Trois figures se détachent de façon emblématique: Antonis Hàramis, le Grec, chef de famille, issudes milieux les plus pauvres d'Athènes, qui a réussi à devenir l'industriel du tabac le plus importantd'Egypte, Elias Hoùri, « le Libanais » distant, mystérieux, manipulateur, polyglotte, point dejonction de tous les personnages, une sorte de plaque tournante humaine. Et Yvette Santon, lafemme libre, Française au caractère bien trempé. Autour d'eux gravite une pléiade de personnagesd'origines et de conditions très diverses. Mais surtout, au-dessus de tout et de tous, Alexandrie,véritable catalyseur, où les fortunes se nouent et se dénouent, où tous les miracles sont possibles.Le roman se divise en trois parties qui « collent » aux périodes historiques correspondantes. Lelecteur découvre la chronique de trois générations d'une même famille, dont chacune épouse uneépoque bien distincte de l'histoire de la ville. Selon les mots de l'auteur, « la première est lagénération qui s'est imposé certaines valeurs morales que la deuxième a contestées et dont latroisième a choisi de se séparer ». L'action débute à l'aube de la première Guerre mondiale. Legrondement des différents fronts de la guerre en Europe arrive à Alexandrie via les pagescensurées des journaux, tandis qu'au sein de la communauté hellénique le déchirement entreroyalistes et partisans de Venizélos fait rage. En même temps, le commerce et la guerre, lapolitique et l'amour créent de complexes combinaisons, dont Antonis Hàramis, le patriarche, subitles conséquences. Dans la deuxième partie, correspondant à l'entre-deux-guerres, l'action quittel'Orient pour joindre l'Europe via Berlin, Munich, Vienne, Turin, Venise, Paris, pour enfin revenir àAlexandrie, au début de 1933, au moment où Kostis Hàramis prend le relais de la direction del'usine paternelle en même temps que celui de la narration. La seconde guerre mondiale constituela troisième partie du livre. Relayée, ici, par d'autres cités orientales ou occidentales, Alexandrie est un creuset de populations évoluant autour de la communauté hellénique. De par leur internationalisme, les Alexandrins sont conscients de l'émergence du fascisme, du nazisme, de nationalismes exacerbés, mais ils occultent les inégalités sociales qui sont à l'origine de ces bouleversements. A la marge de leur quotidien dominé par l'amour, la volupté, le commerce et la politique, se déchaînent deux guerres mondiales, le déclin des empires maritimes et la montée du nationalisme égyptien. Mais de tous les grands événements, les conflits, les contradictions et la fin inéluctable, seuls demeurent la nostalgie et le parfum du mythe d'une ville dont le nom résonne, encore aujourd'hui, aux quatre coins de la Méditerranée et du monde.
Nombre de pages
540
Date de parution
10/02/2011
Poids
838g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782878583366
Titre
JOURS D ALEXANDRIE
Auteur
Stefanakis Dimitris ; Roblin-Cassabaloglou Marie
Editeur
VIVIANE HAMY
Largeur
155
Poids
838
Date de parution
20110210
Nombre de pages
540,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Paris, avril 1939- Le bien existe en nous. Le mal, nous l'inventons par nécessité, ne l'oublie pas, déclara Miguel Tharabon.Puis il se carra dans sa chaise et se tut, fumant sa pipe, son verre de Martell Napoléon à la main, les yeux tournés vers l'Opéra. C'était un après-midi du début avril 1939 au Café de la Paix, devant la place inondée de passants, de voitures et d'autobus. Aux feux de signalisation, les véhicules attendaient le signal du départ, et les piétons traversaient, descendaient les marches du métro en croisant ceux qui montaient. Des nuages lourds annonçaient la pluie ou l'arrivée d'une nouvelle guerre.Tel était du moins l'avis de don Miguel, qui, entre alcool et tabac, prophétisa: «Nous quittons une guerre civile pour entrer dans une guerre mondiale imminente.» Après la prise du pouvoir par Franco, il était une fois de plus exilé à Paris. Il avait passé la frontière en février, alors que tombait la Catalogne. Je lui avais téléphoné quelques jours plus tôt pour solliciter un rendez-vous, qu'il avait accepté aussitôt. Sa voix était claire et juvénile.- Tu es donc le petit-fils de Philippe Thébault...- En effet.- J'ai bien connu ton grand-père.- Je le sais, don Miguel. C'est lui qui m'a parlé de vous. Il vous tenait en haute estime.- C'est réciproque. Un homme exceptionnel. Que devient-il...- Il nous a quittés l'an dernier, hélas.- Il est mort? Mais il était plus jeune que moi!- Il n'était pas très âgé, c'est exact. Mais il pensait avoir bien rempli sa vie.- C'est cela qui compte.Je comprenais, en l'observant, pourquoi mon grand-père le considérait comme le plus bel homme de son temps. J'avais proposé de nous retrouver au Café de la Paix, et tandis qu'il entrait, droit, bien bâti, l'oeil sombre, je pensai: «Un vrai cosmopolite!»Il portait une ample gabardine ceinturée, un feutre noir et une écharpe de soie rouge. A un tel homme on pouvait pardonner une légère boiterie. La façon dont il s'appuyait sur sa canne d'ébène dégageait un charme incontestable. J'aurais parié, tant il semblait à l'aise, qu'il était un habitué des lieux. Il affirma pourtant n'y avoir pas mis les pieds depuis des années.- Pourquoi m'as-tu fait venir ici...- Tout le monde connaît le Café de la Paix, n'est-ce pas...- Qu'est-ce qui te fait croire que je ne connais pas Paris? Ne serait-ce que pendant mes années d'exil...- Vous le connaissez, bien sûr, dis-je, embarrassé, et il sourit.- Je peux t'en raconter, des histoires, sur le Café de la Paix à mon époque... Un autre temps...Et il se lança, comme le font les personnes âgées dès qu'elles trouvent une oreille complaisante. Je guettais une pause pour glisser un mot; pas moyen: je dus attendre qu'il n'ait plus envie de parler. Le garçon apporta les consommations sur un plateau d'argent.- Philippe Thébault, donc... reprit-il enfin.- Oui, j'ai le nom de mon grand-père. Il m'étudia du regard.- Pas seulement le nom.- Vous trouvez que je lui ressemble, vous aussi...- D'autres te l'ont dit...- Que j'ai ses yeux, sa couleur de peau et de cheveux...- Et sans doute un petit quelque chose de plus. Son regard, son sourire. Es-tu comme lui têtu et intransigeant...- On le prétend.- Mais tu es plus maigre.- II avait pris du poids avec l'âge. En fait, je fais une enquête pour une revue et j'aurais besoin de votre aide.- Je t'écoute.
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