Pourquoi lui, pourquoi elle et pas moi? Telle est la question tourmentée qui résonne ici. Celle de cette passion triste, l'envie, le seul des sept péchés capitaux que nul ne serait jamais disposé à admettre. Le plus ambigu et le plus obscène. Envie, in-videre: regarder mal, regarder de travers. Que de fois n'a-t-on capté, dans le regard de l'autre, cet éclat torve et détourné, ce "mauvais oeoeil" de l'envie, qui provoque en nous un malaise inexplicable? Mais n'est-ce pas l'envieux autant que l'envié qui en est la victime? Car s'il est vrai que tout péché apporte du plaisir, le poison de l'envie génère le tourment et la souffrance de l'âme. L'envieux souffre du bénéfice, du bonheur, de la jouissance des autres, vécus comme une réduction de son être, signe de son échec ou de son infériorité. Bien nihiliste vocation alors que celle qui nous pousse à nous sacrifier nous-mêmes pour ne rien concéder à l'autre. Ou, pire, à entraîner dans notre chute les autres, tous les autres, préférant ainsi une égalité négative d'anéantissement à l'insupportable poids de la différence. Car l'envie vient de la comparaison. Elle est avant tout une passion relationnelle et relative. Si la relation et la comparaison sont constitutives de la condition humaine, sommes-nous alors inévitablement condamnés à l'envie? Certes, toute comparaison n'est pas nécessairement envieuse. Elle peut être simplement compétitive, émulative, ou même sympathique. Néanmoins le germe de l'envie est toujours aux aguets. Notamment lorsque l'homme se voit réduit à la figure de l'homo oeoeconomicus, le narcissisme postmoderne règne en maître. A la lecture de la mythologie et de la théologie, de la littérature et de la philosophie, des sciences sociales et de la psychanalyse, l'auteur poursuit cette passion triste de l'Antiquité à nos sociétés modernes, des contes de fées aux faits les plus ordinaires de notre vie quotidienne. Elle en souligne aussi toute la violence lorsqu'elle se transforme en ressentiment. Comment alors échapper au vertige de l'envie? Quelles autres passions opposer à cette passion triste?
Auteur et comédien, Jacques-Marie Boutet dit Monvel (1745-1812) fut l'une des plus grandes figures théâtrales du XVIIIe siècle français. Entré à la Comédie-Française en 1770, il y accomplit la majeure partie de sa carrière d'acteur et créa dans le jeu tragique une tradition ? qui sera suivie par Talma ? basée sur la simplicité, en « parlant » le texte, sans pour cela lui enlever de sa grandeur. Il fit redécouvrir les préceptes prônés par Molière dans l'Impromptu de Versailles: exprimer, tant par l'attitude que par le ton du discours, la vérité du personnage interprété. Doué d'une physionomie fort expressive et d'une grande sensibilité, il était, en dépit d'un physique ingrat, très apprécié des spectateurs. Auteur, il fournit régulièrement le répertoire de la Comédie-Française et celui de la Comédie-Italienne et fut représenté aux quatre coins de la France. Si, dans certaines ?uvres, il s'intégrait dans des courants à la mode plus ou moins récents (pièces de chevalerie à grand spectacle, comédies mêlées d'ariettes, proverbes, comédies larmoyantes), il sut aussi être novateur dans les idées ou la mise en scène, et apparut comme le véritable père du mélodrame. Pendant la Révolution, il milita vigoureusement en faveur des idées nouvelles et prononça des discours fort virulents de son cru. Professeur au Conservatoire, il fut également membre de l'Institut. Son influence s'étendit hors de nos frontières. Appelé en Suède par le roi Gustave III, il y fit un séjour déterminant dans le développement de la culture théâtrale du pays: non seulement il dévoila tout un répertoire français à un public qui en était friand, mais il transmit aux interprètes locaux sa tradition de jeu, dont se réclameront longtemps les acteurs de renom. Il était le père de Mlle Mars.
Manon décide de faire des études de médecine. De la première année à l'entrée dans le monde professionnel, entre la France et l'Écosse, la jeune femme se lance dans une aventure difficile et pleine de surprises qui va durer douze longues années. Manon va devoir s'accrocher à chaque étape de ce chemin riche et varié. Entre les stages et les concours, les occasions de se décourager sont nombreuses. Le système de santé, la formation, l'équilibre avec la vie privée... Rien n'est comme elle l'avait imaginé. Ce roman offre une vision sans concession du monde de la santé. Il décrit avec humour et réalisme les péripéties et mésaventures d'une jeune femme durant ses études de médecine. Une belle leçon de persévérance.
Tout en décrivant une population cachée de femmes insérées qui consomment et revendent des drogues, l'ouvrage aborde la manière dont les usagères-revendeuses jouent avec les critères des profilages policiers pour limiter les risques répressifs, et gèrent leurs usages sans recourir à des structures de prise en charge des addictions.
C'est dans le double sens de la formule "â¯Le corps à l'oeuvreâ¯" que réside l'originalité de l'ouvrage. Il s'agit aussi bien de mettre l'accent sur le fait que c'est le corps de l'écrivain ou de l'artiste qui fait effectivement oeuvre, qui est au travail dans le processus créatif, que de penser la création comme un trajet qui va du corps jusqu'à l'oeuvre réalisée, puis l'oeuvre reçue, lue, vue ou écoutée.
Cet essai examine la discrétion comprise comme vertu sociale essentielle dans une société décente: elle est étudiée non pas en tant que qualité morale individuelle, mais comme un concept social qui permet de penser les phénomènes d'invisibilité sociale choisie, et non seulement subie. La discrétion caractérise les grands esprits, qui construisent leur oeuvre dans l'ombre et le silence. Ils préfèrent la patience du penser à la fébrile agitation de l'opinion médiatique. Et si cette sagesse se transfusait un peu à tous les citoyens...
Ce n'est qu'une fois rassemblés dans leur intégralité que les neuf livres constituant le projet Homo Sacer prennent leur véritable signification. Le jeu des renvois internes, la reprise et le développement des thèmes abordés composent une vaste architecture, articulée en quatre sections. La première dresse le programme d'une mise en question de toute la tradition politique occidentale à la lumière du concept de vie nue ou de vie sacrée : Le Pouvoir souverain et la vie nue (1997) ; la seconde développe ce programme à travers une série d'enquêtes généalogiques : Etat d'exception (2003), La Guerre civile. Pour une théorie politique de la Stasis (2015), Le Sacrement du langage (2009), Le Règne et la Gloire (2008), Opus Dei (2012) ; la troisième soumet l'éthique à l'épreuve d'Auschwitz : Ce qui reste d'Auschwitz. L'archive et le témoin (1999) ; la quatrième élabore les concepts essentiels pour repenser depuis le début l'histoire de la philosophie occidentale : forme de vie, désoeuvrement, pouvoir destituant (De la très haute pauvreté, 2011, L'Usage des corps, 2015).
La deuxième conférence internationale sur le sens et l'usage du mot " communisme ", organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, s'est tenue à la Volksbühne de Berlin au mois de mars 2010.Après le succès de la conférence inaugurale de Londres, l'année précédente, il s'agissait cette fois d'ouvrir les débats à l'expérience et à la réflexion de philosophes venus d'autres régions du monde, et en particulier des pays de l'ancien bloc soviétique. Leur apport à la définition d'une idée renouvelée du communisme contribue ici de façon déterminante à ce que ce mot retrouve sa place et son aura dans les débats philosophiques qui touchent au problème de l'émancipation. " On le verra, toutes les interventions sont tendues entre deux périls. Le premier est qu'au nom de ce qu'a comporté de Terreur la figure des Etats qui s'en sont réclamé au XXe siècle, on finisse par ne réhabiliter le mot "communisme" qu'au prix d'une idéalisation totale de sa signification, éloignée de tout principe de réalité [ ... ]. Le second est qu'au nom des réalités politiques et économiques contemporaines [...], on finisse par faire du mot "communisme" l'index noble d'un opportunisme activiste ".
Les Lumières sont souvent invoquées dans l'espace public comme un combat contre l'obscurantisme, combat qu'il s'agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné. Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n'ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d'autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu'un prêt-à-penser rassurant. ?Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd'hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l'esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique post-coloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L'Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d'un mouvement qu'il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.