Il sera, dans ce livre, question de voix, de la voix comme question. Car la littérature, depuis le tournant de la Modernité, semble vouée à chercher les modes d'inscription d'une présence qui se fuit dans sa trace écrite, vouée à interroger la dynamique d'une pluralité qui défait toute unité. Ce sont les modalités d'énonciation littéraire qu'invente la littérature moderne qui sont au c?ur de la réflexion. Il ne s'agit plus de les penser en termes de genres mais comme des réponses à cette interrogation première : comment poser sa voix ? J'envisage donc l'écriture comme lieu de tensions, sans résolution, entre forme et force. Je cherche d'abord à entendre ces effets de voix, qui sont de véritables poétiques toujours singulières : le commentaire (de Blanchot, Céline, ou des Forêts) appelle la définition de postures subjectives nouvelles (l'écriture brève ou le monologue écrit). Le roman donne, lui, un autre espace de résonance à ces voix : il les contextualise de façon critique. Ouvrant l'espace romanesque à l'indicible, Joyce et Conrad créent des dispositifs qui tentent d'encadrer un mouvement qui se dérobe pourtant. Mouvement qui entraîne le vingtième siècle vers un au-delà du roman - que les ?uvres de Sarraute ou Quignard représentent exemplairement. Crise du personnage, éparpillement des voix, mélancolie d'une forme pleine sont-ils notre lot ? Il me semble que la " malchance " de la littérature contemporaine est paradoxalement sa chance. Comme le montre Borges, la littérature doit retourner son impuissance, accepter de devenir un art du reste. Elle doit maintenir le défaut d'une traduction qui manquera toujours à notre désir - pour mieux le relancer. D.R.
Nombre de pages
322
Date de parution
23/10/1999
Poids
385g
Largeur
136mm
Plus d'informations
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EAN
9782714307040
Titre
Poétiques de la voix
Auteur
Rabaté Dominique
Editeur
CORTI
Largeur
136
Poids
385
Date de parution
19991023
Nombre de pages
322,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Genre florissant ou moribond selon les avis, le roman est très présent durant ce XX e siècle. Cette étude est subdivisée en trois périodes historiques principales et privilégie la production contemporaine. Elle analyse les ?uvres les plus connues en les replaçant dans un mouvement créateur de formes nouvelles, montrant ainsi la richesse du genre romanesque.
La définition du mot "lyrisme", qui semble aller de soi, pose en fait de redoutables problèmes. L'évolution de la poésie moderne depuis Baudelaire et l'ironie du romantisme, Rimbaud déclarant "Je est un autre" ou Mallarmé annonçant "la disparition élocutoire du poète", font que l'on ne peut plus se contenter d'y voir l'expression du sentiment chanté. Plutôt que de définir un genre problématique, il convient d'envisager le lyrisme comme un mode particulier d'énonciation, de se tourner donc vers le "sujet lyrique" lui-même. Le propos de ce livre est ainsi d'envisager les différentes figures de ce sujet poétique, qui n'est pas préalable au poème mais que l'écriture invente. Ces figures en dessinent le portrait mobile, elles sont plurielles mais témoignent d'une spécificité irréductible de l'écriture poétique. Du romantisme aux controverses qui traversent la poésie contemporaine autour de l'idée d'un "retour au lyrisme", ce livre tente de clarifier le débat terminologique, d'indiquer des perspectives d'analyse en alliant propos théorique et réflexion sur les ?uvres. Il réunit des études de Michel Collot, Dominique Combe, Michel Jarrety, Laurent Jenny, Jean-Michel Maulpoix, Dominique Rabaté, Joëlle de Sermet et Yves Vadé.
Qu'est-ce que la voix narrative ? Pourquoi et selon quelle nécessité se met-elle si souvent en scène dans tant de textes de la littérature contemporaine ? A ces questions fondamentales cet essai tente de répondre. Il considère, sous le nom de "récit", un secteur particulièrement important de la modernité ouverte en France par Proust, et dont l'unité se définit par la commune attention de la mise en doute de la parole et du sujet. II faut donc retracer la généalogie de ce genre, caractérisé par la prédominance d'une voix fictive en quête de sa place au sein du discours qu'elle produit sans le surplomber. Il faut confronter des tentatives aussi diverses que celles de Beckett, Borges ou Blanchot pour entendre ce qu'elles ont à nous dire sur le statut du sujet tel qu'il apparaît et se dissimule dans sa parole. L'enseignement de la littérature croise ainsi ceux de la linguistique de l'énonciation et de la psychanalyse. Cette nouvelle logique de l'inscription offre une voie d'accès privilégiée pour relire, dans toute leur violence, les récits de Poe et L'Etranger de Camus comme écriture d'une certaine économie de la mort. "Pourquoi écrivez-vous ? Pour épuiser." Le souhait et l'ambition qui traversent cet ensemble de textes pourraient se résumer à cet abrupt dialogue. Sur les ruines du romanesque qu'il continue d'explorer différemment, le récit est une entreprise d'épuisement du sujet. Ce voeu trame silencieusement, on le verra, tout le projet de A la Recherche du Temps perdu. Plus fondamentalement, l'épuisement est le programme esthétique d'une certaine époque à laquelle nous n'appartenons peut-être plus.. Inventaire du néant beckettien ou effacement de Monsieur Teste, ses déclinaisons ont le même arrière-plan. Nulle négativité mais l'affirmation lucide du bonheur d'écrire pour inventer une solitude donnée en partage, et la joie, profonde et paradoxale, que nous révèle la littérature.
Un enfant solitaire et grave hante toute l'?uvre de Louis-René des Forêts. Il est l'image d'une souveraineté perdue, d'une puissance que le langage ne pouvait que trahir. Il est aussi la promesse d'un retour inattendu, le gage d'une part inaliénable où la parole puise le plus vif de sa force. Sur le visage de cet enfant, flotte un sourire mystérieux, comme sur le portrait de Pierre Klossowski enfant qui se trouve à la fin du Malheur au Lido. À la fois grave et joueur, teinté d'une légère et indéfinissable ironie, le visage de cet enfant nous fait face. Il est la preuve d'un moment irrécusable du passé, un fragment du monde déposé par la lumière sur la page blanche. Il est aussi une invitation à la fable. Il est réel ; il est fictif. Cet enfant est les deux en même temps. Son charme, comme celui de l'?uvre de Louis-René des Forêts, est de maintenir, dans leur antagonisme irréductible, entre souveraineté et ironie, en suivant le volume incertain d'une voix, les potentialités qui sont celles de la littérature quand elle tente de se voir en son miroir truqué et fabuleux. D. R.
« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n'avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n'est pas une chute, car nous avons la certitude de l'élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l'élasticité. Il a aussi l'impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)
« Si le regard des choses est un peu doux, un peu grave, un peu pensif, c'est un regard de l'eau. L'examen de l'imagination nous conduit à ce paradoxe : dans l'imagination de la vision généralisée, l'eau joue un rôle inattendu. L??il véritable de la terre, c'est l'eau. Dans nos yeux, c'est l'eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas ?cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes? ? Dans la nature, c'est encore l'eau qui voit, c'est encore l'eau qui rêve. » (Gaston Bachelard)
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.