Ce recueil rassemble trois nouvelles. Dans Nouvel An à la mine, nous sommes à la veille duNouvel An. Une femme et sa fillette attendent le mari, le père, et se préparent pour les festivités.Mais l'homme, mineur au loin, ne viendra pas. Il doit aller au charbon, pas question de refuser, car la concurrence est âpre, nombreux sont les paysans qui attendent et préfèrent ces conditionspénibles à une vie de labeur agricole, moins lucrative.La nouvelle titrée, Cataclysme, se passe en Chine centrale dans les années 1950. Un déluges'abat sur la grande plaine, broyant tout: les barrages craquent, les eaux montent. Un petit villagemenacé doit être évacué, mais trois villageois resteront. Une jeune mère et deux volontaires, chargés de veiller sur les tours greniers qui renferment les fruits du labeur collectif.Dans Automnale, un soir, après avoir bien bu et mangé avec d'obscurs compagnons, un homme,dragueur et bon à rien, disparait. Sa femme s'inquiète et une enquête est menée. Les six jours derecherche seront l'occasion d'approcher la vie rurale des gens de peu.Ces trois récits, dignes de Dickens, décrivent un quotidien triste et souvent sordide, d'un quelquepart perdu dans les régions pauvres du centre de la Chine. Des histoires sombres comme la réalitéde la vie rurale où tout est banal, ordinaire. Il faut vivre coûte que coûte. Ces textes émouvantsfont vivre ceux dont on parle peu. Derrière ces textes-prétextes, c'est toute la Chine des bourgs,des petits boulots, de l?âpreté au gain, des mesquineries qui défile.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.
A la fin de la Révolution culturelle chinoise, un groupe d'adolescents est sélectionné à travers tout le pays pour intégrer une troupe artistique de l'Armée populaire de libération. Sa mission est d'insuffler culture et beauté au sein des régiments. Liu Feng, Hao Shuwen, Lin Dingding, He Xiaoman, Xiao Suizi et tant d'autres passent leurs journées et leurs nuits ensemble, soumis à une discipline militaire stricte et à un entraînement rigoureux. Leur jeunesse s'épanouit dans un univers clos et singulier, terreau d'histoires empreintes d'humour noir. L'autrice dépeint l'évolution de leur destin, sur plus de quarante ans, et dresse ainsi le portrait à la fois tendre et lucide d'une génération assujettie aux conditionnements politiques. "Le jour où tu m'as touchée" dissèque avec virtuosité les rapports entre l'écriture et la mémoire, plongeant ainsi les lecteurs dans la richesse de l'histoire de la Chine.
Lorsque Yan Lianke s'empare du célèbre slogan de la Révolution culturelle, c'est pour piétiner au passage les tabous les plus sacrés de l'armée, de la révolution, de la sexualité et de la bienséance politique. De quoi donner une crise d'apoplexie au ministre de la Propagande chinois, en charge de la censure. Son court roman est aussi iconoclaste que jubilatoire. Ou comment Servir le peuple devient, pour l'ordonnance d'un colonel de l'Armée populaire de libération, l'injonction de satisfaire aux besoins sexuels de la femme de son supérieur. Le mari s'étant absenté pour deux mois, les deux amants passent leurs journées cloîtrés dans la maison, où ils découvrent par hasard, en brisant une petite statue en plâtre de Mao, que ce geste sacrilège décuple leur désir. Dès lors, c'est à qui se montrera le plus "contre-révolutionnaire" en détruisant le maximum d'objets liés au Grand Timonier. Un amour fétichiste et une variation insolente de l'Histoire officielle qui ont valu au livre d'être saisi et interdit en Chine dès sa publication.
Hong Kong, 2019. Une capitale au bord du gouffre regardée par le monde entier. Alors que les manifestations contre le gouvernement font rage, une étudiante se passe de l'eyeliner devant le miroir en bavardant avec sa camarade de chambre. Leurs sujets du moment ? Nourriture, vêtements, petits boulots... réserves d'eau souillées au gaz lacrymogène et téléphones détruits lors d'altercations avec la police. Composé de dix chapitres entrecroisés autour d'une étudiante du nom de Panda, Jours de révolte brosse les espoirs, les désirs, les hésitations, la colère et l'affliction de la société hongkongaise, livrée à la violence des armes et de la politique dans une mégapole rutilante. Une fresque chorale et granulaire sur l'âme d'une ville au bord de la désintégration, qui questionne l'héroïsme dans un monde en tons de gris où les smartphones ont remplacé les idéaux. Traduit du chinois (Hong Kong) par Y. L.
Les légendes millénaires des steppes mongoles let les paysages sublimes du Nord-Ouest de la Chine ont nourri le lyrisme de la symphonie pastorale qu'est Mon beau cheval noir, au tempo musical inimitable. C'est le nom d'une vieille ballade mongole dont le héros est un cheval d'une beauté sans égale, c'est l'histoire émouvante d'un jeune homme chevauchant dans l'immense océan d'herbes à la poursuite d'un amour d'enfant, qui nous dit la violence des saisons et des larmes parmi les siens, comme s'il racontait la vie immémoriale de la steppe.