À l'origine de cet essai, l'observation de figures récurrentes dans une ?uvre, celle d'Antoine Volodine. Ces figures, qui se confrontent à la fin tout en la refusant, une enquête les a repérées chez des auteurs contemporains qu'on imagine proches: Pierre Guyotat, Valère Novarina, Olivier Rolin maisaussi chez des auteurs en apparence plus éloignés: Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, Éric Chevillard ou encore Pascal Quignard. Cette récurrence n'est pas anodine. Qu'elles soient devantle gouffre, situées aux confins géographiques, ou face contre sol, les figures ainsi décrites ont toutes un point commun. Leur corps est une fin. Et la fin est cette idée. Mais cette représentation est plus complexe. Leur corps est une frontière entre un avant et un après. Il se développe une histoire, après la fin, qui la prolonge ou la renouvelle. Ce sont ces deux termes conjoints, fin et début, que le concept de "dénouement" tente de saisir. Articulé aux discours perceptibles juste après la double chute (du mur de Berlin, des statues de Moscou) chez des philosophesmarqués par l'histoire et la pensée du marxisme, il pourrait contribuer à nommer les enjeux esthétiques et politiques d'une époque, la fin du vingtième siècle.
Nombre de pages
106
Date de parution
06/10/2005
Poids
160g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782864324522
Titre
Le dénouement
Auteur
Ruffel Lionel
Editeur
VERDIER
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140
Poids
160
Date de parution
20051006
Nombre de pages
106,00 €
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Imaginez la fin du monde, qui est, comme chacun sait, beaucoup plus simple à concevoir que la fin du capitalisme. Imaginez l'extinction de notre espèce et que vous vouliez préserver et transmettre la mémoire de cette constellation de pratiques, de formes, d'usages et d'objets que nous avons fini par appeler littérature. Telles étaient les règles du jeu que nous pratiquions, mes étudiants et moi, ces dernières années. Avec eux, je souhaitais travailler le coeur de notre condition narrative. Il fallait retrouver des gestes qui résonnent avec notre situation et réinventent le monde en le peuplant de récits. Trois d'entre eux nous ont retenus : celui de Shéhérazade et des Mille et Une Nuits, celui de l'affaire dite de Tarnac et de L'Insurrection gui vient, enfin celui du Décaméron. Puis le lieu où nous avions trouvé refuge pour résister à la décomposition de l'institution universitaire a fermé ses portes. Ne restent sur les murs que des images et les paroles que les occupants y ont tressées. Cet espace devient alors un musée où nous revisitons, comme dans un rêve, les trois ou quatre mille ans à peine durant lesquels les humains n'auront joué qu'à cela : tromper la mort en se racontant des histoires.
Tout a commencé comme une enquête classique, avec l'espoir de déterminer ce que le nom " contemporain " dit de notre rapport au temps, à l'histoire, à l'espace. Mais très vite des myriades de données, parfois contradictoires, se sont imposées. Un véritable brouhaha. On aurait pu les ignorer, faire comme si elles n'existaient pas, et tenter de construire une fiction unitaire qui aurait prétendu dire la totalité de notre identité historique. C'eut été se méprendre sur la dynamique profonde que traduit le nom contemporain. Elle se déploie ainsi : la représentation moderne du monde est débordée de toutes parts par une multiplicité qu'elle ne peut plus contenir, et qui la fait apparaître pour ce qu'elle est : un imaginaire, une illusion ; imaginaire de la distinction, de la séparation, alors que le contemporain propose, lui, un imaginaire marqué par l'indistinction, la déhiérarchisation, la globalisation. Toutes les histoires documentées dans cet essai retrouvent ce mouvement. Ainsi des espaces publics de l'art qui voient la fin du dispositifinstitution musée d'art moderne au profit des centres d'art contemporain et évoquent par là une manière différente d'habiter le monde. Ainsi du très grand nombre qui ne se laisse plus discipliner dans les concepts politiques hérités de la modernité. D'autres émergent (multitude, publics), prenant mieux en compte la double poussée de la massification et de la différenciation. Ainsi de la production du savoir qui se décentre et s'horizontalise. Ainsi du temps vécu comme une concordance de temporalités à l'ère hypermédiatique. Ainsi de l'imaginaire littéraire, emblématique de la modernité et lié au support-livre, qui intègre un plus vaste régime de publication. Ainsi de la pensée du monde qui est désormais une pensée des mondes. En six stations qui sont autant de mots-clés du contemporain (exposition, médias, controverses, publication, institutionnalisation, archéologie), cet essai s'attache à décrire les transformations actuelles des formes culturelles et des visions de l'histoire.
Certaines lectures éveillent, d'autres nous plongent dans le sommeil. Certains films ou certaines séries aussi, même si, pour la plupart, ces dernières visent plutôt à ne jamais nous endormir. Et puis il y a l'actualité politique qui se rappelle en permanence à nous, sur tous les écrans du monde, alors que le discours ambiant condamne l'éveil. Ces paradoxes forment le coeur de Trois éveils qui se présente comme une enquête personnelle dans les livres et les fictions à l'occasion de trois événements collectifs. Durant un confinement, c'est l'éveil forcé de Baudelaire qui remonte à la surface. Pendant des élections, c'est l'éveil comme résistance de Victor Klemperer qui est retraversé. Puis lors d'une longue séquence de grève, Rose, protagoniste de deux films récents, apparaît comme dans un rêve. Sa révolte, comme toutes les révoltes, est éblouissante, puissante et fragile. Avec Trois éveils, Lionel Ruffel poursuit l'écriture d'une histoire littéraire tramée et suscitée par l'actualité politique et les affects personnels.
Novembre 1989. Le Mur de Berlin vient de tomber. Inge et Walter Bischoff, un couple d'Allemands de l'Est annoncent à leur fils Carl qu'ils ont décidé d'aller vivre de l'autre côté du rideau de fer. A vingt-six ans, Carl n'habite plus chez eux depuis longtemps. Mais leur décision qui ressemble à un abandon lui révèle qu'avant d'être ses parents, Inge et Walter ont eu une jeunesse éprise de liberté. De ce temps d'avant la construction du mur, le Stern 111, un poste de radio de fabrication soviétique, reste le symbole : toute la jeunesse d'Allemagne de l'Est s'en servait pour écouter les radios de l'Ouest. Carl se rend bientôt à Berlin avec la petite voiture de son père. Au "Cloporte", un immeuble où s'est rassemblée une communauté de squatters, il va connaître une double initiation amoureuse et politique.
L'héroïne de Boulder gagne sa vie comme cuisinière sur un vieux navire marchand. C'est la situation parfaite : la solitude, le provisoire, une cabine et l'océan, un port où rencontrer des femmes. Jusqu'à ce qu'un jour l'une d'entre elles réussisse à l'arracher à la mer et à l'entraîner dans l'aventure d'une procréation assistée. Qu'est-ce que la maternité va provoquer chez cette femme qu'elle a rencontrée dans un bar en Patagonie ? Et elle, acceptera-t-elle de se laisser enfermer entre les quatre murs d'une maison pour faire mentir le surnom de Boulder que lui a donné son amoureuse, et qui désigne des grandes roches isolées au milieu du paysage dont personne ne sait d'où elles viennent ni pourquoi elles sont là ? Le ton ironique, les évocations érotiques sans fausse pudeur, le style implacable et vibrant comme le personnage, tout contribue à faire de ce deuxième roman un texte rebelle intense et poétique.