ARISTOTE UNE PHILOSOPHIE PRATIQUE PRAXIS, POLITIQUE ET BONHEUR
RODRIGO
VRIN
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EAN :9782711618941
La singularité la plus frappante de la philosophie d'Aristote est que, pour la toute première fois dans l'histoire de la pensée occidentale, elle institue avec la plus grande rigueur la pratique humaine dans son autonomie, tant vis-à-vis de la théorie que vis-à-vis de la technique. La rationalité des "choses humaines" - c'est à dire celle du monde auquel nous sommes, pour autant qu'il est configuré jusque dans son sens par notre pratique éthique et politique - ne relève en effet pour lui ni de la connaissance théorique des causes de ce qui est, ni d'un quelconque savoir-faire techniquement efficace ou rhétoriquement persuasif. Pratique, politique et bonheur humain s'articulent dès lors en une constellation de sens radicalement différente de celle que Platon, d'une part, et les sophistes, d'autre part, avaient pu mettre en place sous l'égide, pour le premier, de la sagesse théorique et, pour les seconds, de la compétence langagière. C'est cette constellation que le présent volume entreprend de parcourir. On entrecroise ici les thèmes directeurs de la praxis, du langage, du savoir politique et du bonheur humain. Cet entrecroisement permet de cerner les contours de la conception aristotélicienne de la "vérité pratique" et des modes du langage susceptibles de la dire au plus juste et de la faire partager. L'ordre spécifique du bonheur humain s'en trouve éclairé, ainsi que le rapport entre ce bonheur et les vertus, ou entre l'essence et le "type" dans le domaine de la connaissance pratique. Au bout du compte, c'est bien l'expérience d'une certaine "sensibilité du langage" philosophique à la spécificité de la pratique humaine que la lecture d'Aristote nous engage à redécouvrir et à refaire, chaque fois, à nouveaux frais.
Date de parution
20/11/2006
Poids
350g
Largeur
215mm
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EAN
9782711618941
Titre
ARISTOTE UNE PHILOSOPHIE PRATIQUE PRAXIS, POLITIQUE ET BONHEUR
ISBN
2711618943
Auteur
RODRIGO
Editeur
VRIN
Largeur
215
Poids
350
Date de parution
20061120
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Depuis sa fondation husserlienne, l'un des traits les plus singuliers de la phénoménologie est de s'infléchir toujours à nouveau vers elle-même pour se refonder, de recommencer pour mieux commencer. Ainsi Husserl s'est-il lui-même défini comme un "véritable commençant" (wirklichen Anfdnger) à défaut d'en avoir été, une fois pour toutes, un "vrai" (rechten). Pour sa part, Merleau-Ponty est revenu avec opiniâtreté sur "l'ombre" de Husserl aussi bien que sur les présupposés conceptuels de ses propres premiers ouvrages. Il en a été de même encore de Michel Henry relativement aux deux précédents, et de Jan Patoéka, dans l'élaboration antihusserlienne de son "asubjectivisme" d'une part, et, d'autre part, dans sa reprise, autocritique cette fois, du problème du sens du "monde naturel". Et que dire de la critique heideggérienne des catégories métaphysiques de Husserl? La doctrine de l'intentionnalité fait ainsi constamment l'épreuve de sa validité. C'est pourquoi, "laborieuse comme l'oeuvre de Balzac, celle de Proust, celle de Valéry ou celle de Cézanne" (Merleau-Ponty), elle est en affinité intime avec la création artistique. Ces processus de fondation, de refondations et de consonances forment la matière de cet ouvrage.
Interpréter le monde, transformer le monde. L'alternative est célèbre depuis les Thèses sur Feuerbach. Sa signification suscite pourtant les plus vifs débats, comme si l'ensemble des problèmes relatifs au statut du philosophique chez Marx se condensait dans l'énoncé laconique de la onzième Thèse, comme si le spectre de la philosophie et de la pensée abstraite n'en finissait décidément pas de hanter le(s) marxisme(s). On écarte ici la version exclusive de l'alternative, qui considère que c'est de deux choses l'une : ou l'on théorise comme l'ont toujours fait les philosophes, abstraitement, en reconduisant l'illusion de la primauté des représentations du réel par rapport à ce réel lui-même, ou l'on donne un fondement économico-historique concret à la réflexion en abandonnant le terrain de la spéculation - y compris dans sa variante dialectique (Hegel) - et celui de l'intuition sensible qui croit en être la réfutation (Feuerbach). Il est certes vrai que Marx dénonce aussi bien la philosophie de Hegel que celle de Feuerbach, mais il est tout aussi vrai que, des Manuscrits de 1844 jusqu'aux derniers textes du Capital, il a explicitement reconnu la " grandeur " de la conception du mouvement dialectique du réel chez Hegel, le " génie " d'Aristote en matière d'analyse formelle de l'échange marchand et de la monnaie, ou la profondeur de la " révolution théorique " accomplie par Feuerbach. La question à affronter est donc celle-ci : comment conciliait-il la dénonciation de " l'idéologie " philosophique avec l'hommage au génie, à la grandeur ou au sérieux de philosophes comme Aristote, Hegel et Feuerbach ? C'est en suivant cette voie qu'on espère retrouver le principe de l'ontologie de Marx.
A la conception maximaliste de la pratique politique comme seule figure du destin de l'homme, à laquelle s'accorde également Platon en la portant au savoir théorique (sophia), l'auteur oppose, grâce à sa lecture d'Aristote, un refus motivé, et soutient que la politique est un anti-destin parce qu'elle est l'expérience d'une exposition commune au sens se faisant au sein même de la pluralité des phénomènes. Autrement dit, la philosophie politique dont il retrace l'élaboration chez Aristote considère la politique comme l'expérience commune d'une concrétion toujours instable du sens au cœur de la fluence phénoménale. Ainsi comprise, la politique n'est ni un destin ni un savoir théorique "architectonique" : c'est une pensée agissante qui s'efforce de discerner de la cohérence dans la pluralité, ou de la constance dans le changement inhérent aux "choses humaines". Aristote nous apprend que penser les "choses humaines" n'autorise aucunement à s'instituer en théoricien ou en "architecte" du devenir, car le domaine éthico-politique ne saurait être réduit au champ d'application de normes préalables. Ce domaine doit, au contraire, être reconnu pour ce qu'il est, à savoir pour la région autonome du dévoilement pratique des " choses " (pragmata) auxquels ont affaire des hommes vivant dans une communauté de sens. Il faut donc reconnaître que l'excellence politique ne s'enseigne pas, mais qu'elle se vit dans une communauté humaine de pensée et de dialogue où les " choses " font encontre dans et depuis l'horizon d'un sens commun. Aiguiser ce sens commun, élément d'apparition des pragmata eux-mêmes, telle est la tâche d'une philosophie politique qui, en réouvrant toujours à nouveau la question du sens de l'agir en commun, contribue, depuis sa juste place, à élargir l'horizon d'apparition des "choses humaines".
J'appelle amateur en philosophie celui qui accepte tels quels les termes d'un problème usuel ", écrivit un jour Henri Bergson, en lointain écho à Hippocrate (pour qui les abstractions d'Empédocle n'étaient que philosophie : " savoir d'amateur "). C'est qu'en effet, de l'amour ou du désir de sagesse à l'amateurisme il n'y a qu'un pas... Chacun des textes rassemblés dans La Pensée et le Mouvant nous met en garde contre la facilité avec laquelle nous franchissons ce pas en généralisant indûment. " Chose ", " état ", " mouvement ", " temps ", " néant ", " possible " etc. Ces concepts tout faits masquent la réalité ontologique première : l'être est mobilité, et il l'est substantiellement. Ne pas franchir le pas de l'amateurisme, c'est dès lors accorder la pensée au rythme de l'être-mouvant, c'est " penser en durée ". Il y faut un effort et une attention renouvelés à chaque problème. La Pensée et le Mouvant nous initie à ce travail de recherche, à cette méthode souple et précise - précise parce que souple.
Norman McLaren oeuvre dans le domaine onirique de l'animation. David Cronenberg est maître du genre de l'horreur intérieure. Que peuvent donc partager ces deux cinéastes canadiens aux univers si distincts ? Chacun a construit une relation à long terme avec un compositeur - respectivement Maurice Blackburn et Howard Shore. D'un duo à l'autre, le musicien occupe une place centrale au sein de la création collective ; sa musique se révèle comme une composante fondamentale. Quels processus créatifs lui permettent de se déployer ? Le livre fait la lumière sur les mécanismes collaboratifs et la pensée de ces duos. Plus généralement, il établit une poïétique de la création musico-filmique, décrit et comprend les processus créateurs filmique et musical qui déterminent la composition d'une musique de film et, plus encore, une musicalité de tout le complexe audiovisuel. Du cinéma d'animation expérimental (A Phantasy) au long-métrage de fiction (Crash, A Dangerous Method) en passant par le documentaire engagé (Jour après jour), l'auteure offre un portait inédit de pratiques musico-filmiques novatrices tout en proposant de nouvelles approches analytiques pour la musique de film.
Généralement cité pour mémoire, Francis Hutcheson (1694-1746) mérite d'être lu dans le texte. La question de la nature et des rapports du Beau, du Bien, du Vrai et du Juste se pose à lui dans un contexte renouvelé : il s'agit, dans le cadre de la théorie lockienne des idées, et contre la rationalité pratique d'un Hobbes ou d'un Mandeville, d'aller plus loin que Shaftesbury pour sauver la morale du relativisme. Identifier, au coeur de la vertu, la spécificité du sens et du sensible face aux calculs de la raison, telle est la tâche que Hutcheson s'est assignée. Sa postérité, de Hume et Kant, qui lui doivent beaucoup, s'étend jusqu'à la philosophie analytique, qui voit en lui l'initiateur original de questions actuelles.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.