D'un côté, tu as une vieille femme, imbécile, méchante, mesquine, malade, un être qui n'est utile à personne [...] d'autre part, tu as des forces fraîches, jeunes, qui se perdent, faute de soutien [...]. Si on la tuait et qu'on prenne son enfant avec l'intention de le mettre au service de l'humanité, crois-tu que le crime, ce tout petit crime insignifiant, ne serait pas compensé par des milliers de bonnes actions [...] Une mort contre cent vies. Mais c'est de l'arithmétique !" Cette réflexion de Raskolnikov dans Crime et Châtiment donne un aperçu de l'impossible logique à laquelle s'affronte Dostoïevski dans toute son oeuvre - une logique qui rendrait l'homme capable de prendre le mal et la souffrance à bras-le-corps pour se retrouver debout, amoureux de sa propre vie et de celle des autres. Dans un dialogue critique avec les grands interprètes de l'univers religieux de Dostoïevski - de Soloviev à Berdiaev, de Bakhtine à Guardini -, l'essai de Simonetta Salvestroni remonte aux sources bibliques et patristiques de l'oeuvre de Dostoïevski. Sa réflexion, s'enracinant dans une solide connaissance de la tradition de l'Eglise d'Orient (d'Isaac le Syrien aux startsy d'Optina) - selon les thèmes de "la descente par l'esprit dans le coeur" ou de l'expérience du "royaume à l'intérieur de soi-même" - montre que Dostoïevski cherchait à traiter des conflits intérieurs, à la lumière de la parole biblique relue par la tradition spirituelle des Pères de l'Eglise d'Orient.
Résumé : En 2013, Béatrice de Varine publiait Juifs et Chrétiens, Repères pour dix-neuf siècles d'histoire. Il s'agissait plus que de "repères" , car ce volume représente plus de 700 pages. Fruit de plusieurs années d'enseignement donné au SIDIC puis au collège des Bernardins, cet ouvrage est la présentation des rapports entre les deux communautés mais également de la situation et de l'évolution des communautés juives. Il était opportun d'avoir un livre qui soit le condensé de cet important ouvrage, afin de procurer des points de référence rapides à tous ceux que cette question intéresse. Cet ouvrage poursuit l'évolution des relations entre juifs et chrétiens au-delà du Concile Vatican II et donne à voir les fruits de Nostra Ætate § 4. Grâce à ce travail de synthèse, ce livre est un outil facile d'accès, extrêmement clair et un point de départ pour un approfondissement. A l'heure où les actes antisémites sont en pleine croissance un peu partout dans le monde, il est urgent d'avoir un minimum de connaissance historique sur ce sujet. Les éléments historiques, les points de repère, la présentation du développement des attitudes fournis dans cet ouvrage le permettent. Docteur en histoire, Béatrice de Varine a enseigné pendant plus de vingt ans l'histoire des relations entre Juifs et Chrétiens, d'abord au SIDIC (Service d'information et de documentation Juifs-Chrétiens), puis au collège des Bernardins.
La théologie spéculative à la rencontre des mystiques La profondeur peu commune de la vie intérieure des mystiques est, à certains égards, une énigme. Au point qu'on hésite à voir en eux des exemples à suivre et des témoins de la perfection de la vie chrétienne à laquelle nous sommes tous appelés ! Faut-il, alors, soutenir que ce ne sont que des exceptions ? D'autre part, comment expliquer une telle différence entre eux et nous, si les vertus théologales de foi, d'espérance et de charité sont les mêmes chez tous ceux qui sont en état de grâce ? Ces questions sont lourdes de conséquences ! Et, qu'on le veuille ou non, on ne peut les éluder, pour la bonne et simple raison qu'elles sont au coeur de la définition de la sainteté. Le théologien n'a donc pas le choix : il doit les affronter. Encore faut-il qu'il ouvre son intelligence aux vérités mises en lumière par les docteurs mystiques, faute de quoi son analyse ne sera pas pertinente. Ce qui, pour un disciple de saint Thomas, devrait aller de soi ; à condition tout de même qu'il ne reste pas prisonnier de l'"esprit de géométrie". C'est aussi un des enjeux de ce livre !
Avant que de savoir écrire, l'homme a su conter pour mieux s'ouvrir au mystère du monde, au rêve, à l'audace, à l'imagination, au désir. Les contes que nous offre ici Colette Nys-Mazure n'appartiennent pas pourtant au genre du fantastique ou de l'exceptionnel. Elle les a puisés d'abord à cette source qui l'inspire avec tant de bonheur: le quotidien des jours, la rencontre des visages. Celui d'Antoinette qui sait qu'elle va mourir mais qui attend la naissance de l'enfant avant de s'en aller. Celui de Monsieur Brice, l'instituteur retraité, qui n'en revient pas d'avoir allumé le plaisir d'apprendre dans les yeux de ces deux garçons qu'on prenait pour des cancres. Celui de Chantal et son impossible amour... Et tant d'autres, rencontrés... Il faut lire ces contes comme de "modernes paraboles", écrit Claude Goure dans sa préface: "A un moment précis, mystérieusement, il suffit d'un regard, d'un peu de tendresse, d'un peu d'amour pour se sentir aimé." Miracle du quotidien ordinaire, miracle de Noël toujours recommencé.
Résumé : Destins, le titre de ces nouvelles, suggère les vicissitudes de l'existence, marquées par des événements où le hasard est le grand maître des conjonctures. Dans ce recueil de nouvelles, le lecteur est entraîné à tâter les profondeurs de l'âme humaine dans son insondable diversité.
Laure Murat, autrice et professeure à l’UCLA, définit dans ce court ouvrage les termes de récriture, de réécriture et/ou de censure en littérature pour que le débat soit fécond. Une base très intéressante pour nourrir votre réflexion.
A partir d'un souvenir de lecture d'enfance, un Cosette abusivement attribué à Victor Hugo, Tiphaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables en France et à l'étranger. Elle révèle comment ce roman, dès sa parution, a été abrégé, adapté, traduit, illustré, réécrit, jusqu'à devenir l'un des récits les plus réappropriés au monde. Plus le livre est transformé, plus il devient mémorable. La question "Faut-il réécrire les classiques ? " apparaît dès lors comme une fausse question : ils ne sont tels que par leur constante adaptation aux goûts et aux attentes des époques successives. De Shakespeare aux contes de fées, de Montaigne à Mark Twain ou Agatha Christie, des traductions aux versions réduites, des transpositions aux mises en scène, l'autrice montre qu'un classique ne se définit pas par son intouchabilité, mais par sa capacité à s'affranchir de son original. Face à des polémiques souvent caricaturales opposant "cancel culture" et sacralisation du passé, ce livre privilégie la nuance, l'enquête et une érudition généreuse. Il préfère la démonstration à l'indignation pour affirmer une idée simple et stimulante : la réécriture n'est pas synonyme d'annulation, bien au contraire, puisqu'elle prolonge le plus souvent la vie des oeuvres en élargissant leur partage et en pérennisant leur mémoire.