Comment te dire que les personnes que nous aimons meurent, qu'elles nous quittent et s'en vont? Comment te dire que l'amour et la joie font partie de la vie de même que la douleur et la tristesse? Comment te dire tout cela, mon enfant? Alors, je te raconte une histoire. L'utilisation du conte comme outil pédagogique est une méthode pertinente, largement utilisée dans les traditions spirituelles. Le père de la petite héroïne de ce récit raconte une histoire à sa fille pour l'aider à comprendre et à affronter la terrible perte de sa mère. Ici, cette question est abordée avec finesse, sans dramatisme ni pieux mensonges pour adoucir la perte. Seul le temps adoucira la souffrance. L'auteur joue avec la symbolique des rêves pour aborder la crainte d'une nouvelle étape vitale par laquelle on se doit de passer lors d'une perte aussi lourde. Le train représente la vie collective, sociale... II indique un processus psychique qui mène à une nouvelle vie. Rêver de perdre un train s'accompagne de sentiments d'impuissance (pour continuer à vivre) et d'insécurité. Cela peut entraîner un retard dans l'évolution d'une personne à cause de la frustration, de l'échec. La gare est le point de départ, symbole inconscient. II faut prendre une nouvelle direction, on est dans un milieu ou tout va et vient mais... quelle est la bonne voie? Pouvoir prendre le train signifierait pouvoir se relever. Mais la difficulté à monter, c'est-à-dire celle de s'intégrer à la vie sociale, peut venir entre autres d'une sensation d'isolement ou d'introversion. Pour donner vie à cet apprentissage précoce, l'illustratrice parie sur des dessins simples à forte charge conceptuelle avec lesquels elle prétend transmettre la peur, les doutes, l'incertitude inhérente aux "difficultés pour vivre"... Thèmes vers lesquels elle se penche dans ses derniers travaux parce qu'ils lui donnent la possibilité d'explorer "l'âme humaine" dans un monde "pressé qui pousse vers l'avant et qui ne laisse pas le temps pour la réflexion", un espace que cet album exige et favorise.
Castagnoli Anna ; Arsenault Isabelle ; Hutingdon M
C'était une boîte avec une étoile abîmée: Ce n'était pas grand-chose. L'importance des objets réside dans la charge affective que nous leur attribuons. Au fil du temps, les liens qui nous rattachent à eux varient et ce qui ne valait pas grand-chose devient précieux. C'est ce qui arrive à l'héroïne de cette histoire. La boîte à souvenirs nous invite à prendre part à cet important apprentissage vital. Une narration simple, en première personne, nous transporte à l'enfance et à la rénovation constante des illusions qui se produisent à cette étape. La petite fille apprend aussi que rien ni personne ne nous appartient et qu'il faut savoir se défaire des choses. Rapidement, elle voit que les objets qu'elle gardait dans sa boîte peuvent être importants pour d'autres personnes. Elle le sait par expérience, car elle a hérité de sa mère cette boîte. L'illustratrice transmet l'évolution de cet apprentissage dans ses images qui au début sont réalistes pour devenir de plus en plus abstraites au fur et à mesure que la petite se défait des objets et montre sa générosité et sa capacité à amorcer une nouvelle étape. Elle imagine une petite fille gâtée entourée de jouets qui en fait ne la rendent pas heureuse et qui décide alors de se défaire de tout ce qui était dans la boîte, ce qui lui permet d'avoir plus de place pour son imagination. Ainsi, avec le changement de style, l'illustratrice cherche à transmettre la transformation de "moins de matérialité à plus de spiritualité" qui se produit chez la petite, maintenant "plus libre" et avec "une plus grande capacité d'évocation". Des aquarelles et du collage pour donner vie à cette histoire qui confirme que les liens affectifs, comme l'énergie, ne meurent jamais, mais se transforment.