LE LIVRE Tbilissi, Géorgie, 9 avril, jour de commémoration nationale. C'est l'anniversaire de mariage entre Guéna, d'origine arménienne, et l'Azérie Mila, qui, follement amoureux, se sont mariés il y a vingt ans. C'est aussi l'anniversaire de Mila, même si tous semblent l'avoir oublié tant ils sont obnubilés par leurs soucis. Guéna essaie de surmonter une nouvelle journée dans sa vie ratée. Mila, qui ne lui fait plus confiance, tente de planifier un avenir sans lui. Zéma, leur fille, qui travaille pour la police, a décidé que la vengeance était le seul but qu'elle se fixait dans la vie. Le fils, Lazaré, déteste les riches et se sent des idéaux socialistes. Il rêve de devenir un rappeur célèbre tout en étant livreur. Tous doivent survivre à cette journée, qui convoque les conflits, les drames et les espoirs ainsi que les démons et les fantômes du passé, dans Tbilissi où ils ont cru pouvoir bâtir une vie meilleure mais où ils se heurtent à l'histoire soviétique, gangrénée par la corruption, la violence et les magouilles politiques, et où ils sont déçus par l'Occident dont ils ont tant rêvé. D'une rare actualité, Le Bunker de Tbilissi d'Iva Pezuashvili est un roman explosif, au ton rageur, cynique et déjanté, sur la période post-soviétique où les liens intrinsèques avec la Russie sont, comme en Ukraine, extrêmement complexes et privent la Géorgie d'un avenir serein alors qu'elle se trouve aux portes de l'Europe.
Au milieu des années 1970, Claire a neuf ans, un père âgé et malade, qui fut architecte à Vichy sous Pétain. Dans ses rêves aux allures de cauchemars, elle doit choisir entre l'amour mysti ? cateur de son père et sa fascination précoce pour Carlos, le terroriste Ilich Ramirez Sanchez, bras armé de la cause palestinienne, alors ennemi public numéro un. A l'âge adulte, elle fait la rencontre de Maksim. Enfant de la guerre du Liban, il a lutté à l'adolescence contre l'occupation israélienne après avoir fait l'apprentissage des armes en tant qu'enfant-soldat auprès de Carlos. Cette passion amoureuse et la confrontation de leurs mémoires respectives ravivent le sombre héritage paternel nourri d'antisémitisme. Avec A la droite du père, Marie Bardet nous livre un récit implacable, qui éclaire d'un jour oblique les dérives extrémistes des années de plomb. Dans ce roman en partie autobiographique, Marie Bardet arrache à l'histoire personnelle autant que collective une part d'impensé, de non-dit, qui participe de notre réalité insoluble. A la droite du père est aussi un bel hommage à la littérature, porté par l'intensité de l'écriture. Marie Bardet est journaliste et écrivain. A la droite du père est son premier roman. Après une carrière dans la presse et l'audiovisuel, elle part cultiver la vigne en Corbières, dans l'Aude. Jurée du prix des Vendanges littéraires de Rivesaltes, elle s'investit dans l'écriture depuis dix ans. Redevenue citadine, elle travaille dans l'ingénierie culturelle à Carcassonne et vit désormais à Narbonne.
Fatma est fille d'immigrés, un héritage qu'elle a rejeté en fuyant la France pour les Etats-Unis. Vingt ans après, elle retrouve les siens, au moment de l'attentat contre Charlie Hebdo. Ils vivent dans leur HLM de toujours. Pour ne pas se laisser entraîner dans l'hystérie collective, Fatma joue avec les mots. Mais le récit n'interroge pas seulement l'absurde, il sonde la relation à l'identité, la question du vivre ensemble. Que signifie être français(e) ? Quelle expérience partager, d'une génération à l'autre, d'une langue à l'autre ? Avec La Langue de personne, Sema Kiliçkaya questionne avec humour et tendresse les origines de ce malaise.
Dmyrn, le frère de la secrète Ilnah, vient d'être assassiné. Ce crime inexpliqué sème le trouble et la peur dans la vallée de l'Onk. C'est alors qu'arrive Erraink, un jeune ingénieur envoyé par le royaume d'Harraiem pour irriguer ces terres lointaines de l'île Sélébie. Entre mythes et légendes, il découvre un monde étrange, sur lequel veillent depuis toujours les Patriarches et dont l'existence semble menacée. Qui a commis ce crime, auquel succèdent d'autres attaques abominables ? Pourquoi ? A qui peut-on faire confiance ...
Le coeur brisé, Liam a quitté son Irlande natale. C'est au Cap-Vert qu'il s'est réfugié, et qu'il tente de se reconstruire en donnant des cours de kitesurf aux touristes et de natation aux enfants de l'île, tout en s'abandonnant dans les bras d'une jeune Polonaise, attentive et sensuelle. Il retrouve ainsi une certaine harmonie, jusqu'au jour où... lors d'une compétition sportive, une adolescente disparaît. Liam redevient alors l'étranger, celui par la faute de qui le drame est arrivé. Tout se fait hostile. Saura-t-il réparer ce qui s'est brisé ? 200 mètres nage libre est une évocation des difficultés de l'intégration et du clivage entre deux mondes. Lapidaire et sensible, ce texte ne laissera personne indifférent.
Originaire de Kinshasa, Alia a cinq ans quand elle arrive à Bruxelles. La ville lui est étrangère, les enfants avec qui elle joue sont blancs. Son père l'initie à la boxe, qui devient pour elle le moyen de réprimer sa colère contre un monde hostile. Se cherchant une nouvelle famille, Alia finit par entrer dans la police. Elle devra alors sans répit prouver sa légitimité. Pour s'intégrer, jusqu'où sera-t-elle prête à aller ? Avec ce roman puissant et attachant, porté par de magnifiques voix de femmes, Grazyna Plebanek nous parle de la spirale de la violence, dans l'univers familial et face aux dangers portés par l'Histoire. Elle dresse ainsi un authentique portrait de l'immigration.
La Guerre et la Paix est une oeuvre mythique de la littérature russe et universelle, une vaste fresque historique et familiale, modèle de ce que seront les grandes sagas du XXe siècle. Sur le fond des grands événements du début du XIXe ? la campagne de 1805-1806 avec Austerlitz et celle de 1812-1813 avec Borodino et l'incendie de Moscou ? s'inscrivent les chroniques de deux familles appartenant à la noblesse russe, les Bolkonski et les Rostov. Des chroniques faites d'amour et de haine, d'interrogations sur la vie et la politique, traversées par les passions et les doutes.Traduite pour la première fois en français, cette version originelle de La Guerre et la Paix ? il y eut plusieurs éditions souvent différentes du vivant de l'auteur ? se fonde sur l'édition publiée dans « L'héritage littéraire » par l'Académie des Sciences de l'URSS. Elle permet aux initiés de mieux connaître les systèmes de pensée et de création artistique de Tolstoï. Par ailleurs, les réflexions philosophiques allégées, le rythme rapide, l'action resserrée, propres à tenir le lecteur en haleine, sans rien ôter à la richesse littéraire, devraient renouveler l'intérêt pour ce chef-d'oeuvre.
Ignorée en Europe, l??uvre du feuilletoniste, nouvelliste, dramaturge et homme de presse Jelil Memmedguluzadeh (1866-1932) a inspiré, depuis le début du XXe siècle, des générations d'écrivains et d'intellectuels du Caucase et alentour. Son journal satirique illustré Molla Nasreddin, imprimé à Tiflis (actuelle Tbilissi) à partir de 1907, fut lu dans tous les suds de l'Empire russe, ainsi que dans l'Empire ottoman et la Perse des Qadjar. Nourries aux sources du conte persan et türk, inspirées par Tchekhov et Andreïev, les nouvelles que Memmedguluzadeh y fit paraître sous divers pseudonymes dressent le portrait ironique et tendre d'une société coloniale exposées à toutes formes de violence. Illustrées par les vignettes du graphiste orientaliste géorgien Oscar Schmerling (1863-1938), elles moquent le conservatisme d'une société agraire et commerçante, pointent les ressorts des sanglantes confrontations entre Azerbaïdjanais et Arméniens, tout en esquissant les voies d'une réforme et d'une modernisation sociales et politiques ? avec un intérêt particulier pour le sort fait aux femmes.
Prisonnier depuis huit ans dans un camp de travaux forcés en Asie centrale sous le régime stalinien, Ivan Denissovitch Choukhov, petit homme bon et débrouillard, est un zek, un détenu dans le langage administratif soviétique. Harcelé par ses bourreaux, le froid et la faim, il s'efforce de survivre avec dignité. Alexandre Soljenitsyne nous plonge dans le quotidien d'une victime des camps de travail, et c'est toute l'horreur de cet univers " hors la vie " qui nous saute au visage.En 1962, avec ce texte inoubliable écrit en deux mois dans une langue vive, truculente et lyrique, Soljenitsyne et le monde du goulag entraient en littérature." L'ouvrage fit l'effet d'une bombe car il révélait au grand jour l'existence des camps staliniens. " Le Monde