Plusieurs discours parlent le corps : érotique, médical, religieux, technique, mercantile... Chacun, selon sa visée, en construit une fiction. A quelle solitude, à quel silence, à quelle "expérience intérieure" faut-il faire retour pour rencontrer la sensation nue du corps, à quelle enfance ? Mais le "vrai" corps n'est-il pas en fait une référence toujours perdue, ou, à son tour, un effet de fiction... Parti des apories qu'entraine la reconnaissance des modèles et des "métaphores" dont a besoin le corps pour accéder au sens, chacun des auteurs de ce volume accorde une importance fondamentale aux représentations et aux simulacres. Est ainsi proposée une contribution à cette anthropologie des formes symboliques, ouverte et diverse, qui pourrait articuler les questions des sciences de l'homme aujourd'hui.
Nombre de pages
127
Date de parution
01/05/1983
Poids
180g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782707306470
Titre
Le corps et ses fictions
Auteur
Reichler Claude
Editeur
MINUIT
Largeur
135
Poids
180
Date de parution
19830501
Nombre de pages
127,00 €
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La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.