Essai sur l'exotisme. et Textes sur Gauguin et l'Océanie. Une esthétique du divers
Segalen Victor
LGF
6,95 €
Epuisé
EAN :9782253038610
La littérature de voyage, selon les bons mots de Segalen, ne peut être le fait que "des proxénètes de la sensation du divers". Lui et son salutaire mépris des voyageurs qui affadissent, par leur récit, les déserts qu'ils ont traversés et transforment tout, au mieux, en d'ennuyeuses synthèses à l'usage des énarques de sous-préfecture. Hardis voyageurs qui, d'explorateurs, vous fîtes touristes, passez donc votre chemin : ce livre n'est pas pour vous."Il y a partout de vrais aliments, ce qui manque le plus, ce sont de vrais appétits". Le verbe de Segalen souffle ses braises sur les têtes empanachées des commis voyageurs du XXème siècle. L'exotisme ? Allons donc ! Ce n'est tout de même pas l'affaire des paquebots ! Chèques-vacances, sac à dos, gardez pour vous vos "pensées jaunes" et toutes ces choses saugrenues qui encombrent d'ordinaire vos copieuses soirées de retour !"8 octobre 1917, départ Haïphong." Mais nous n'en connaîtrons pas les détails. Ni lui non plus du reste. Avant cela, en octobre 1904, Segalen rentre d'un long voyage en Océanie. Il veut écrire un livre sur l'exotisme. Une ?uvre universelle capable de décrire la totalité de nos gestes et de nos pensées. Octobre 1918, quelques mois avant sa mort, il sait qu'il n'en viendra pas à bout. Mais justement ce qu'il nous livre, c'est un concept parfaitement cohérent avec son objet même.Pierre Jean Jouve publiera l'?uvre sous la forme de fragments, en 1955. Puis, grâce aux efforts de la fille de Segalen, ce livre de poche verra le jour."Exote, celui-là qui, voyageur-né, dans les mondes aux diversités merveilleuses, sent toute la saveur du divers." D'un divers toujours en excédent ou en reste de son concept. Partant de cet aveu, Segalen opère au retournement de la notion d'exotisme. Il ne s'agit plus d'intégrer des éléments étrangers dans le décor d'une conscience faussement curieuse. Il s'agit de considérer les civilisations dans leurs différences radicales. L'exotisme devient ainsi pour lui la forme même de cette distance que l'on devine entre soi et l'autre.Mais n'est pas exote qui veut. Cela ne se peut qu'à la condition de savoir tout d'abord céder à l'ivresse de la rencontre. Mouvement qui se paie au prix fort : n'en revenir qu'étranger, soudain, à soi-même. Le moment exotique est alors celui de la réaction impérieuse d'une individualité forte à un objet dont elle perçoit et déguste la distance. Il ne peut donc être question d'une compréhension claire et raisonnée de ce hors soi-même, que rien en moi ne me permet d'étreindre. Il ne s'agit que de tenir dans cette perception d'une incompréhensibilité indépassable.Mais la petite boule qu'est devenue la terre s'est peuplée de touristes que sa rotondité encourage : on revient toujours. Où sont nos Magellan ? Les grands navigateurs mouraient fort heureusement dans un monde que sa planéité défendait rudement.Si plein de sa vision d'un monde granuleux et discontinu, Segalen allait jusqu'à trouver exotiques les soirées de Médan. Là s'inventait la littérature à venir.Sous-titré avec beaucoup d'à-propos : "une esthétique du divers", on comprendra aisément qu'il n'ait pu faire de son essai une totalité du divers. La connaissance de quelque chose qui n'est pas soi-même ne peut se concevoir dans la claire assurance du concept. Il s'entête cependant : "Projet de Plan"?, "terminer l'avant-propos"?, "conclure sur"? Et met 14 ans à ne pas achever son livre.Hardis voyageurs, Segalen est mort. Comme il l'écrit lui-même, on peut tout dire maintenant : il nous appartient ! Autorisez-vous donc de son héritage. Faites taire vos scrupules, ne rentrez pas de vos voyages, ignorez les albums souvenirs, soyez les exotes de vos paisibles studios !--Sylvaine Jeminet --
De même que, dans Stèles, Victor Segalen décrivait des stèles imaginaires, Peintures invente des peintures chinoises, "de longues et sombres peintures soyeuses, chargées de suie et couleur du temps des premiers âges"."Laissez-vous donc surprendre par ceci qui n'est pas un livre, mais un dit, un appel, une évocation, un spectacle. Et vous conviendrez bientôt que voir, comme il en est question ici, c'est participer au geste dessinant du Peintre ; c'est se mouvoir dans l'espace dépeint ; c'est assumer chacun des actes peints. Vous voilà devenus mes comparses, mes complices. Vous pouvez tout voir, désormais. Regardez donc : je déroule la première de ces Peintures, la Première Magique".
Toute sa vie, Segalen a douloureusement joué à s'inventer un secret. René Leys, c'est l'itinéraire de cette découverte. Dans un lieu clos, Pékin, deux êtres s'affrontent, se défient et finalement, se détruisent à coups d'images qui sont autant de mensonges. Mais la Chine qui est au bout de ce combat est plus vraie que la vraie Chine, celle faite seulement de briques, de tuiles et de poussière: elle est l'image que nous en portons et qui, passée au crible sans pitié de la réalité, seule demeure pourtant. Même si, solidement ancrée dans la terre et les odeurs, cette Chine-là est surtout une métaphore. Roman policier, roman exotique, roman d'apprentissage, René Leys est d'abord un roman initiatique: ce sont les mots et les signes qui créent nos royaumes. Et plus vertigineux sont les mensonges, plus somptueux les palais qu'ils ont élevés. René Leys, le héros de Segalen, a osé en franchir les douves; sa vie, sa mort ne comptent plus guère puisque les mots et les signes sont restés.
L'arrivée des Européens sur les rives de la Polynésie, à la fin du XVIIIème siècle, va précipiter l'anéantissement de la culture maorie. Une intense nostalgie conduit Victor Segalen, non à déplorer, mais à recréer la belle "société antique et forte", ses fêtes, son alliance heureuse avec la nature. Publié en 1907 sous un pseudonyme, ce livre est à la fois un roman exotique mais également une oeuvre de reconstitution très documentée.
1954, dans un hôpital militaire de Hanoi, Yann, un soldat breton, est soigné par Mai. Ils tombent amoureux, mais le père de la jeune fille l'a promise à un autre. Elle s'insurge, elle est bannie de la famille... Ils se marient en toute hâte, avant que Yann rejoigne la cuvette de Diên Biên Phu. Après la défaite de l'armée française, Yann est emmené dans un camp d'internement. Dans une langue poétique, avec grâce et pudeur, Hoai Huong Nguyen peint le Vietnam d'hier et un amour qui affronte la violence d'une guerre. L'histoire bouleversante de Mai et de Yann laisse percer la lumière des humbles héros qui croient à la liberté et à l'absolu malgré les vicissitudes de l'Histoire. Tout est là : l'Histoire, l'histoire, la manière de les faire s'imbriquer, la netteté de l'écriture, la volonté de trouver une parole adéquate à la tragédie, la complexité des psychologies... "Un instant de littérature pure." Yann Moix, Le Figaro littéraire.
Avant le vol des bons de la Défense nationale et les assassinats qui suivirent, la renommée de Victor, de la Brigade mondaine, n'excédait pas le cercle restreint de ses chefs et de ses collègues. Il fallut, pour le mettre en évidence, qu'apparût brusquement en face de lui cet extraordinaire, ce formidable personnage d'Arsène Lupin, qui allait donner à cette ténébreuse affaire sa signification et son intérêt spécial. Les qualités déjà remarquables du vieil inspecteur furent portées à leur paroxysme par le prodigieux adversaire que lui opposaient les circonstances. C'est leur lutte sournoise, ardente, implacable, poursuivie dans l'ombre d'abord, puis en pleine clarté, que nous raconte Victor, de la Brigade mondaine.
Antonine?? Clara?? laquelle de ces deux figures constituait la véritable personnalité de l'être charmant qu'il avait rencontré? Elle avait à la fois le sourire le plus franc et le plus mystérieux, le regard le plus candide et les yeux les plus voluptueux, l'aspect le plus ingénu et l'air le plus inquiétant. "Arsène Lupin, dit Raoul, résout, bien sûr, le premier, une ténébreuse affaire de meurtre, et avec quelle maestria! Amoureux, il risque sa vie. Ingénieux, il s'échappe alors qu'il est cerné par la police ou les truands. Insolent, il joue des tours aux deux.Le gentleman-cambrioleur est au mieux de sa forme pour notre plus grand bonheur. "
Edward T. Hall a montré, dans La Dimension cachée, que l'espace interpersonnel est une dimension de la culture. Le Langage silencieux avait conduit cette réflexion sur d'autres systèmes du même genre, et notamment le temps. Qu'est-ce qu'être en retard? qu'est-ce qu'attendre? par exemple. Le message exprimé là est différent selon qu'il vient d'un Européen, d'un Américain ou d'un Japonais. Ainsi le temps et, plus largement, la culture, sont-ils communication, autant que la communication est culturelle. Communication qui cache plus de choses qu'à première vue elle n'en révèle. A travers de nombreux exemples aussi précis que souvent cocasses, Edward T. Hall développe ainsi la théorie des systèmes de communication non verbaux.
Marqué par l'expérience de l'exil, ce volume témoigne d'un moment à la fois biographique et historique au cours duquel, comme nombre d'artistes et savants juifs européens, Claude Lévi-Strauss est réfugié à New York. Ecrits entre 1941 et 1947, alors qu'il n'a pas encore délaissé ses réflexions politiques, les dix-sept chapitres de ce livre restituent une préhistoire de l'anthropologie structurale. Ces années américaines sont aussi celles de la prise de conscience de catastrophes historiques irrémédiables : l'extermination des Indiens d'Amérique, le génocide des Juifs d'Europe. A partir des années 1950, l'anthropologie de Lévi-Strauss semble sourdement travaillée par le souvenir et la possibilité de la Shoah, qui n'est jamais nommée. L'idée de "signifiant zéro" est au fondement même du structuralisme. Parler d'Anthropologie structurale zéro, c'est donc revenir à la source d'une pensée qui a bouleversé notre conception de l'humain. Mais cette préhistoire des Anthropologies structurales un et deux souligne aussi le sentiment de tabula rasa qui animait leur auteur au sortir de la guerre et le projet ? partagé avec d'autres ? d'un recommencement civilisationnel sur des bases nouvelles.
Quel âge avez-vous ?" Cette question, depuis quelque temps, me plonge dans l'embarras. D'abord pour ceux ou celles qui me la posent, parce qu'elle me semble témoigner d'une forme d'indélicatesse dont je ne soupçonnais pas l'existence. Ensuite parce que je dois réfléchir avant de répondre. La question de l'âge est une expérience humaine essentielle, le lieu de rencontre, entre soi et les autres, commun à toutes les cultures, un lieu complexe et contradictoire dans lequel chacun d'entre nous pourrait, s'il en avait la patience et le courage, prendre la mesure des demi-mensonges et des demi-vérités dont sa vie est encombrée. Chacun est amené un jour ou l'autre à s'interroger sur son âge, d'un point de vue ou d'un autre, et à devenir ainsi l'ethnologue de sa propre vie. Marc Augé
L'édition complète d'un livre considéré comme l'un des dix plus grands témoignages spirituels du XXe siècle : Black Elk Speaks. La "Bible des peuples autchtones" (Vine Deloria). - Un livre de référence qui a fait date. - Une édition soignée et intégrale commentée par Raymond J. DeMaillie et préfacée par Philip J. Deloria. Texte de la première traduction devenue introuvable. - Black Elk (Hehaka Sapa) est le plus célèbre des "Saints Hommes" lakotas du XXe siècle. - Le récit de sa "Grande Vision" et de sa vie telles qu'elles ont été contées à John G. Neihardt, - "L'improbable rencontre entre un sage d'un peuple de sages et l'enthousiasme fragile d'un poète né d'un monde de folie et de rapine". (J. M. G. Le Clézio)