Edgar Quinet publie en 1857 ce livre Philosophie de l'histoire de France. Il s'agit pour lui de mettre en évidence les postulats sur lesquels travaillent les grands historiens du moment, quand ils entreprennent d'écrire, au milieu du siècle, une histoire de France: Augustin Thierry, Guizot, Louis Blanc, Buchez et Roux. Ce qui le frappe, c'est une convergence de vue de la part d'historiens venus d'horizons très différents, une connivence qui les pousse à se réclamer des mêmes valeurs. Tous ont pour "philosophie" une sorte de fatalisme, en considérant que l'histoire de la France devait aboutir à l'état politique présent. Par un tel biais, c'est à une justification de tous les errements de cette histoire qu'ils procèdent, à une légitimation des épisodes les plus sombres de ce qui fait notre récit national. "Philosophie" à moindres frais qui est le lot de ces savants et dont E. Quinet montre qu'elle ressemble de très près à ce que faisaient les Pères de l'Eglise avec l'Ancien Testament. E. Quinet insiste également sur le fait que ces historiens mettent en oeuvre une servitude volontaire: comme si l'hypothèse de La Boétie s'était déplacée du terrain du pouvoir à celui du savoir. D'où son souhait au terme de cette critique particulièrement virulente de la discipline historique du moment: que tout homme qui pense puisse avoir "sa nuit du 4 août", c'est-à-dire renonce à ses prétentions illégitimes. Jean-Michel Rey, dont les travaux sont au croisement de la philosophie et de la littérature, montre, dans sa Postface, la place qu'occupent ces différents motifs dans l'oeuvre de ce penseur politique qu'est E. Quinet. Il met en relation ses analyses avec celles de Nietzsche, de Péguy, de Valéry et de Walter Benjamin, en suggérant qu'ils s'inscrivent, chacun à sa façon, dans le sillage de cette pensée. En soulignant ce qui fait la grande originalité d'E. Quinet: qu'il est l'analyste des ombres, des spectres et d'autres phénomènes du même ordre, notamment le membre fantôme "; qu'il est philologue et qu'il prête donc attention aux faits de langage, aux mots qui tiennent lieu de réalité; que sa démarche relève plus de la généalogie que de l'histoire. Jean-Michel Rey trace ainsi le portrait d'un des philosophes les plus importants de l'époque qu'il est temps de découvrir et dont les propos peuvent nous aider à comprendre les postulats sur lesquels repose la politique présente."
Posez une question, Bryson y répond dans ce livre, clair, synthétique, vivant, truffé d'anecdotes, qui conjugue avec bonheur science et sourire. Vous y apprendrez sans efforts par quels hasards, traits de génie, intuitions, déductions, expérimentations, débats, les hommes en sont arrivés à connaître le monde tel qu'ils le connaissent aujourd'hui. Tout y est (ou presque) de l'histoire des sciences, de notre planète et de l'univers. Un merveilleux compagnon, dont la lecture devrait être recommandée à tous les collégiens? et à leurs parents!Ce livre a été un best-seller en France et dans le monde entier. Il a reçu le prestigieux prix Aventis du meilleur livre de vulgarisation scientifique et l'Union européenne lui a décerné le prix Descartes pour la communication scientifique.
Pourquoi Descartes était-il toujours attiré par les femmes qui louchaient, et Rousseau excité par un trait émotionnel très particulier ? Pourquoi y a-t-il des fétichistes de l'?il, de la main, des cheveux, de l'odeur, du mouchoir, de la voix, des fesses, des bottines (la liste est infinie), voire d'une qualité psychique ? Qu'est-ce que le fétichisme sexuel ? Dans ce texte fondamental qui marqua les plus grands psychiatres (Krafft-Ebing), psychanalystes (Freud) et sexologues (Ellis), Alfred Binet (1857-1911) dévoile comment, et pourquoi, par le biais d'un fétiche, il peut arriver à chacun d'entre nous d'obtenir une excitation sexuelle.
Résumé : Si les parents et leur comportement étaient à l'origine de tous les troubles et de toutes les difficultés que vivent leurs enfants, les choses seraient simples : les parents compréhensifs, éclairés et aimants auraient toujours des enfants heureux et équilibrés , les parents durs, injustes et sans tendresse auraient toujours des enfants névrosés qui deviendraient à leur tour des parents névrosés. Pour Edmund Bergler, ce sont les "élaborations internes" que l'enfant a de ses expériences, les fantasmes qu'il choisit de créer à partir de son environnement, qui ont l'effet le plus tenace. C'est ce qui expliquerait pourquoi les résultats de l'influence extérieure sont limités, voire contradictoires, et pourquoi parents et éducateurs contrôlent moins l'avenir de l'enfant qu'on ne le croit généralement. Ils sont en tout cas impuissants devant cette force décisive qu'est l'élaboration inconsciente des fantasmes de l'enfant. Formé au sein de l'école viennoise, émigré en 1937 aux Etats-Unis, où il est mort en 1962, Edmund Bergler est l'un des grands noms de la psychanalyse. Il est l'auteur de "La Névrose de base" (Petite Bibliothèque Payot nº 382).
Oublier un nom, casser un bibelot familier, se tromper de clefs, commettre un lapsus, tous ces petits accidents ordinaires doivent s'interpréter comme des manifestations de l'inconscient. En effet celui-ci travaille sans cesse, infatigablement. Freud a montré comment le rêvé était la voie royale d'accès à l'inconscient. Il dessine dans cet ouvrage de 1901 d'autres chemins vers cette part qui échappe à notre contrôle et qui, par ses manifestations, traduit nos désirs.
Ni thèse, ni synthèse, ce livre peut être lu comme l'aboutissement d'une longue recherche. Ecrit en 2013, peu avant le décès du grand historien, il interroge les diverses manières de concevoir les périodisations dans l'histoire : les continuités, les ruptures, les manières de repenser la mémoire de l'histoire. Le problème reste en effet de savoir si l'histoire est une et continue ou sectionnée en compartiments ? Jacques Le Goff examine ici un cas particulier : la prétendue nouveauté de la "Renaissance", sa "centralité" et son rapport au Moyen Age. L'ouvrage met ainsi en évidence les caractéristiques majeures d'un long Moyen Age occidental qui pourrait aller de l'Antiquité tardive (du IIIe au VIIe siècle) jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, incitant à renouveler notre vision historique, souvent trop étriquée, de ce Moyen Age auquel l'auteur a consacré avec passion sa vie de chercheur.
En ces temps tumultueux, il est utile de lire — ou de relire — ce petit livre de Benjamin Stora. Dans un dialogue limpide avec le journaliste Thierry Leclère, Benjamin Stora nous interroge : comment se vivre comme descendant d'esclaves, ou encore comme fils ou fille de colonisés ? Ce choc des mémoires est-il une rumination vaine du passé ou, au contraire, une relecture "thérapeutique" de l'histoire ? Qu'est-ce qu'être Français, aujourd'hui ? Des sujets au coeur de notre actualité, suivis d'un récit âpre et mélancolique, Algérie 1954, qui relate les dernières heures, cruciales, de l'Algérie française. Une réflexion toujours aussi percutante.
Paul Veyne raconte ici ses années de formation, les débuts de sa carrière, ce qui motiva son choix de Rome comme objet d'étude. Mais ce livre d'entretiens révèle aussi un formidable pan d'histoire intellectuelle, où défilent les grands noms de l'université française, où Veyne approfondit ce qui le sépara d'Aron comme ce qu'il doit à Foucault. Le plus philosophe de nos historiens livre ainsi quelques-unes de ses réflexions sur la nature de l'histoire ainsi que sur les permanences et les ruptures dans les sociétés humaines. Il révèle aussi plusieurs de ses passions, la peinture, la musique, la littérature, avec des aveux plus graves sur l'amitié, l'amour ou les croyances qui nous permettent d'exister. il éclaire ainsi d'un jour nouveau son amitié et son voisinage de René Char, auquel il consacra un beau livre.