Indifférent comme un ready-made. Indifférent comme un silo en rase campagne. Indifférent comme un archipel de gratte-ciel nimbés de vide de la tête aux pieds. Indifférent comme le sourire impénétrable du nouveau-né. Indifférent comme le désir blanc de la Mariée mise à nu dans le Grand Verre de Marcel Duchamp. Indifférent comme un film protecteur entourant les aliments. Indifférent comme le recouvrement étale d'une inondation. Indifférent comme la peinture métaphysique de Giorgio De Chirico scénographiant une statue, deux mannequins, une place aérée, des arcades désertes, des bâtiments vidés de leur substance. Indifférent comme le point de vue adopté depuis Sirius. Indifférent comme un champ de ruines. Indifférent comme le cinéma muet cultivant l'attente. Indifférent comme un jardin zen. Indifférent comme une plaza vide de monde laissant voir les édifices alentour. Indifférent comme le sentiment d'absence de sentiment. Indifférent comme Buster Keaton chahuté par une tornade dans La Maison démontable. Indifférent comme le désert laminé par le vent. Indifférent comme une friche industrielle. Indifférent comme un terrain vague livré aux jeux d'enfants. Indifférent comme la photo en noir et blanc déclinant les nuances du gris. Indifférent comme les machines rouillées et les bâtiments fatigués des banlieues. Indifférent comme les gouttelettes sur une vitre voilant et déformant la perception...
Nombre de pages
284
Date de parution
28/03/2002
Poids
214g
Plus d'informations
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EAN
9782845340374
Titre
De l'indifférence
Auteur
Sebbag Georges
Editeur
SENS ET TONKA
Largeur
0
Poids
214
Date de parution
20020328
Nombre de pages
284,00 €
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Un document exceptionnel. Un ensemble de cahiers tous très différents, ayant le même format, composés pour chacun d'une couverture illustrée, de textes autographes, de collages. Au printemps de 1924, c'est le branle-bas de combat pour la formation du groupe surréaliste. André Breton distribue à ses amis des cahiers d'écolier. Tous les surréalistes vont alors s'adonner à la pratique de l'écriture automatique et du poème-collage. La reproduction en fac-similé des pages autographes et des poèmes-collages créés à partir de titres de journaux jette une lumière vive sur ces pratiques chères aux surréalistes. On vérifie ici que l'écriture automatique et le collage font partie intégrante de la vie collective du groupe, au même titre que les jeux ou les réunions de café, les récits de rêve ou les déambulations dans la ville. L'examen de ces oeuvres, pour la plupart inédites, permet aussi de constater que les protagonistes - Louis Aragon, Jacques Baron, André et Simone Breton, Joseph Delteil, Robert Desnos, Georges Limbour, Max Morise, Pierre Naville et Benjamin Péret -, loin de vouloir mimer un seul et même imaginaire, ont surtout affirmé chacun leur singularité propre et leur génie poétique.
Par la grâce du texte et de l'image, on peut se familiariser avec une collection originale forte de 200 oeuvres réalisées par 90 artistes surréalistes, dadas ou apparentés. Cette collection. qui abonde en aperçus insolites et merveilleux. en visions mémorables et durables. est appelée Memorabilia. en référence à Swedenborg et à Nerval. - Georges Sebbag s'est attaché à décrire chacun des tableaux. chacune des photographies. En les reliant à un certain nombre d'autres. il a dessiné des figures ou des constellations inaperçues jusqu'à ce jour dans le ciel dada et surréaliste.
Au sein du groupe surréaliste, le duo Aragon-Breton et les francs-tireurs Artaud et Crevel ont élaboré un véritable projet philosophique au cours des années vingt. En particulier, ils ont engagé une bataille de l'esprit avec leurs jeunes rivaux de la revue Philosophies. Le Culte du moi de Barrès a beaucoup compté pour Aragon et Breton. La lecture des Déracinés les a mis dans les pas de Kant. Les Poésies d'Isidore Ducasse, détournant les maximes des moralistes et repeignant Les Chants de Maldoror sous les couleurs du bien, les a initiés à l'axiomatique morale comme à l'emprunt collagiste et leur a signalé le point d'indifférence. La peinture métaphysique et énigmatique de Chirico, réinvention du séjour de Nietzsche à Turin, les a rangés pour longtemps dans le camp des métaphysiciens. "Le Manifeste du surréalisme", "Une vague de rêves", "Introduction au Discours sur le peu de réalité", "Le Paysan de Paris", "L'Esprit contre la Raison" abondent en analyses et en intuitions philosophiques. A l'instar de Descartes et Fichte, Aragon et Breton ont mis le monde extérieur à l'épreuve du doute. Leur idéalisme absolu oscille alors entre l'immatérialisme de Berkeley, l'idéalisme magique de Novalis et l'idéalisme transcendantal de Schelling. Le 6 octobre 1926, vers minuit, Nadja, " l'âme errante ", voit dans le jet d'eau du bassin des Tuileries le jaillissement puis la retombée de ses pensées mêlées à celles de Breton. Celui-ci lui fait aussitôt remarquer qu'elle emploie la même image médiatrice du jet d'eau par laquelle se concluent les Dialogues entre Hylas et Philonous de Berkeley.
Dès 1963, Foucault & Deleuze forment un couple tacite sur le plan de la pensée. Ils ont recours au procédé de Raymond Roussel, au métagramme b/p (billard/pillard), pour écrire et forger de nouveaux concepts. La doublure, concept roussellien et foucaldien, peut être convertie en termes deleuziens : la doublure affirme la différence dans la répétition. Aragon et Breton avaient élaboré un projet philosophique et inventé le temps sans fil. Foucault et Deleuze rejouent cette séquence. Tels Brisset, Roussel et Wolfson, ils vont fendre les mots et fracturer les choses. Conscients que l'histoire est sortie de ses gonds, ils cassent eux-mêmes les âges. Ils sont à la recherche de l'événement pur, de l'inactuel, de l'éternel retour du différent. Le duo rédige à l'encre sympathique de Nouvelles Impressions du Surréalisme. On y lira que Foucault est la doublure de l'auteur de La Doublure et que Jarry est le précurseur sombre de Deleuze.
Cet essai explore une relation entre certaines formes d'architecture et les expériences totalitaires de notre siècle. Collusion art et politique? Il sonde les profondeurs, les connivences, les avatars des dirigeants dans l'oeuvre de domination. Il marque d'emblée une distance à l'égard des stratégies de dissociation ou de disjonction entre ces deux ordres de phénomènes, liant la volonté esthétique et la volonté politique.Miguel Abensour a choisi l'emblématique totalitarisme nazi incarné par deux hommes, Hitler et Speer, exemple de la tragédie du "siècle" passé, mais sirène à laquelle notre actuel siècle n'est pas insensible. Il laisse en filigranes d'autres totalitarismes aux résolutions esthétiques semblables. N. Abensour, par un regard attentif sur le passé, pointe en réalité, cruellement, notre présent.Ne nous faudrait-il pas "lire" certaines architectures actuelles, totalitarisme certes dilué mais bien présent, selon son analyse?Ce qui nous permettrait de mieux comprendre la relation contemporaine de la volonté esthétique (culture) et la volonté politique (économie) comme nouvelle domination par des "monstres" architecturaux, par des monuments idéologiques sidérant. Ici on réapprend la portée politique d'un jeu plastique, d'une révérence esthétique. [H.T.]Miguel Abensour (né en 1939) est un philosophe français, spécialiste de philosophie politique. Il est professeur émérite de philosophie politique à l'Université Paris VII - Denis - Diderot et ancien président du Collège international de philosophie. Il a participé aux revues Textures, Libre et Tumultes. Directeur de la collection "Critique de la politique" aux éditions Payot depuis 1974, il a notamment contribué à la réception de la pensée de l'École de Francfort en France.Dans ses ouvrages et ses nombreux articles, il cherche à concilier l'idée de démocratie, conçue comme "démocratie contre l'État", avec l'idée d'utopie.