Le titre n'est pas une figure de style mais une méthode, un principe de vue. Pourquoi le zoom ? Parce qu'il veut dire " effet d'éloignement ou de rapprochement successifs obtenu par la variété des plans, avec une caméra dont la distance focale varie continûment " (Petit Robert, 1950). Nous sommes dans les années 1880. Le terme cinématographique " zoom ", tout contemporain qu'il est, permet aussi de parler de cette époque qui connaît une façon particulière de regarder. Les hommes ajustent leur lorgnon, fixent leur pince-nez, les femmes regardent à travers leurs faces-à-main. Le mouvement de porter à ses yeux lorgnons, pince-nez, faces-à-main pour mieux voir, le va-et-vient de la main pour accommoder le regard sur le plan éloigné miment l'effet zoom. Véritable zoom au spectacle où tout le monde braque ses jumelles. J'utiliserai un vocabulaire optique et cinématographique pour montrer la société fin-de-siècle sous différents angles de vue (plans panoramique, général, gros plans, détails, inserts). Certaines illustrations du livre nous montreront ce moment particulier d'être dans l'action de " zoomer ". Et à nous d'imaginer. Zoom sur les Décadents brosse le tableau d'une société en crise gnoséologique et examine les moyens employés pour la définir, l'analyser et la surmonter. Les illustrations ne sont pas là simplement pour illustrer mon propos mais elles montrent en une image, en un moment précis, en un mouvement, en un mot le zoom lui-même qui structure mon livre. Les enthousiastes de complétude et les partisans d'objectivité rejetteront sans doute la vision pessimiste du dix-neuvième siècle finissant. Je les renvoie aux travaux de Raymond Williams qui élabore le modèle pluriel de la culture : à chaque moment de l'histoire, la culture résiduelle et la culture émergeante coïncident avec la culture dominante. Essor, règne, déclin des tendances variées, voilà de quoi est faite la dynamique culturelle d'une société... Mon tableau ne prétend pas refléter la réalité complexe de l'époque, il donne à voir simplement ce que ressent une partie importante de la population. (J.P.)
Les rapports entre la bouche et le sexe excitent l?imaginaire de l?homme. Depuis la nuit des temps, des écrivains nous montrent le corps comme siège de besoins et d?appétits. Ripailles, beuveries, douleurs stomacales, matières scatologiques, accouplements plus ou moins cocasses, les classiques s?en donnent à coeur joie : Aristophane, Plaute, Pétrone, Boccace, le Pogge, l?Arétin, Noël du Fail, Brantôme, Rabelais... Et pourtant, un jour, ce lien entre les corps et les livres se dissimule en coulisses. La raison ? L?anthropologue Norbert Elias signale le lent, mais inexorable, " processus de civilisation " enclenché à la fin du Moyen Âge. Les besoins naturels et les désirs charnels se voient peu à peu relégués aux oubliettes de l?art avec un A majuscule, seul jugé digne du roi Soleil et de Versailles. Refoulé des lettres de la cour royale, le corps refait véritablement surface dans d?innombrables nouvelles et romans du dix-neuvième siècle. Sa réapparition dans la " Grande Littérature " coïncide avec l?essor des sciences du vivant : " La vie est l?ensemble des fonctions qui résistent à la mort ", écrit, en 1800, Xavier Bichat. Par ambition scientifique et riches de cet enseignement, les écrivains s?emploient à conter les aventures du corps masculin dans le rapport entre nutrition et reproduction. Quand la machine virile fonctionne sans accroc, elle n?intéresse pas grand monde mais quand elle grippe ? elle inspire écrivains grands et petits. Chez les grands, la physiologie se greffe sur d?autres motifs, s?imbriquant dans d?autres mécanismes de la narration (ex. l?argent, l?ambition, la vie mondaine, pour Balzac ; les luttes économique, sociale et politique pour Zola). Chez les petits, l?inspiration physiologique est souvent centrale et donc plus évidente : Champfleury, Erckmann-Chatrian, Lucien Descaves et bien d?autres mettent en scène des corps masculins dont la balance bouche/sexe est à jamais, ou momentanément, déséquilibrée : hommes d?Église chastes, célibataires endurcis, veufs inconsolables, soldats enfermés dans des casernes? Un examen d?auteurs connus, peu lus ou ignorés du grand public permet d?établir, dans le sillage des études structurales du récit, un répertoire des combinaisons narratives qu?ont su inventer et agencer des écrivains de tendances, mouvements, groupes ou écoles divers. Et nous offre une grille de lecture pour cette nouvelle littérature du dix-neuvième siècle qui, stimulée par l?exemple des sciences naturelles, se met à explorer l?existence corporelle de l?homme.
« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n'avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n'est pas une chute, car nous avons la certitude de l'élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l'élasticité. Il a aussi l'impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)
« Si le regard des choses est un peu doux, un peu grave, un peu pensif, c'est un regard de l'eau. L'examen de l'imagination nous conduit à ce paradoxe : dans l'imagination de la vision généralisée, l'eau joue un rôle inattendu. L??il véritable de la terre, c'est l'eau. Dans nos yeux, c'est l'eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas ?cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes? ? Dans la nature, c'est encore l'eau qui voit, c'est encore l'eau qui rêve. » (Gaston Bachelard)
Chaque grand écrivain, disait Marcel Proust, écrit dans une langue étrangère. Dans la postérité du Texte inconnu (Editions de Minuit, 1948) et de L'Observance du Même, (Puyraimond, 1978), Michel Fardoulis-Lagrange poursuit avec L'Inachèvement, une expérience de la factualité ontologique du Logos menant à l'évidence sensible autant qu'à l'abstraction, au sens kandinskien. Il y a dans cette oeuvre en suspens indéfini, ouverte à maint éclairage ainsi qu'aux ombres de l'élucidation, un enjeu insondable : quand le Neutre, signe troué de l'être, appelle l'effacement de la lumière du grand midi à travers les hauts faits de l'apparence en son clair-obscur légendaire. Hubert Haddad.
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.
Lorsque à la fin des années 1920, André Malraux fit irruption sur la scène littéraire, il imposa d'emblée un ton, un style, un personnage. En lui, l'action et la littérature, la politique et la morale semblaient se réconcilier. Doué du génie de la séduction et de l'autopromotion, l'auteur des Conquérants puis de La Condition humaine voulait marquer ce monde de " cicatrices ". Restent aujourd'hui ses livres, que l'on peut apprécier en oubliant l'homme, mais on se prive alors de leur personnage principal. " Ma vie ne m'intéresse pas ", disait-il. De fait, seule sa vie l'intéressait. Il la conçut comme une ?uvre, et peut-être a-t-elle été son meilleur roman. S'appuyant sur des témoignages et des documents souvent inédits, des archives publiques et privées inexploitées, Olivier Todd démêle réalités vécues et imaginées, dévoilant un homme qui n'a passionnément agi que pour écrire, un écrivain qui doutait de lui-même, un personnage sans méchanceté ni mesquinerie, dont les métamorphoses et la mythomanie ont nourri une légende.
Bergez Daniel - Lauvergnat-Gagnière Christiane - P
Voici un panorama détaillé de la littérature française, du Moyen Age à nos jours. Dates clés, biographies, citations, résumés et commentaires organisés des grandes oeuvres : ce précis rassemble l'essentiel des connaissances nécessaires sur les auteurs, les oeuvres et les grands courants. Chaque période de l'histoire littéraire fait l'objet d'une présentation en contexte, historique comme idéologique, à travers l'évolution des formes et des genres ; des notices séparées sont consacrées aux mouvements littéraires majeurs. Du Roman de la Rose aux littératures francophones en passant par le romantisme, la critique au XIXe siècle ou le surréalisme, plus de cent entrées font de ce précis un passionnant guide de lecture pour comprendre les évolutions profondes de la littérature française. Avec Christiane Lauvergnat-Gagnière, Anne Paupert, Yves Stalloni et Gilles Vannier.
Le roi Salomon suppliait l'Eternel de lui accorder un coeur intelligent. Au sortir d'un siècle ravagé par les méfaits conjoints de la bureaucratie, c'est-à-dire d'une intelligence purement fonctionnelle, et de l'idéologie, c'est-à-dire d'une senti-mentalité binaire indifférente à la singularité des destins individuels, à quelle instance adresser cette prière? Ce livre répond: à la littérature. Me fiant à mon émotion, j'ai choisi neuf titres:"La Plaisanterie"de Milan Kundera,"Tout passe"de Vassili Grossman,"Histoire d'un Allemand"de Sebastian Haffner,"Le Premier Homme"d'Albert Camus,"La Tache"de Philip Roth,"Lord Jim"de Joseph Conrad,"Les Carnets du sous-sol"de Fédor Dostoïevski,"Washington Square"de Henry James et"Le Festin de Babette"de Karen Blixen. Et je me suis efforcé de mettre dans mes lectures tout le sérieux, toute l'attention que requiert le déchiffrement des énigmes du monde". Alain Finkielkraut.
Faerber Johan ; Rauline Laurence ; Oddo Nancy ; Co
Le récit de l'histoire de la littérature française, du Moyen Age à nos jours : Une vision d'ensemble claire et cohérente de l'histoire de la littérature française à travers les auteurs majeurs et les oeuvres fondatrices. Au fil des doubles pages, la présentation vivante de chaque oeuvre, de sa genèse et de sa réception, et des encadrés mettant en lumière le contexte culturel. Un voyage à travers les époques et les genres avec des frises chronologiques, des repères biographiques et des dossiers sur les grands mouvements littéraires.