La démocratie est aujourd'hui malade de notre modernité politique. De fait, si elle paraît avoir progressé sur le terrain des idées, en pratique, elle éprouve de plus en plus de difficultés à conquérir de nouveaux territoires, à progresser géopolitiquement. Les questions que l'on doit se poser, autour de son devenir, sont constitutives d'un doute méthodique. Certaines évolutions en cours, de par le monde, ont de quoi susciter notre légitime inquiétude. Car la démocratie, ce n'est pas seulement une recette institutionnelle, un rapport apaisé et régulé au pouvoir. C'est beaucoup plus que cela : un état d'esprit, une culture, un vouloir-vivre collectif et même un " plébiscite de tous les jours " (comme aurait dit Renan). Or, nous avons peut-être perdu de vue cette réalité d'ensemble et nous ne sommes plus en situation de nous hisser au niveau d'exigence qu'elle requiert. La démocratie n'a rien d'un acquis définitif, d'une rente : elle est peut-être (hélas) réversible. Elle pourrait bien disparaître, le jour où le Thanatos démocratique aura pris le pas sur l'Eros, en langage freudien. En effet, la démocratie, c'est aussi l'expression d'une volonté politique : celle qui consiste à vouloir maîtriser le cours de son destin. En avons-nous encore l'énergie et l'envie ? En quête de réponse à cette lancinante interrogation, nous ne devons jamais perdre de vue que l'homme aliène précisément sa volonté, et s'il renonce à chercher et s'il s'imagine avoir dit le dernier mot.
Nombre de pages
232
Date de parution
11/02/2008
Poids
320g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782296044395
Titre
Sépulture de la démocratie. Thanatos et politique
Auteur
Savés Christian
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
160
Poids
320
Date de parution
20080211
Nombre de pages
232,00 €
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La dissolution des repères de la politique est l'une des caractéristiques majeures de notre modernité. Il est donc devenu urgent de faire la politique autrement. Mais, pour cela, il faudrait au préalable se mettre en situation de la penser différemment, de la démystifier. Le défi est donc celui-ci : penser les conditions du changement, mais d'un changement réel et salutaire. Pour ?uvrer ainsi à l'avènement d'un nouvel ethos politique, il faut accepter de regarder ce que nous sommes, ce qu'est la politique ou ce que nous en faisons, sans fard. Autrement dit, il faut accepter de démystifier la politique en partant du regard que nous jetons sur nous-mêmes, sans complaisance aucune. Voilà qui exige de notre part un (salutaire) effort d'introspection. Le salut et la vérité du politique (si vérité il y a...) sont à ce prix. Il appartient à chacun d'entre nous de l'acquitter, pour la part qui le concerne. Le présent essai n'a d'autre prétention que d'amorcer la réflexion en ce sens, de donner à chacun des raisons d'espérer et d'apporter sa contribution (à la fois modeste et indispensable) à la transfiguration du politique.
Entre dérision et condition humaine, il existe un rapport de consubstantialité. La première représente le trait d'union entre le comique et le tragique de la seconde. Surtout, la dérision est une force qui va, plie mais ne rompt pas, même sous l'action des pires systèmes répressifs. Elle incarne l'esprit qui refuse de se soumettre et tente de se penser dans le cours de l'Histoire, le révèle à lui-même et le transfigure.
La gauche: expression mythique et emblématique, s'il en est, à la fois programme, principe d'espérance et cri de ralliement pour des générations de bien-pensants. Elle a littéralement catalysé et déchaîné les passions: plus qu'une autre, l'expression aura exprimé tout l'amour et toute la haine du monde. En politique, cela suffit à en faire une grande aventure qui, de fait, aura marqué notre modernité politique... pour le meilleur (diront certains) ou pour le pire (affirmeront d'autres). Ce qui est sûr, c'est que cette grande aventure a eu parfois trop tendance à oublier que la politique n'élit pas domicile au pays des merveilles. Son problème vient de ce que la gauche a fait souvent prévaloir, à travers les époques et même si ce fut sous des formes diverses, le principe de plaisir sur le principe de réalité. Le primat de cette "libido dominandi" est donc constitutif de l'idiosyncrasie politique de la gauche. La prégnance des idées dont elle reste porteuse montre (si besoin était) que les sentiments résistent longtemps à la réfutation des idéologies par lesquelles ils s'expriment et se rationalisent. Dans son cas, il est indubitable que l'affectif et l'idéologique ont souvent fait cause commune pour tenter de régenter la sphère politique et, surtout, pour y faire prévaloir une morale à sens unique. Avec les fortunes et les échecs que l'on sait... mais qui en demeurent le signe distinctif, la marque de fabrique à jamais gravée dans le marbre froid de l'Histoire. Biographie de l'auteur Christian Savés (1961), politologue et haut fonctionnaire, est l'auteur de plusieurs essais dans le domaine de l'histoire des idées, de la pensée politique. Il est par ailleurs expert auprès de la Direction Générale de la Démocratie et des Affaires Politiques du Conseil de l'Europe et collabore régulièrement à plusieurs revues, dont France Forum. Il est aussi membre de la Société des amis de Raymond Aron.
L'acte de penser a souvent conduit les hommes au refus. Il est vrai que le refus reste le propre de l'homme, son signe distinctif. Refuser, c'est affirmer son "être au monde" par une forme de négation qui est aussi (et surtout) une affirmation existentielle. Le refus exprime cette attitude qui pousse l'homme à penser que les choses peuvent et doivent être autrement, nécessairement autrement. Au terme d'un cheminement intérieur, il est ce qui permet à l'être de se réconcilier avec lui-même et avec le monde. Parce qu'il est le produit d'une expérience humaine, transformée en conscience, le refus s'impose également comme le produit d'une exigence éthique. Plus que cela, il est en soi une éthique. Il y a une éthique du refus, a fortiori dans la sphère politique, aiguillant les esprits et les comportements. Si on ne fait pas de politique avec la morale, on n'en fait pas davantage sans. Le refus est une aventure, une geste politique, une insurrection de la conscience qui fait l'effort de se penser dans un monde tourmenté et implacable. Il est, tout à la fois, sagesse et déraison. Le refus, c'est la vie...