La dynastie des Romanov n'a pas été anéantie par le massacre du tsar et de la famille impériale en 1918. Après avoir échappé à la révolution, les membres de la famille cadette et rivale de Nicolas II émigrent en France et font tout pour reconquérir le trône. Le chef de cette branche des Wladimirovitch, le Grand-Duc Cyrille, cousin du tsar et premier Romanov à faire allégeance au nouveau pouvoir en février 1917, rallie autour de lui une partie de l'importante émigration blanche et s'autoproclame en 1924 empereur de Russie. Installé en 1925 avec sa famille à Saint-Briac-sur-Mer, il dirige depuis ce petit village breton l'activité de ses partisans en France et dans le monde, rêvant de restaurer le tsarisme en Russie. Un combat perdu d'avance, l'émigration russe étant très largement pénétrée et manipulée par les services secrets soviétiques... Après son décès, son fils le Grand-Duc Vladimir appelle en juin 1941 les Russes blancs à se joindre à la "croisade" contre l'Union soviétique qui vient d'être attaquée par les Allemands, et tente en vain de négocier avec le Reich. Après la Libération, il se réfugie chez Franco et demeure interdit de territoire français jusqu'en 1956 pour "activité proallemande durant l'Occupation". Il foule le sol russe pour la première fois en 1991, au moment où la Russie se désagrège, et meurt l'année suivante, alors que Boris Eltsine envisage de le placer sur le trône d'un pays en plein désarroi. Fort de témoignages d'époque et de nombreuses sources françaises, anglaises, américaines et russes - dont certaines n'ont été déclassifiées que récemment -, l'auteur retrace avec brio l'histoire de la Russie depuis le xix° siècle, décrit les diverses branches des Romanov, retrace leur exil, leur vie quotidienne - à Paris, en Bretagne, sur la Riviera -, les violentes rivalités au sein de l'émigration, et brosse un portrait saisissant du Grand-Duc Vladimir, né en exil, envisagé par les Allemands avant-guerre comme potentiel "tsar d'Ukraine" et promoteur d'une "croisade" aux côtés des nazis contre les bolcheviks. Une histoire passionnante, tragique et romanesque, brillamment racontée par Boris Prassoloff, petit-fils d'un colonel de la garde du tsar et fils de Russes blancs émigrés en 1917.
Une histoire du pouvoir à travers ses plus illustres cérémonies. " Cette cérémonie toujours la même et pourtant si diverse par l'histoire, les temps, les idées, les moeurs, les usages et les coutumes ". (Chateaubriand) En 2023, plus de deux milliards de personnes ont assisté en direct au sacre de Charles III dans l'abbaye de Westminster, ce rituel venu du fond des âges et continuant de passionner les foules du monde entier. Depuis des siècles, de nombreux ouvrages se sont interrogés sur ces cérémonies majeures où un nouveau monarque reçoit l'onction de l'huile sainte en même temps que la couronne. Le sacre des rois de France à Reims compte parmi les plus célèbres, Marc Bloch ayant notamment montré comment la tradition capétienne avait inspiré par la suite les monarques anglais. Cet ouvrage collectif poursuit précisément la même ambition, et vise à étudier les sacres européens comme une tradition politique, en revenant sur des cérémonies marquantes, des usages disparus ou au contraire toujours vivaces. En dix-sept chapitres enlevés sont ainsi évoqués les sacres des rois de France au Moyen Age et à la Renaissance, ceux des empereurs carolingiens et ottoniens, des rois de Suède, des empereurs romains germaniques, des tsars de Russie et bien entendu des rois d'Angleterre. De manière plus ciblée, l'ouvrage revient sur des cas particuliers, comme Charles VII, Henri IV, Marie de Médicis, Louis XIV, Napoléon et Charles X, avant d'évoquer l'invention de rites de substitution qui forment la mémoire posthume des sacres. A travers ce lien puissant entre le politique et le sacré, l'ouvrage souligne ainsi de manière frappante le besoin de ritualisation inhérent à tout pouvoir, car il est au fondement même de la perpétuelle quête de légitimité des dirigeants. Sous la plume experte d'un collectif d'auteurs associant figures montantes de l'histoire et personnalités reconnues (Jean-Christian Petitfils, Philip Mansel, Maxence Hermant, Gérard Sabatier, Nicolas Dujin, Thierry Lentz), ce Grand livre des sacres offrira la première synthèse accessible au grand public, prenant en compte les avancées les plus récentes de la recherche tout en s'appuyant sur un corpus considérable de témoignages et d'archives inédites.
Le grand spécialiste français du nazisme Johann Chapoutot décortique précisément mais avec beaucoup de clarté la politique allemande des années 1930 à 1933, moment de bascule de la république de Weimar où l’on assiste à l’agonie d’une démocratie parlementaire sombrant dans un présidentialisme de plus en plus autoritaire. Et pourtant, rien n'était joué à l'avance. L’historien se fait ici également essayiste en traçant des parallèles avec la situation politique française actuelle. C’est à la fois brillant, lucide et inquiétant.
Ce livre part d'un canular et choisit de le prendre au sérieux. En mars 1929, une lettre parvient à la Chambre des députés. Elle décrit le sort d'un peuple lointain, les Poldèves, victimes d'esclavage, de supplices et de famine, et appelle les élus français à intervenir. Plusieurs députés de gauche, au nom de la justice et de l'humanité, relayent l'alerte. Un mois plus tard, la supercherie est révélée : les Poldèves n'existent pas. Ils ont été inventés par l'Action française pour tourner en dérision les engagements humanitaires de leurs adversaires politiques. En revenant sur cet épisode oublié, le livre interroge moins la naïveté de ceux qui se sont laissé prendre que les ressorts politiques d'un scandale fabriqué par l'extrême droite — et ce qu'il dit, hier comme aujourd'hui, du faux et de ses usages en politique.
1923. Frederick Cook est derrière les barreaux. L'homme que l'Amérique encensait hier est condamné pour escroquerie. Pourtant, il avait tout d'un héros. Issu d'une famille d'immigrés, il s'est fait à force d'audace et de persévérance. Cet enfant des montagnes devenu laitier, médecin, puis explorateur a su tracer son chemin d'aventurier du Groenland à l'Antarctique, jusqu'aux plus hauts sommets de l'Alaska. Il ne manquait qu'un exploit à son palmarès : le pôle Nord. Gérard Guerrier redonne vie à Frederick Cook tout en explorant les frontières incertaines entre mensonge et vérité, héroïsme et imposture.