Philosophie N° 88, Hiver 2005 : Le témoignage. Perspectives analytiques, bibliques et ontologiques
Pouivet Roger ; Chauvier Stéphane ; Engel Pascal ;
MINUIT
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EAN :9782707319487
Ce numéro, consacré au thème du témoignage, se découpe en deux volets relevant de deux traditions de pensée fort distinctes. Adoptant une perspective analytique, le premier versant est centré sur la question de la validité épistémique de la connaissance testimoniale. Un témoignage étant un contenu d'information transmis d'un sujet à un autre par quelque médiation, la théorie classique examine sa validité au même titre que celle d'une croyance quelconque, s'interrogeant sur les preuves qui en étayent la fiabilité. Selon la conception réductionniste de Hume, la fiabilité d'un témoignage repose sur la possibilité de régresser le long de la chaîne des transmissions jusqu'à une source d'expérience directe à laquelle elle emprunte sa validité ; selon la conception fiabiliste de Reid, les témoignages sont en général corrects, et fondés sur des mécanismes fiables dont nous sommes pourvus par nature. R. Pouivet analyse le principe de crédulité de Reid - selon lequel nous sommes disposés à croire nos semblables - pour en interroger les fondements, qui se trouveraient dans les vertus intellectuelles des personnes auxquelles nous accordons créance. S'interrogeant sur les conditions de transmissibilité d'un contenu de savoir, S. Chauvier distingue la connaissance testimoniale, parasitée par la foi, de la connaissance par ouï-dire, qui permet davantage d'évaluer la validité épistémique de sa source. G. Origgi éclaire la question par l'épistémologie sociale - qui décrit l'influence des structures sociales de la transmission des savoirs sur leur diffusion intersubjective, et précise les conditions de légitimité de la créance accordée à autrui -, montrant comment une " confiance primitive " précède toute croyance et toute connaissance. Enfin, P. Engel relativise l'opposition entre la conception humienne et les conceptions fiabilistes, en arguant que la confiance accordée aux témoins repose en général sur la confirmation des données dont ils disposent. Si ces analyses entendent le témoignage comme connaissance et privilégient la figure du sujet récepteur, les suivantes partent de la signification néo-testamentaire du témoignage qui, centrée sur la nature de l'objet du témoignage, comprend le témoin à partir de celui-ci et, privilégiant la figure du témoin par rapport à celle du récepteur, ne réduit pas le premier au seul sujet connaissant et n'envisage pas le témoignage comme une connaissance problématique. Il s'agit moins de savoir pourquoi un témoignage est valable, que de savoir de quoi il peut y avoir témoignage et ce qu'implique l'acte de témoigner pour l'existence du témoin. A la demande de la rédaction, J.-L. Chrétien a dégagé quelques propositions fondamentales sur le concept chrétien de témoignage, partant de l'accusation adressée au Christ - selon laquelle il ne fait que se rendre témoignage à lui-même - pour montrer en quoi cette auto-attestation ne souffre d'aucun cercle vicieux, mais implique l'infériorité foncière du témoin vis-à-vis de ce dont il témoigne, la structure trinitaire et générative du témoignage et la possibilité de renaissance spirituelle. Prolongeant ces analyses à partir de Hegel, Nabert, Levinas et Husserl, J.-L. Vieillard-Baron, S. Robilliard, R. Calin et E. Housset interrogent le rapport entre finitude de l'homme et infinité de l'objet testimonial, montrant comment c'est précisément l'ouverture de l'homme à cette infinité qui ouvre à une nouvelle compréhension de son essence. D.P.
Nombre de pages
160
Date de parution
12/01/2006
Poids
184g
Largeur
134mm
Plus d'informations
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EAN
9782707319487
Titre
Philosophie N° 88, Hiver 2005 : Le témoignage. Perspectives analytiques, bibliques et ontologiques
Auteur
Pouivet Roger ; Chauvier Stéphane ; Engel Pascal ;
Editeur
MINUIT
Largeur
134
Poids
184
Date de parution
20060112
Nombre de pages
160,00 €
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Ce livre comprend deux parties, l'une est métaphysique et épistémologique, l'autre est esthétique. La première expose les thèses du réalisme métaphysique (il existe un monde indépendant de nous) et du réalisme épistémologique (nous pouvons connaître les choses telles qu'elles sont). La seconde partie défend l'idée que les propriétés esthétiques des choses sont réelles (le réalisme esthétique) et que nous sommes capables des les attribuer correctement (le cognitivisme esthétique). Il s'agit dans la première partie de présenter un cadre général dans lequel les affirmations de la seconde sont défendues, le projet du livre étant de défendre les réalismes métaphysique, épistémologique et esthétique.
La musique rock accompagne quotidiennement un grand nombre dentre nous. En voiture, dans le métro, en travaillant, pour nous délasser, danser, dîner agréablement, etc., nous passons un CD, mettons les écouteurs d'un ipod dans nos oreilles, cliquons sur un fichier mp3. Comment cette ubiquité de la musique est-elle possible? Parce qu'on a su exploiter les possibilités de l'enregistrement et produire des oeuvres musicales par des techniques du studio, et non plus en les composant. Mais la plupart des philosophes de l'art abordent le rock comme un phénomène artistique et social; ou ils le méprisent, échouant ainsi à comprendre l'une des nouveautés les plus fondamentales de la musique du XXe siècle. Une philosophie du rock est nécessaire pour comprendre la nature du rock: ni stylistique ni sociale, mais ontologique. Seule une métaphysique des choses ordinaires permet de comprendre pourquoi le rock a modifié le mode d'existence des oeuvres musicales et notre vie musicale.
Parmi la diversité et le foisonnement des tendances, écoles et courants philosophiques contemporains, comment s'y retrouver ? Comment mettre en évidence les présupposés méthodologiques de chaque théorie philosophique ?Ce livre est un manuel de survie dans la jungle de la philosophie contemporaine. Il en saisit les enjeux en adoptant une perspective internationale, à partir de la distinction fondamentale entre philosophie analytique et philosophie continentale, et permettra à chaque étudiant d'en comprendre les clivages décisifs et les enjeux essentiels. Après avoir fixé les termes et les enjeux de cette distinction fondamentale, le livre examine comment, dans la philosophie contemporaine, un clivage tout aussi fondamental est apparu au sujet de la relation entre la philosophie et l'histoire de la philosophie. D'autres problèmes centraux dans la philosophie contemporaine sont décrits et discutés : le rôle de la logique, la question du réalisme et de l'antiréalisme, le statut de la connaissance et de la réflexion sur la connaissance, la relation entre l'esprit et le corps.
Il est devenu inhabituel dans la philosophie moderne et contemporaine plus encore de faire appel à Dieu, à la nature humaine créée, à l'âme, à la finalité de toutes choses, et à celle de l'homme en particulier. C'est pourtant ce que tente ce livre : une métaphysique de l'art et de la vie esthétique dans une tradition réaliste et religieuse. Parmi les choses qui existent fondamentalement se trouvent les uvres d'art, même si leur existence dépend de nous, être humains. Il y a de l'art parce qu'il y a des êtres tels que nous sommes, des animaux rationnels. Les êtres humains peuvent, en étant intellectuellement et moralement vertueux, réaliser excellemment leur nature, c'est-à-dire leur rationalité. L'art et la vie esthétique sont des produits de cette nature rationnelle. Les uvres d'art sont des substances artefactuelles qui fonctionnent esthétiquement. L'art n'est donc pas réductible aux pratiques artistiques ; la vie esthétique ne se confond pas avec une sorte d'expérience. Art et vie esthétiques sont un aspect de la réalisation par l'homme de la rationalité. Et par son âme rationnelle, l'homme participe, autant qu'il est possible, à l'esprit le plus élevé, celui de Dieu, duquel dépendent toutes choses. L'art et la vie esthétique sont ainsi des formes du désir naturel de Dieu ? c'est la thèse que ce livre entend défendre.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.