C'est à une véritable archéologie de la modernité que se livre Frédéric Rouvillois dans cetouvrage nourri aux meilleures sources: contrairement aux idées reçues, le « Progrès » n'est pasné avec les Lumières, mais au XVIIe siècle, avec la nouvelle philosophie, l'apparition du déisme etla diffusion de l?« esprit bourgeois ». De Bacon à l'abbé de Saint-Pierre, il devient une philosophiede l'histoire et, conformément à son inspiration cartésienne et mécaniste, prétend à une cohérencetotale. Ses défenseurs définissent désormais le Progrès à partir du modèle de la Machine: commeun mouvement global de perfectionnement que caractérisent sa forme linéaire, sa nécessitéradicale et sa permanence. Ce faisant, ils peuvent ainsi le transposer au réel. Au même rythme que la raison, la morale, le bonheur ou l'Etat sont appelés à progresser. L'histoire, enfin dotée d'un sens, devient ainsi le lieu où pourra s'accomplir la promesse de Descartes: l'homme, parfaitement libre et tout-puissant, sera bientôt « maître et possesseur de la nature ». Une démystification talentueuse, érudite et acérée, dévoilant les retombées contraignantes des utopies.