Une fois ôté tout projet d'écrire, on peut commencer de la façon la plus simple, faire avancer un nous, l'inscrire dans un espace élémentaire issu de l'enfance ou de l'administration des eaux et forêts, qu'il traverse on ne sait trop dans quel sens car il y progresse peu. Les éléments sont prêts pour un récit, mais disjoints, parfois défectueux. C'est un assemblage non-linéaire. Si chaque paragraphe est une nouvelle tentative, le but n'en est pas clair, quoique sans cesse il soit question de définir ce dont il s'agit. Du reste, le nous peut céder la place à un je, un tu, qui ne sont pas davantage individués. Ils ne sont aussi bien qu'un effet de la grammaire. Pas de solution de continuité entre la langue et le réel (ou la fiction), non parce qu'ils s'équivaudraient mais parce que croyant être dans l'un on est dans l'autre : ça communique, comme si - hypothèse - l'objet de ce texte était le texte lui-même et l'objet qu'il constitue, qui dérive à l'intérieur d'un espace clos.
Nombre de pages
80
Date de parution
08/10/2019
Poids
190g
Largeur
150mm
Plus d'informations
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EAN
9782359630053
Titre
La gestion des espaces communs
Auteur
Quélen Dominique
Editeur
LANSKINE ED
Largeur
150
Poids
190
Date de parution
20191008
Nombre de pages
80,00 €
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La nuit. Belle leçon d'art et de beauté ! On l'inflige à un oiseau ? Comme à l'objet dont la fuite et le fin gazouillis de joie ont un son égal. Quel vol ? Quel cri est-ce ? C'est une rage qu'il faille le dire dans ce poème. L'ai-je mis en ordre ? Il est naturel d'oser des visions de choses diurnes sur des choses nocturnes. Des jours. Naturel d'oser l'ordre de dissiper l'obscurité dans chaque faille. L'oiseau a une limite. Il est enragé en vol. Le mur du son. Enorme ! Et de la nuit la fin est prévue. La voici. C'est à toi. Un oiseau ou toi avez l'opportunité de tirer la leçon alors tire-la.
Eléments de langage rassemble trois livres parus, naguère, se pare ment. Mais, par ce geste neuf qui les réunit, est mis en évidence un moment clé dans l'écriture de Quelen - et la forte cohérence de sa de marche. Son oeuvre cherche, par un concentre d'instants, de lieux, de gestes, d'évènements différents, à faire résonner, du rapport entre le corps et le monde, le "timbre secret, d'aucune langue". La douleur pour articuler l'un a l'autre est passée au crible d'un tri en vue de tenir "le moins de place possible : exercice de la pensée". Une forme se de gage alors, bien identifiable. Brève, précise. Il y a dans tous ces textes "une beauté simple et sans apprêt, une part de calcul, un mouvement dans leur immobilité". Ainsi Gérard Noiret peut écrire, dans La Quinzaine littéraire, que "Dominique Quelen a peint du premier coup une perfection qui le singularise". Stupéfiante.
Ici un art concis, précis - pourtant tout en nuances, en allusions. Paradoxe? De ces histoires, à peine effleurées (ç'aurait été: - un roman? une borgésienne marqueterie?), il ne resterait à la fin que ces bribes-là.L'auteur, méticuleux, a dégraissé, il ne reste que l'os, léger, implacable. Ainsi le lecteur est confronté à des objets parfaitement réglés dont le dessein ne pourra qu'échapper au lecteur impatient. (Il faudra revenir, chercher, tâtonner.)Dominique Quélen a le sens de l'équilibre, de la retenue -pudeur- qui l'amène à retrancher encore, pour couper (au) court quand d'autres s'épancheraient.Ici: quelques ouvertures. Mais essentielles.
Dans le précédent volume, un homme qui n'existe pas se met en route - il est déjà parti, sans qu'il y ait à sa course ni fin ni début. Il avance et il chute en un seul mouvement. Il est freiné dans sa progression, mais aussi dans son déclin, par des obstacles que peut-être il s'invente car ils n'y étaient pas jusque-là et d'ici peu n'y seront plus. D'ailleurs, tout lui est obstacle. Son corps est une maladie à explorer, bien qu'il doute si ce n'est pas plutôt l'envers de l'endroit où il se trouve. Ce sont des attaques, des menées incessantes, d'une exécution assez technique mais dont l'effet reste sensible. Parfois aussi, ils sont plusieurs. Ce qui lui arrive n'est jamais mentionné : juste qu'il va toujours se dégradant. Il connaît pourtant des instants de bonheur et de curiosité. À deux reprises, il s'écarte à la fois de son chemin et (semble-t-il) de lui-même. Ce faisant, il se poursuit dans son texte.