Nous vivons à l'époque que George Steiner appelle l'ère de l'Épilogue. C'est l'ère où le monde n'a plus de sens, où le sens d'une ?uvre, quelle qu'elle soit, n'est plus la raison d'être de notre lecture, mais où, au contraire, chacune de nos lectures accorde une raison d'être à l'?uvre. Les intentions du créateur n'importent plus, seul compterait ce qu'arbitrairement nous mettrions dans l'?uvre que nous déconstruirions.Face à cette mode de l'indécidable, de l'interchangeabilité du sens, George Steiner, nourrissant ses réflexions d'exemples puisés dans la littérature, la musique et la peinture, nous convie à parier à nouveau sur le sens, et même sur le scandale radieux de la transcendance : il y a bien un accord et une correspondance entre le mot et le monde, entre, d'une part, les structures de la parole et de l'écoute humaines et, d'autre part, les structures, toujours voilées par un excès de lumière, de l'?uvre. C'est grâce à ce pari que nous pourrons jouir de l'?uvre et comprendre sa nécessité.
Nombre de pages
281
Date de parution
04/10/1994
Poids
170g
Largeur
107mm
Plus d'informations
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EAN
9782070328536
Titre
Réelles présences. Les arts du sens
Auteur
Steiner George
Editeur
FOLIO
Largeur
107
Poids
170
Date de parution
19941004
Nombre de pages
281,00 €
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Longtemps, nous avons cru que le progrès de la morale allait de pair avec le développement de la culture. Le nazisme, montre George Steiner, a pulvérisé cette illusion : Buchenwald n'est situé qu'à quelques kilomètres de Weimar. Longtemps aussi, au moins depuis Athènes, nous avons été animés par la conviction que l'investigation intellectuelle devait aller toujours de l'avant et, selon la belle métaphore de Steiner, nous conduire à ouvrir l'une après l'autre les portes du château de Barbe-Bleue. Mais cette foi dans le progrès est aujourd'hui vacillante : peut-être le développement technique est-il un piège et non une libération ; peut-être la dernière porte du château donne-t-elle sur des réalités contraires à notre équilibre mental et à nos maigres réserves morales. L'optimisme des Lumières nous est donc interdit, et c'est une redéfinition tragique de la culture que propose le livre dense et lucide de George Steiner.
Résumé : L'étude de la tragédie grecque, élisabéthaine, classique française est la matière de ce livre. Définir la vision tragique du monde, découvrir le sens de l'homme traqué, du cri de Cassandre au silence ultime de Phèdre, déceler à quel moment dans la conscience occidentale, et pour quelles raisons complexes, cette vision tragique perd son autorité t poétique, tels sont les objets que se donne l'auteur. Peut-il y avoir une tragédie chrétienne ou marxiste, l'écriture moderne a-t-elle perdu le mystère du mot et le matériel de la forme sans lesquels il peut y avoir drame, mais non tragédie ? Poser la question dans les termes où elle doit l'être est déjà répondre aux grandes lignes d'une enquête passionnée, plus qu'épiloguer vainement sur les gloires du passé.
Sous la violence de l'effort, il avait la tête enfoncée dans les épaules comme s'il portait une armure et, à chaque pas, des gouttes de sueur perlaient à la limite de sa chevelure rousse. La douleur ainsi que l'attention constante qu'il prêtait à son précaire équilibre embrumaient si bien son regard que ses yeux avaient pris une teinte grise indéfinissable. Mais lorsque, posant sa valise par terre, il reprenait son souffle en s'appuyant sur sa canne comme le héron sur ses longues pattes, alors ses yeux retrouvaient leur couleur naturelle, un bleu dur. Le visage à la bouche fine, à l'ossature délicate, jurait avec sa démarche contorsionnée. L'homme était beau, mais d'une beauté lasse."
Résumé : Par ses romans et ses essais, George Steiner s'et imposé comme une des dernières figures de la grande culture européenne. Errata raconte comment très tôt la conscience lui est venue que notre monde était désormais celui où le contrat entre le mot et le sens était rompu, ouvrant une faille où s'engouffrerait toute la barbarie du siècle : il n'est d'examen possible de la frustration contemporaine des espoirs et des promesses des Lumières qui ne doive partir de cette " crise du langage " qui, avec la Première Guerre mondiale, a porté notre siècle sur les fonts baptismaux. Un siècle que George Steiner a accompagné. La dizaine de chapitres s'ouvre à chaque fois sur une anecdote, familiale, malgré une pudeur extrême, ou historique, à partir de laquelle Steiner déroule le sens de ses quêtes, comme autrefois on déroulait avec mille précautions un rouleau ou l'on ouvrait un incunable. George Steiner se fait ici, pour le plaisir de chacun, le lecteur de sa vie, l'herméneute de lui-même.
Vous voulez vous venger de l'avarice de votre maître ? Faites-lui croire qu'une troupe imaginaire de spadassins est à sa poursuite et que vous avez trouvé un moyen de le sauver. Prenez un sac. Mettez l'homme dans ce sac et prenez soin de bien le fermer. Promenez-le un peu sur votre dos à travers la ville. Profitez-en pour le rouer de temps à autre de coups de bâton. Mais prenez garde que votre victime ne découvre la supercherie...