Le commerce du livre est avant tout une affaire de territoires : aires linguistiques, territoires géographiques de distribution, frontières nationales circonscrivant des espaces juridiques et des politiques publiques, territoires imaginaires associant des identités à des lieux. Loin d'ouvrir un espace de circulation libre, la mondialisation consiste en une lutte pour la redéfinition des territoires de distribution des produits culturels. Elle s'est manifestée, dans le domaine du livre, par une recomposition de l'espace éditorial mondial à la suite de la chute du Mur de Berlin et de la fin des dictatures militaires dans les pays hispanophones, ainsi que par une forte intensification de la circulation transnationale des livres. Ces évolutions ne sont pas réductibles au processus de concentration, à travers lequel on analyse habituellement les transformations du marché du livre. Elles dessinent une nouvelle configuration des relations spatiales structurant ce marché mondialisé. Ce volume constitue une première tentative d'appréhender les effets de la mondialisation sur le marché du livre à partir d'études empiriques. Il croise les regards de plusieurs disciplines et spécialités : les sociologues de l'édition et de la traduction, les historiens du livre et les traductologues. Les échelles d'observation varient des mouvements des grands groupes aux stratégies collectives et individuelles des petits éditeurs indépendants, des enjeux géopolitiques à leur représentation dans les polémiques ou dans la production livresque, de l'évolution des pratiques et des représentations de la coédition à l'étude d'un projet de collection transnationale, des flux de traduction entre pays à l'analyse textuelle des traductions en circulation.
Résumé : Cet essai, court et argumenté, revient sur les affaires récentes (Polanski, Matzneff...) pour éclairer les enjeux des relations entre un auteur et sa création. Depuis plusieurs années, la question resurgit avec force : peut-on séparer l'oeuvre de son auteur ? Du Nobel attribué à Peter Handke aux César remis à Roman Polanski, sans parler du prix Renaudot décerné à Gabriel Matzneff, le débat fait rage. De même, l'antisémitisme d'un penseur comme Heidegger ou d'écrivains comme Céline et Maurras trouble notre appréciation de leur legs et suscite d'âpres querelles. Faut-il considérer que la morale des oeuvres est inextricablement liée à celle de leurs auteurs ? Et dès lors bannir les oeuvres lorsque leur auteur a fauté ? Loin de l'invective, ce court essai entend remettre cette question dans une perspective historique, philosophique et sociologique, en analysant les prises de position dans ces affaires pour offrir à chacun les moyens de cheminer intellectuellement sur un terrain semé d'embûches. Directrice de recherche au CNRS et directrice d'études à l'EHESS, Gisèle Sapiro est l'auteure de La Guerre des écrivains, 1940-1953 (Fayard, 1999), La Responsabilité de l'écrivain (Seuil, 2011), Les Ecrivains et la politique en France (Seuil, 2018), et Qu'est-ce qu'un auteur mondial ? (Gallimard/Seuil/EHESS, 2024).
Résumé : Depuis quelques années, la question resurgit avec force : peut-on séparer l'oeuvre de son auteur ? Du Nobel attribué à Peter Handke aux César à Roman Polanski, sans parler du prix Renaudot à Gabriel Matzneff, le débat fait rage. De même, le passé nazi de grands penseurs du XXe siècle, à commencer par Heidegger, trouble notre appréciation de leur legs, tandis que l'inscription d'un Céline ou d'un Maurras au livre des commémorations nationales a suscité une âpre querelle. Faut-il considérer que la morale des oeuvres est inextricablement liée à celle de leurs auteurs ? Et bannir les oeuvres lorsque leur auteur a fauté ? Loin de l'invective, ce court essai entend mettre en perspective, historique, philosophique et sociologique, cette question, en analysant les prises de position dans ces " affaires ". Mais loin du " tout se vaut ", il tranche, offrant à chacun les moyens de cheminer intellectuellement sur un terrain semé d'embûches. Gisèle Sapiro est directrice de recherche au CNRS et directrice d'études à l'EHESS, spécialiste de l'engagement des intellectuels et des rapports entre littérature et politique. Elle est l'auteure notamment de La Responsabilité de l'écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXe-XXIe siècles), Seuil, 2011, de Les Ecrivains et la politique en France. De l'affaire Dreyfus à la guerre d'Algérie, Seuil, 2018, et de Des mots qui tuent. La responsabilité de l'intellectuel en temps de crise (1944-1945), Points Seuil, 2020.
Pourquoi certains écrivains ont-ils collaboré sous l'Occupation quand d'autres choisirent de résister et d'autres encore d'embrasser la cause d'un pétainisme triomphant ? Loin de l'approche classique, qui voit dans chaque prise de position l'aboutissement logique d'une histoire singulière, Gisèle Sapiro montre, au long d'une démonstration implacable et fortement documentée, que les attitudes politiques des uns et des autres furent avant tout fonction de la place qu'ils occupaient dans le champ littéraire, autrement dit que les clivages politiques s'éclairent à la lumière des querelles littéraires, des rivalités entre générations, des divergences entre moralistes et tenants de l'art pur. Autrement dit encore, que rien de ce qui se joue sous l'Occupation n'est étranger aux querelles littéraires d'avant-guerre, que rien de ce qui se jouera ensuite n'est compréhensible sans la guerre. La première partie du livre traite des logiques littéraires de l'engagement des écrivains, à partir d'une enquête statistique et d'une étude des débats sur la "responsabilité de l'écrivain". La deuxième analyse la façon dont se sont comportées quatre institutions : l'Académie française, l'Académie Goncourt, La NRF, le Comité national des écrivains (CNE). Véritable chronique au jour le jour des querelles littéraires de la France en guerre, elle met en scène petits et grands écrivains, vieilles gloires et jeunes ambitions, passions et sentiments en tous genres. Le tout fondé sur un dépouillement systématique de fonds d'archives peu exploités ou fermés jusque-là. Enfin, la troisième partie se concentre sur la restructuration du champ littéraire après la Libération, marquée par la constitution de la "liste noire", l'épuration et les polémiques qu'elle a soulevées jusqu'en 1953, date de la seconde loi d'amnistie, qui marque un véritable changement d'époque. Tel est le cadre général de l'essai, une autre façon de peindre la vie littéraire en France, de regarder agir Aragon, Mauriac, Paulhan, Drieu La Rochelle, Maurras, Gide, Massis, Montherlant, Eluard, Henry Bordeaux, Ajalbert, Rebatet, Céline, Sartre, et tant d'autres avec eux - qu'ils soient passés ou non à la postérité.
A quel moment un bandit devient-il un roi ? Comment un gang mafieux peut-il devenir un gouvernement ? Le crime organisé est-il à la base de tous les Etats modernes ? Des triades chinoises à la contrebande de thé anglaise du XVIII e siècle, en passant par les sous-marins à cocaïne et les crimes de haute technologie de demain, Mark Galeotti nous convie à une passionnante visite guidée sur les traces des criminels qui ont façonné les Etats, le capitalisme, la mondialisation et toutes les formes de pouvoir considérées aujourd'hui comme légitimes. Homo Criminalis révèle ainsi comment le monde légal fonctionne grâce à ses liens avec le monde illégal. Instructif, choquant et captivant, cet ouvrage s'adresse à ceux qui sont prêts à regarder en face notre belle et grande histoire de progrès pour découvrir la part surprenante et subversive qu'y tient le crime organisé - quels que soient nos efforts pour lutter contre.
Sherlock Holmes et le Dr Watson sont confrontés à l'une des affaires les plus célèbres de l'Histoire. Alors que le capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusé de trahison, croupit sur l'île du Diable en Guyane, sa familles convaincue de son innocence, tente désespérément de le sauver. Malgré les supplications du frère de Dreyfus, Holmes refuse de s'impliquer... jusqu'à ce que la reine Victoria elle-même lui ordonne d'enquêter. Michael Hardwick mêle avec talent les personnages emblématiques de Conan Doyle à des événements historiques réels, offrant un roman policier plein d'ironie et de suspense, de Baker Street à Cayenne.