Depuis Socrate jusqu'aux penseurs de la postmodernité, l'ironie fascine aussi bien les créateurs que les philosophes. D'une raillerie toute ponctuelle à un agencement particulier des événements mettant en jeu un sort malveillant, le terme ironie s'applique à un grand nombre de phénomènes et de situations. Comme en outre la conversation quotidienne y recourt fréquemment, l'ironie semble naturelle à tous. Or, si cette familiarité explique certainement le succès de la pratique dans les différents domaines artistiques et celui du mot dans le discours des sciences humaines, elle conduit souvent à faire perdre de vue les grandes traditions de pensée auxquelles l'ironie est redevable. Il en est essentiellement trois que le présent essai passe en revue : la conception antique, la conception romantique, la ou les conceptions modernistes. Réunies et confrontées, elles finissent par former une grande poétique qui sera cernée ici sous tous ses aspects et dans toutes ses ressources.