Extrait Par une fin d'après-midi pluvieuse et froide de janvier, j'arrivai à Amiens. Anne m'avait quitté, j'étais déprimé. Depuis plus d'un mois, je buvais jusqu'à m'assommer. Je buvais tout ce qui me tombait sous la main, bière, vin, whisky ou vodka. Je buvais comme un Cosaque assoiffé, jusqu'à tomber par terre, dans le fossé ou le caniveau. Anne m'avait déjà quitté, un an plus tôt. Elle était partie avec son banquier. Pas un véritable banquier - costume Armani et chaussures Berluti - mais un minable directeur d'agence, sourire carnassier de l'agioteur et costume Cerruti. Je m'étais battu pour la reconquérir et, après deux mois de parties de jambes en l'air, elle avait fini par me revenir, pas penaude pour un sou. «Trois mille euros par mois ! m'avait-elle lancé. Tu te rends compte ? Et ce pauvre type qui pensait qu'il allait se taper Anne pendant un an en gagnant trois mille euros par mois !» Anne était d'une incroyable vanité et d'une hallucinante vénalité. Certes, elle était jeune et belle - elle ressemblait un peu à ces beautés baroques du XVIIe siècle italien -, mais rien ne l'autorisait à être aussi vaniteuse. J'avais une fille de dix-sept ans d'un premier mariage, Lou, qui me paraissait infiniment plus belle, tant son regard laissait transparaître sa pureté et son désintérêt pour les biens terrestres. Les beaux yeux d'Anne ne laissaient transparaître que son goût du lucre et du luxe. Médecin, je gagnais deux fois mieux ma vie que le misérable directeur d'agence qui avait séduit Anne, mais ce n'était jamais suffisant pour elle. Si je n'avais mis, à plusieurs reprises, le holà à ses folles dépenses, Anne m'aurait assurément ruiné, sans le moindre regret, ce qui eût contraint ma belle et studieuse Lou à abandonner ses études. Anne était un monstre, un monstre d'égoïsme et de cupidité, mais un monstre que je ne pouvais m'empêcher d'aimer. Anne était si sensuelle... Je n'ignorais pas que son plaisir était le plus souvent feint, mais je m'en accommodais. Que m'importait au fond qu'elle simulât la jouissance, dès l'instant que je jouissais dans ses bras. Mon ami Jérôme - également médecin - m'avait mis en garde : «Tu me pardonneras, mais je crois que c'est une salope. L'autre soir, au restaurant, elle m'a fait du pied, alors qu'elle sait pertinemment que tu es mon meilleur ami.» Je n'ignorais rien de ce genre de petit jeu malsain qu'elle affectionnait, mais je ne pouvais m'empêcher de l'aimer et de la désirer. L'amour est aveugle, disait dipe... J'avais tenté de la persuader d'entamer une psychanalyse... Dès la première séance, elle s'était jetée sur le sexe de l'analyste, qui l'avait hardiment repoussée. Il était homosexuel... On ne peut pas gagner à tous les coups. Il est vrai qu'elle avait dragué avec succès la presque totalité de mes amis ! «Bon débarras, me disais-je. Des amis comme ça !» À Paris, je ne voyais plus que Jérôme et sa ravissante épouse, Annie. Pour me délivrer du sortilège que m'avait lancé la belle Anne, Jérôme m'avait généreusement proposé sa femme, mais j'avais refusé poliment sa proposition. Moi, j'étais pur ! Moi, j'étais l'homme d'une seule femme ! Hélas, je n'étais pas tombé sur la bonne... Fort heureusement, outre Jérôme et Annie, j'avais beaucoup d'amis en province, que la maudite Anne n'avait pu atteindre. J'avais des amis à Caen, à Amiens, à Besançon, à Saint-Etienne, à Marseille... tous ceux-là, Anne ne pouvait les débusquer, et ils me gardaient leur amitié, inconscients du drame qui me frappait. Pour récupérer mon Anne Vitas - tout comme moi, elle appartenait à une vieille famille protestante -, je lui avais proposé de l'emmener à Venise. Au Danieli, bien sûr. Suite sur le Grand Canal. Une proposition qu'aucune femme honnête ne peut refuser. Mais Anne n'était pas une femme honnête... Durant une semaine, elle s'acharna à me ruiner et à me gâcher la vie. Pour me ruiner, elle décida de déjeuner tous les jours à la Locanda Cipriani (cent cinquante euros par personne) et de dîner tous les soirs au Harry's Bar (trois cents euros par personne). Pour me gâcher la vie, elle me suivit en traînant les pieds dans les musées vénitiens. À peine étions-nous entrés qu'elle se mettait à traverser au pas de course les galeries, passant sans un regard devant les Canaletto, les Tintoret... J'en étais malade et je devins physiquement malade dès le troisième jour, sans doute victime d'une intoxication à la moule douteuse. Tandis que j'agonisais sur le grand lit en bois de notre suite, elle se promenait dans Venise, me ruinant en achats inutiles. Le cinquième soir, elle prétendit sortir pour dîner et ne rentra qu'à minuit. J'imagine qu'elle avait rencontré un gondolier avenant... Mes amis, que je tenais au courant de mes déboires, désespéraient. «Ça suffit ! me disaient-ils. Reprends-toi ! Laisse-la tomber !
Nombre de pages
43
Date de parution
30/08/2007
Poids
55g
Largeur
118mm
Plus d'informations
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EAN
9782268062846
Titre
Vanitas
Auteur
Séchan Thierry
Editeur
DU ROCHER
Largeur
118
Poids
55
Date de parution
20070830
Nombre de pages
43,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Il s'appelait Mortimer, mais on l'appelait Mort. On disait qu'il était l'écrivain le plus doué de sa génération. Et maintenant, Mort. est mort. Je vais vous raconter comment est mort Mort. Mort. n'allait pas bien depuis le jour de sa naissance. Cet étrange garçon considérait que la vie n'était pas une histoire intéressante. Alors Mort. faisait semblant d'être là, tandis qu'il était ailleurs, dans les lointains nuages.
Je suis parti en décembre à Venise avec Annie. Annie c vingt-cinq ans, elle est très grande, très brune, très jolie, et elle prépare le concours de l'École de la magistrature. Je ne sais pas si elle aura un jour le concours de l'École de la magistrature, mais je sais qu'elle n'aura jamais le concours de l'École de Venise. Avant Annie, je croyais avoir tout connu à Venise, puisque j'étais venu vingt fois à Venise. J'étais venu à Venise avec Laure, j'étais venu à Venise avec Olivia, j'étais venu à Venise avec Frédérique, j'étais venu à Venise avec Maud. Et puis, le plus souvent, j'étais venu à Venise avec ma solitude. "
Je vous écris du Paris-Montréal express. C'est un train imaginaire qui relie Paris, ma ville natale, à Montréal, mon lointain port d'attache. C'est un train capricieux, qui va où il veut, à l'image de ma vie désordonnée. À bord de ce train, on trouve, toutes sortes de gens : des jeunes filles et des écrivains, des fantômes bien vivants et des vivants inexistants. Pour autant, le Paris-Montréal express n'est pas un train fantôme. Il existe bel et bien, dans ma tête, ma tête abasourdie par le vacarme de l'univers. Heureusement, il s'arrête souvent. Il fait des haltes en rase campagne et même au c'ur des villes à l'atmosphère obscure. À défaut d'être impénétrables, les voies du Paris-Montréal express sont énigmatiques. Pourquoi s'arrête-t-il ici et non là ? Je crois que je conduis la locomotive.
Thierry Séchan est né à Paris le 19 septembre 1949. Fou de littérature, de théâtre et de chanson, il est l'auteur, aux éditions du Rocher, de deux nouvellesLa Peine de Mort et Venise en décembre, d'une biographie de son frère, Renaud, bouquin d'enfer et d'un roman, La Levantine, ainsi que d'un recueild'historiettes, Paris-Montréal Express. Il est également l'auteur des jours de trois filles: Olivia, Lou et Lila.
Géolocalisation, réponses automatiquesaux mails, propositions d'achats ciblant les goûts du consommateur... L'intelligenceartificielle est déjà à l'oeuvre dans notre quotidien. Et sa place ne cesse degrandir, de s'affirmer à chaque seconde. " Pour notre bien ", assurent les GAFA et autres géants du numérique. Pourtant, l'intelligence artificiellen'est pas une technologie comme les autres ni un simple progrès technique. Ellecontient une philosophie, une vision de la vie et de l'Homme inquiétante. Promouvant en effet une équivalence entre l'humain et la machine, elle permetd'imaginer une pensée sans sujet qui nie la subjectivité. En imitant l'homme, elle le défie (et parfoisle surpasse) dans des domaines essentiels de la vie en société : lajustice, la médecine ou l'organisation du travail...
Avec près de 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, et alors que les scandales se succèdent sur le traitement des malades, Alzheimer fait peur. Mais est-ce une fatalité ? Les malades d'Alzheimer sont-ils des cas désespérés ? Quand la mémoire est atteinte, est-ce que tout est perdu ? Depuis 30 ans qu'elle accompagne avec passion et tendresse ses malades, le Dr Véronique Lefebvre des Noëttes est convaincue que non. Elle lance un cri du coeur pour que notre société cesse de délaisser les malades et nous montre comment on peut gagner des années de vie en bonne santé. Sans jamais oublier les familles ni l'humanité de ces personnes vulnérables, elle nous offre une description claire de la maladie et du parcours de soins, pour sortir des idées reçues. Un ouvrage qui fait le point sur les méthodes efficaces qui luttent contre l'apparition de la maladie et contre l'effilochement de la mémoire. Le docteur Véronique Lefebvre des Noëttes, psychiatre du sujet âgé, accompagne au jour le jour les patients atteints d'Alzheimer du plus grand hôpital de gériatrie de France. Elle est docteur en philosophie pratique et éthique médicale, ce qui la conduit à une double réflexion éthique et philosophique, ancrée dans une longue expérience clinique de praticien hospitalier.
Avec près de 300 cartes et graphiques couvrant les cinq continents, l'Atlas géopolitique mondial 2021 constitue un outil d'analyse sans équivalent dont le contenu est intégralement renouvelé chaque année. Cette nouvelle édition aborde plus de 80 événements marquants de l'actualité internationale, ainsi que des sujets moins médiatisés mais tout aussi nécessaires à la compréhension des grands enjeux mondiaux. La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, les contestations au Moyen-Orient dix ans après les "printemps arabes" , le terrorisme au Sahel ou les effets de l'épidémie de Covid-19 sur les économies d'Asie du Sud-Est y sont étudiés, tout comme le retour de la Russie en Afrique, la violence au Salvador, la puissance technologique chinoise ou encore les enjeux géopolitiques et environnementaux des terres rares. Un atlas incontournable pour tous ceux qui s'intéressent aux relations internationales et souhaitent en saisir de manière claire et accessible toute la complexité.
Cette approche originale de l'astrologie se fonde sur la loi du karma et sur l'aspiration à la transformation de soi. En effet, l'être profond est perpétuellement en métamorphose et ce sont les planètes lentes qui, dans le thème de chaque individu, sont porteuses du dynamisme des actes passés et donc de l'énergie créatrice de nouvelles structures psychologiques. la coloration et la situation de Saturne, Uranus, Neptune et Pluton dans le thème ainsi que la façon dont chacun vit les transits de ces planètes sont des données essentielles pour reconnaître le niveau de conscience de l'individu et sa capacité à se transformer. Arroyo nous offre ici une étude positive de Saturne et les pages les plus complètes sur l'influence de Pluton de la littérature astrologique d'aujourd'hui. Stephen Arroyo est l'un des chefs de file de l'école astrologique américaine. Il dispense son enseignement dans ses nombreux centres de la côte Ouest et à l'université J. F. Kennedy. De l'auteur du best-seller L'Astrologie, la psychologie et les quatre éléments, voici le troisième titre publié en France aux Editions du Rocher.