Critique N° 768, Mai 2011 : Terrorisme et globalisation
Poirier Jean-Louis ; Kastoryano Riva ; Jaffrelot C
MINUIT
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EAN :9782707321787
« La petite guerre » imaginée par Clausewitz suscite l?effroi : guerre qui échappe aux Etats ; guerre de partisans où les terroristes, ces lointains héritiers des nihilistes russes dont la mort n?est pas « le maître absolu », méconnaissant la mort, ne reculent pas devant l?extrême violence. Le terrorisme relève en cela d?« une région originaire et obscure », comme le rappelle Jean-Louis Poirier à propos d?un récent ouvrage d?Hélène L?Heuillet : quelque chose en lui reste « incompréhensible ». L?analyse des formes contemporaines du terrorisme n?en est pas moins devenue, dans le sillage du 11 septembre, un champ d?études à part entière et son aspect le plus débattu, aujourd?hui, réside sans doute dans l?ambiguïté de son fonctionnement, entre territorialisation et transnationalité : c?est le paradoxe exploré dans notre dossier par Riva Kastoryano. Mais le terrorisme, qui apparaît souvent solitaire et toujours clandestin, peut aussi être le fidèle allié d?un État. Ainsi du Pakistan qui, à travers des actions spectaculaires et meurtrières comme l?attaque commise à Mumbai en novembre 2008, entend « saigner l?Inde ». Christophe Jaffrelot examine ici le cas singulier du groupe responsable de ces attentats, le Lashkar-e-Taiba. Il y a un autre effet « global » de l?extrême violence terroriste, qui est de pousser les Etats à adopter, en retour, des politiques sécuritaires et à instaurer des régimes d?exception qui bafouent les libertés, portant du même coup atteinte à l?universalisme des normes juridiques internationales. Le terrorisme s?invite ainsi dans le débat juridique : on en trouvera l?écho dans l?entretien que Mireille Delmas-Marty nous a accordé, au moment où paraît Vers une communauté de valeurs, quatrième et dernier volet de son vaste polyptique de théorie du droit.
Nombre de pages
90
Date de parution
05/05/2011
Poids
113g
Largeur
134mm
Plus d'informations
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EAN
9782707321787
Titre
Critique N° 768, Mai 2011 : Terrorisme et globalisation
Auteur
Poirier Jean-Louis ; Kastoryano Riva ; Jaffrelot C
Editeur
MINUIT
Largeur
134
Poids
113
Date de parution
20110505
Nombre de pages
90,00 €
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Paradis de l'esprit humain", selon le mot de Hegel, la pensée antique ne cesse de nous apprendre à philosopher. Ce livre devrait donner une idée de ce qu'aucun livre, aucune bibliothèque ne peuvent enfermer ! Et d'abord la beauté même, et la grandeur d'un classicisme libre : ce miracle qui affleure dans tant de pages de Platon ou de Cicéron, dans l'énergie de Lucrèce, dans la lucidité de Sénèque. Mais une bibliothèque idéale des philosophes antiques ne pouvait pas non plus laisser de côté cette autre façon quelque peu décalée dont la philosophie antique elle-même se met en question, en se réfléchissant ou en s'ouvrant au monde oriental : on lira, on découvrira, Plutarque, Porphyre, Origène, Philon, Hermès Trismégiste et tant d'autres joyaux de l'esprit humain d'une actualité constante et d'une profondeur qui ne cesse de donner à penser.
Une année à la découverte des philosophes et des grandes écoles philosophiques de l'Antiquité : atomisme, stoïcisme, épicurisme, néoplatonisme, gnose... Un agenda non seulement destiné à lister la liste des choses à faire, mais aussi - pourquoi pas ? - celle des choses à examiner ou à repenser. Au fil des pages, retrouver autant d'occasions de penser, de désirer, de se surprendre soi-même... guidés par Jean-Louis Poirier.
Trésor pour l'éternité, la mythologie des Grecs et des Romains nous appartient. Ces récits venus de la nuit des temps vivent dans nos songes, animent notre for intérieur. Les lectures ne cessent de s'ajouter aux lectures, les critiques aux explications, les déconstructions aux déconstructions. Nous ne cessons de recevoir et de nous approprier cette mythologie et toujours de nous demander quelle est sa signification profonde, elle qui nous touche, nous trouble et nous émeut intimement. Grecs et Romains se posaient la même question. Poètes, écrivains, artistes, historiens, philosophes, théologiens de l'Antiquité nous ont laissé des ouvrages - toujours puissants et lumineux - qui ne cessent de grossir une marée montante de savoirs, de réflexions, d'idées, d'interprétations aussi géniales que singulières, aussi étonnantes que convaincantes, fulgurantes et pourtant tant de fois méconnues. Ce livre leur donne la parole et fait partager le bonheur d'une découverte au fond infinie. Sans rien concéder au vertige de la distance ethnologique, il montre que les récits mythiques de l'Antiquité s'accommodent d'une proximité aujourd'hui oubliée, peut-être perdue, mais possible, et merveilleuse.
A côté des plus grands philosophes, bien connus, mais dont on lira des pages inattendues, sauvées de l'oubli ou du contre-sens, ce sont d'innombrables pépites, enfouies, écartées, condamnées, la foule des obscurs ou des oubliés, qui surgissent dans ces pages. Reviennent ainsi à la lumière des oeuvres étonnantes, mais laissées de côté par la police de la pensée ou les aléas de la transmission : si l'on sait que Montaigne a dénoncé les crimes commis au Nouveau Monde, se souvient-on des analyses glaçantes de Gabriel Naudé au sujet de la Saint-Barthélemy ? Connaît-on exactement ce que la Révolution française doit à tant de philosophes ? Se souvient-on d'Adrien Duport, a-t-on lu de près l'Abbé Grégoire ? Sait-on bien que les philosophes français - et parmi eux, combien de femmes, géniales ? - sont pour quelque chose dans l'abolition de l'esclavage, de la peine de mort, les droits des femmes, l'émancipation des juifs ? Et la liste n'est pas close. Ce sont ces possibles lacunes de notre mémoire que ces extraits voudraient réparer.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.