantiques (émanciper/s'émanciper) au cours des XVIIIe et XIXe siècles en particulier, tente d'arracher l'émancipation à l'oubli et au dévoiement, afin que le mot demeure la quintessence de l'humanité, qu'il continue à désigner ses aspirations vers un monde meilleur.Table des matières : 1. Contre l'émancipation ?2. La réécriture néolibérale de l'émancipation3. Émancipation des tutelles, affranchissement de l'esclavage4. Les luttes des esclaves modernes : ouvriers et femmes au XIXe siècle5. Reconnaissance et émancipation : les luttes du XXe siècle6. Émancipation et domination7. Que reste-t-il de l'émancipation dans des sociétés liberticides ?
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Nombre de pages
102
Date de parution
02/09/2021
Poids
90g
Largeur
102mm
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EAN
9782381910345
Titre
Emancipation
Auteur
Tarragoni Federico
Editeur
ANAMOSA
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102
Poids
90
Date de parution
20210902
Nombre de pages
102,00 €
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Individualisation des peines, des carrières, des soins, de la relation pédagogique, de la consommation ; nouvelles frontières de l'identité numérique ou biométrique ; menaces que l'individualisme ferait peser sur les sociétés d'aujourd'hui... L'individu est au coeur des pratiques sociales contemporaines. A-t-on affaire cependant à un individu plus autonome ou plus fragile ? Quelles sont les tensions de la condition individuelle contemporaine ? Pouvons-nous tous accéder au statut valorisé d'individu libre et singulier, maitre de lui-même et de son existence ? Répondre à ces questions suppose de faire dialoguer la tradition sociologique - Tocqueville, Durkheim, Halbwachs, Weber, Simmel, Elias, Mead ou Goffman - et les recherches contemporaines sur les processus d'individuation.
Si l'on en croit de nombreuses analyses médiatiques, scientifiques ou profanes des révolutions en cours, du monde arabe à l'espace postsoviétique, de la Grèce à l'Espagne, en passant par l'Amérique latine, la révolution est terminée. Pire : si elle est terminée, c'est en fait qu'elle n'a jamais eu lieu. Ceux qui y ont cru, ceux qui continuent d'y croire, sont des dupes, victimes d'une propagande d'Etat. Ce livre se propose au contraire de penser l'objet "révolution en cours", de construire son concept au ras de l'expérience, en rupture avec les approches sociologiques surplombantes. D'où un double parti pris : penser la révolution à partir des subjectivités qui s'y façonnent, dans un brouillage des identités sociales ? c'est précisément ce brouillage qui explique l'incompréhension de la sociologie face à ce qui se joue dans des processus révolutionnaires ; ensuite, penser la révolution à partir non d'un exemple, mais d'un cas ? celui du Venezuela contemporain ? susceptible d'éclairer d'autres "révolutions en cours" et de rendre intelligibles les rapports à soi, au politique et au temps qui s'élaborent dans ce type de processus. En tentant de repenser la place et le statut du concept de révolution, il s'agit donc de percer à jour "l'énigme révolutionnaire".
Ce numéro porte sur l'actualité de la société italienne et, plus particulièrement, sur les raisons structurelles ayant conduit, après les élections du 4 mars 2018, à la formation d'une coalition de gouvernement inédite, guidée par des partis traditionnellement dans l'opposition : la Ligue, parti nationaliste d'extrême droite, et le Mouvement 5 étoiles qui, sans véritable ancrage idéologique, prône la réappropriation de la démocratie par les citoyens. Montée planétaire des populismes, inertie de la tradition fasciste nationale, dégringolade de la gauche social-démocrate, incapacité de la gauche radicale — la plus puissante d'Europe dans les années 1970, avec près d'un tiers de l'électorat acquis au PCI — à se reconstruire à l'ère du néolibéralisme : ces explications sont souvent évoquées. Mais ce ne sont pas les seules. Des facteurs d'ordre socio-économique expliquent aussi le désenchantement massif suscité par les partis de centre-gauche et de centre-droit qui ont dominé la vie politique nationale depuis 1993 (la dite "seconde République"). Parmi ces facteurs, on compte : la précarité des jeunes et l'absence de perspectives d'avenir dans un pays où le chômage des 25-34 ans est de 17% et où les jeunes monopolisent les contrats précaires (3 millions) ; le gouffre croissant de la pauvreté absolue et relative, avec 20% de la population actuellement pauvre et 10% en risque de le devenir (soit un total de 6 millions de personnes) ; la hausse des inégalités sociales (les 10% des plus riches détenant 55% de la richesse nationale) et territoriales entre le Nord et le Mezzogiorno ; la banalisation d'un racisme visant les travailleurs immigrés, dans un contexte de crise migratoire européenne et de crise économique nationale. Des facteurs culturels peuvent aussi être invoqués, le principal d'entre eux restant la fracture historique et mémorielle entre le Nord et le Sud, qui explique, en grande partie, la carte électorale de 2018. Réunissant philosophes, sociologues, politistes et historiens, ce numéro convie les sciences sociales à l'explication de la singularité de la trajectoire sociopolitique italienne. Il s'agit tout à la fois de rendre compte de ce qui a rendu possible une telle évolution, dans laquelle certains analystes n'hésitent pas à voir la naissance d'une "troisième" République, et de comprendre en quoi elle est symptomatique des processus en cours en Europe. Que laisse-t-elle présager pour l'Europe de demain ?
Résumé : Et si la nature du populisme nous échappait encore ? L'actualité politique voit ce mot ressurgir régulièrement, mais, au-delà de sa charge polémique, que désigne-t-il exactement ? Depuis trente ans, les médias ressassent les mêmes poncifs : le populisme serait démagogique et autoritaire ; ni de droite ni de gauche, mais essentiellement xénophobe et nationaliste ; il menacerait nos démocraties, comme jadis le totalitarisme. Ce qu'il s'agit, au fond, de faire via cette instrumentalisation quotidienne, c'est de discréditer l'idée d'une démocratie alternative, hors des institutions établies, et de dénier au peuple une capacité propre à faire de la politique. Il convient donc de reconstruire ce concept fourre-tout sur de nouvelles bases. De le débarrasser des jugements normatifs, de cartographier ses expériences historiques fondatrices et de le rapporter au contexte politique qui l'a vu émerger comme phénomène à part entière, l'Amérique latine. S'en dégage une découverte fondamentale : le populisme n'a rien à voir avec la démagogie, le nationalisme et le totalitarisme. C'est une idéologie, radicalement démocratique, de crise des démocraties représentatives libérales, qui possède ses propres logiques et contradictions internes. L'enjeu de cette redéfinition est de taille : mieux comprendre les nouveaux conflits sociaux qui se saisissent de l'opposition peuple vs élite et sont en train de transformer profondément nos démocraties.
Proférés pour clore toute discussion, ces dix mots, "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" semblent constituer l'horizon indépassable de tout débat sur les migrations, tombant comme un couperet pour justifier le refus ou la restriction. Dans cet essai incisif, il s'agit de décrypter et déconstruire tous les poncifs qui s'y logent et de revaloriser l'hospitalité." On ne peut pas accueillir toute la misère du monde " : qui n'a jamais entendu cette phrase au statut presque proverbial, énoncée toujours pour justifier le repli, la restriction, la fin de non-recevoir et la répression ? Dix mots qui tombent comme un couperet, et qui sont devenus l'horizon indépassable de tout débat " raisonnable " sur les migrations.Comment y répondre ? C'est toute la question de cet essai incisif, qui propose une lecture critique, mot à mot, de cette sentence, afin de pointer et réfuter les sophismes et les contre-vérités qui la sous-tendent.Arguments, chiffres et références à l'appui, il s'agit en somme de déconstruire et de défaire une " xénophobie autorisée ", mais aussi de réaffirmer la nécessité de l'hospitalité.
Résumé : "On ne peut plus rien dire..." La complainte de celles et ceux qui dénoncent la "censure", à l'instar d'un Donald Trump, s'étire à longueur de plateaux télévisés. Toute contradiction est dénoncée comme une agression, la lutte contre le racisme est présentée comme une marque d'intolérance "woke". Par un incroyable retournement, tout effort de protéger le débat démocratique est aujourd'hui brocardé comme une atteinte à "liberté d'expression". Pourtant, la haine et le mensonge nuisent gravement à la délibération démocratique : les restrictions de l'expression publique, loin d'être en contradiction avec la liberté d'expression, lui sont consubstantielles. Le juriste Thomas Hochmann révèle la manière dont la réaction a accaparé la liberté d'expression pour mieux imposer ses manières de dire. Mais il montre également comment se réapproprier cette liberté fondamentale, après avoir rappelé et défendu, exemples à l'appui, les lois qui interdisent les discours de haine et les campagnes de désinformation. Leur mise en oeuvre constitue désormais une de nos dernières chances de repousser l'extrême droite.
Le Gall Laurent ; Lagadec Philippe ; Durand Sébast
Pour vous, qu'est-ce qu'un drapeau ? " : c'est la question au départ de ce livre. Des histoires du tricolore et des drapeaux, il y en a beaucoup. Des travaux qui portent sur le sens qu'on lui/leur donne, il n'y en a quasiment pas. Objet banal le drapeau ? Surface de projection(s) avant tout qui raconte nos attachements individuels au fait d'appartenir à une/des communauté(s). " Pour vous, qu'est-ce qu'un drapeau ? " : c'est la question au départ de ce livre. Le mot n'a rien d'anodin et charrie avec lui ceux d'Etat-nation, de stade, d'extrême droite... Par-delà la convocation d'un symbole de la République française, le drapeau fait en effet partie de nos vies. Reflet de nos socialisations et de nos attachements individuels, il raconte ce qui fait que nous nous sentons appartenir à une ou à plusieurs communautés (de la famille au club sportif en passant par la " nation "). Convoquant des références cinématographiques et littéraires, mais aussi des bribes puisées dans l'actualité (Ukraine, Palestine, Etats-Unis...), ce " plaidoyer " interdisciplinaire en faveur d'une meilleure compréhension des objets politiques est le fruit d'une longue enquête ethnographique menée à Brest (ce pourrait être partout en France) depuis 2015. Fourmillant et incarné par les paroles des témoins, cet essai enlevé, en une époque où le récit national est mis aux enchères de celui qui le " tricolorisera " toujours plus, est d'abord une occasion de s'interroger sur ce que sont la nation et la République dans un monde aux contours si instables.
Santolaria Nicolas ; Chiara Matthieu ; Rufo Marcel
Après avoir mis sens dessus dessous le monde du travail de sa plume acérée dans Le Syndrome de la chouquette, Nicolas Santolaria, observateur perplexe de lui-même, s'intéresse dans ces nouvelles chroniques à la parentalité. Et si nos relations aux enfants était une des dernières aventures encore possibles dans la société du XXIe siècle ? Du choix d'un prénom qui en met plein la vue au casse-tête du changement de couche au radar en pleine nuit, des vertus éducatives de l'apéro aux goûters d'anniversaires pharaoniques qui finissent par ravager votre appartement, des résolutions intenables (" non, pas d'écran ! ") aux confinements qui font monter la pression (" qui m'a piqué mon ordi ? ") : la condition de parent est loin d'être un long fleuve tranquille, et chacune pourra se retrouver dans ces instantanés tendres et hystériques de la vie de famille. Observant à la fois ses deux fils en train de grandir et lui-même dans son apprentissage de la parentalité, Nicolas Santolaria, papa hélicoptère parfois au bord de la crise de nerfs, nous livre aussi en filigrane un portrait de nos sociétés, où l'enfant est devenu l'objet d'un culte narcissique sans précédent. Face à la tentation d'une éducation un peu trop " positive ", voire programmatique, qui répondrait préventivement à tous les maux du monde et serait devenue votre nouvelle carte de visite, il est grand temps d'accepter, avec humour, cette fatalité : malgré les chauffe-biberons connectés et les guides pour devenir de " Super Papas ", nous serons toujours des parents imparfaits. Alors relax ! Si vous avez oublié de lui faire réviser sa table de 3 et que votre enfant n'est pas le futur prix Nobel d'économie, ce n'est pas une raison pour le priver de Champomy. " (...) cet ouvrage servira, je suis sûr, à tous les professionnels de l'enfance, car le normal permet d'éclairer le pathologique. Voilà enfin de l'optimisme, de l'humour, une culture non pédante, inscrite dans le quotidien et le génie de l'enfance (...). " Marcel Rufo, extrait de la postface