En 1139, la papauté condamne l'arbalète, jugée trop meurtrière, sous peine d'anathème; Anne Comnène, la fille de l'empereur de Byzance, qualifiera l'arme de réellement diabolique. Malgré cet interdit, son emploi se généralise au Moyen Âge: il représente l'une des innovations majeures en matière de tactique militaire par rapport à l'Antiquité et participe à l'émergence de l'infanterie comme force militaire. Même si les combats ont été longtemps dominés par les chevaliers qui constituent l'élite guerrière, ces armes jouent un rôle stratégique déterminant sur les champs de bataille et dans la défense des places fortes. L'auteur explore le monde des armes de trait en prenant pour fil conducteur des vestiges archéologiques, des collections inédites de mobilier, des sources textuelles et iconographiques. En effet, du haut Moyen Âge à la diffusion de l'artillerie à poudre, l'arc et l'arbalète révèlent de multiples et riches champs de recherche: l'art de la guerre, la chasse, le jeu et la parade. À partir de données issues de fouilles de forteresses et d'habitats, une classification typologique des fers de trait et des éléments d'armes a été réalisée et constitue pour l'archéologue un document de référence. Les recherches paléométallurgiques en laboratoire ont mis en évidence les techniques de fabrication et de transformation du fer; les résultats sont ensuite confrontés aux observations ethnographiques et aux données de l'archéologie expérimentale. L'abondante documentation iconographique rassemblée permet de proposer une "archéologie du geste", 1'utilisation des armes pouvant répondre à des contraintes culturelles plus que techniques; la confrontation entre l'Occident latin et l'Orient musulman s'est révélée particulièrement fructueuse. L'archéologie militaire, à partir de l'exemple des forteresses croisées de Syrie, est abordée sous un nouveau regard: les systèmes défensifs suivent la double perspective des progrès en matière d'équipement individuel et de fortification; leurs caractères fonctionnels et ostentatoires sont analysés dans une perspective d'évolution et d'interaction. Les textes apportent une dimension sociale et économique au sujet, comme le statut des archers, des artisans et leurs places dans la société médiévale, les modes d'approvisionnement des armées et des garnisons. L'arme n'est plus seulement considérée comme le vecteur des techniques les plus avancées dans le domaine de la production manufacturière: Armes du diable, par la diversité de ses approches et par la richesse de son propos, renouvelle la vision positiviste de la guerre et nuance celle, linéaire, du progrès technique. Dépassant le cadre des études militaires et l'hermétisme de certains ouvrages spécialisés, ce livre s'attache à enrichir, par des informations souvent inédites, plusieurs pans de la connaissance sur la civilisation médiévale.
Les progrès réalisés dans la mise en défense des places fortes ont été considérables au Moyen Âge, par le passage d'une défense passive à une parade plus active. L'évolution de la logistique de guerre et de la stratégie (préparation des campagnes militaires, recrutement des hommes, renseignement, espionnage, diplomatie, ravitaillement pour les assaillants, approvisionnement des arsenaux et organisation de la défense depuis la place) ont accompagné les progrès de l'armement et de l'architecture. Pour qu'un siège ait une chance de réussir, les combattants doivent être nombreux et puissamment équipés. Multiplier les assauts fait partie de tout siège en règle par l'envoi de projectiles afin d'éloigner les défenseurs des créneaux, procéder à l'approche grâce à des tours d'assaut, des engins destinés à faire brèche dans la muraille et des échelles. Ces ouvrages de charpenterie sont utilisés jusqu'à l'avènement du canon, dont la redoutable efficacité oblige la fortification à s'adapter. Valérie Serdon est maître de conférences en histoire et archéologie du Moyen Âge à l'Université de Lorraine, attachée au Centre de Recherche Uni-versitaire Lorrain d'Histoire (Nancy) et au Centre Interuniversitaire d'Histoire et d'Archéologie Médiévales (Lyon).
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ...A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ...A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.
Epiphénomènes d'une mutation sociétale, fruit de l'économie numérique, les tiers-lieux interpellent les décideurs publics territoriaux sur l'attitude à adopter, de l'intérêt bienveillant à une tutelle complète. L'ouvrage réunissant une équipe pluridisciplinaire de chercheurs présente un matériau empirique original sur cette réalité émergente, encore mal connue : celle de la multiplication des tiers-lieux dans les villes et hors des centres métropolitains. Il pose de nouvelles questions, encore peu traitées dans la littérature, en s'intéressant à la trajectoire sociale des fondateurs d'espaces de coworking, aux nouvelles manières des jeunes générations de travailleurs du numérique de conjuguer leurs aspirations de liberté et d'épanouissement dans les domaines professionnel et privé, ainsi qu'à leurs nouveaux rapports à la collaboration, au travail, au territoire, à la mobilité et aux questions écologiques.
Deux spécialistes mènent l'enquête sur la vraie biographie du roi Arthur, en s'appuyant sur toutes les sources arthuriennes connues. Arthur a-t-il existé ? Même si sa réalité historique fait débat, ce roi est avant tout une figure légendaire portée par une tradition littéraire ancienne. Après une introduction mettant au clair l'état des diverses sources concernant Arthur et faisant rapidement le point sur les études arthuriennes, les deux chercheurs développent chronologiquement les grandes étapes de la vie d'Arthur, en précisant les traditions divergentes. Outre la biographie d'Arthur (de sa naissance par l'entremise de Merlin à sa mort ou plutôt son départ pour Avalon), ils s'intéressent également à ses rapports avec Merlin, avec Guenièvre, au Graal.
II existe un autre Moyen Age, loin des châteaux et des monastères, c'est celui de la marge, celui des exclus, brigands et autres marginaux. La société médiévale n'est pas seulement partagée entre le clergé, les nobles et les paysans. Des pans entiers de la population sont exclus de la communauté souhaitée par l'Eglise et les autorités civiles. Cet ouvrage a pour but d'approcher ces laissés-pour-compte de l'Histoire, méconnus et diffamés qui n'apparaissent la plupart du temps que dans les documents ou les images provenant des cercles du pouvoir et de la répression. Trois grands critères posent les fondements de l'exclusion : les difformités corporelles, l'errance et la mauvaise réputation. Le premier naît de la peur à l'égard des corps déformés par la maladie ou la folie, ainsi que la suspicion envers des sexualités non conformes. Le deuxième est celui de la méfiance envers l'étranger. Le troisième, la réputation, offre un spectre plus large autour des notions d'infamie, d'impureté et de comportements moralement condamnables. Tous aboutissent à la mise en place d'un processus répressif en trois phases : stigmatisation, ségrégation et enfin exclusion.
Sophie Brouquet nous fait découvrir ce que fut l'invention du Moyen Age et de la Renaissance par les historiens romantiques du XIXe siècle et les motivations politiques qui en étaient parfois à l'origine. Elle nous emmène revisiter certaines de nos croyances sur le Moyen Age : le roi Arthur a-t-il vraiment existé ? Quel est le symbole de l'affaire du vase de Soissons ? Quelle fut la véritable bataille de Roncevaux ? Les aventures de Ragnar Lodbrok : les Vikings furent-ils une calamité ? L'élection d'Hugues Capet fut-elle un hasard de l'histoire de France ? Les croisades furent-elles le fruit d'un Moyen Age fanatique ? Les serfs étaient-ils condamnés à travailler ? Elle nous raconte aussi les mythes de l'amour courtois, la réalité des Chevaliers et des tournois, la sexualité et la morale du monde médiéval, l'invention du moine paillard, les fantasmes sur les prisons, les cachots, les culs de basse-fosse, et la chasse aux sorcières...