L'histoire commence en 2017, dans un monastère bénédictin de l'Aube. Guélia Pevzner, journaliste française née à Moscou, y reçoit un cadeau inattendu. Le prieur lui tend un exemplaire du Livre de la Nourriture Bonne et Saine, bible culinaire soviétique sortie pour la première fois en 1939, dans les années les plus sombres de la terreur stalinienne. Au fil des années, cet outil de propagande est tiré à des millions d'exemplaires. Son contenu et ses images font rire jaune les lecteurs soviétiques qui continuent de manquer de produits de base. Pourtant, le livre devient pour chaque famille soviétique un objet attachant. Le récit est polyphonique. Il conjugue la propre expérience de l'auteur et celles d'autres personnes vivant sur l'immense territoire ex-soviétique allant de Vladivostok à la mer Baltique. Le Livre de la Nourriture Bonne et Saine sert de fil conducteur à ce récit mais les histoires humaines remplissent l'écrit de vie, que ce soit des mémoires tragiques du Goulag, des blagues d'humour noir, des extraits littéraires qui réveillent l'appétit. Traversant trente ans de vie en URSS (1961-1991), Les plats chauds de la guerre froide se termine en France, les recettes étant adoptées à notre temps et à l'offre alimentaire française.
Nombre de pages
312
Date de parution
05/11/2021
Poids
400g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782352553762
Titre
Les Plats chauds de la guerre froide
Auteur
Pevzner Guélia
Editeur
EPURE
Largeur
135
Poids
400
Date de parution
20211105
Nombre de pages
312,00 €
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Il est robuste, il est résistant et il a la tête bien sur les épaules. On dit que les garçons naissent dans les choux. Je n'étais qu'un garçon manqué mais le chou blanc n'était jamais très loin de là où je passais à table. Il se mariait aux viandes grasses dans des soupes riches pour me faire passer de longs hivers. Il se laissait couper, râper et hacher fin pour rentrer dans des salades estivales. Et il fermentait dans un tonneau de tilleul, dans l'obscurité d'une vieille remise. Là il devenait soudain vivant, montrait sa force, remontait le poids du couvercle, puait, crachait même et finalement offrait généreusement son jus acidulé et sucré. Partie de Russie, je le retrouvais au détour de tous mes chemins. Il devenait coleslaw en Amérique, pkhali en Géorgie, choucroute en Alsace et garbure en Gascogne. Mais je le reconnaissais toujours, mon gros chou.
Pourquoi garder le souvenir d'un ouvrage conçu comme un outil de propagande, dont les premières éditions commençaient par une citation de Staline, et qui glorifiait l'industrie alimentaire de l'URSS ? pourtant, aujourd'hui, alors que la nostalgie de l'union soviétique se renforce - tout comme la persécution de la mémoire historique - ce document d'époque vaut la peine d'être lu attentivement. De la, et en dépit de la volonté des auteurs, apparait une histoire en filigrane, des détails involontaires trahissent un manque constant de nourriture et un dur travail domestique, au travers d'une fausse "amitié des peuples", dont témoignent les recettes ukrainiennes, kazakhes, arméniennes ou autres, on entrevoit les famines artificiellement provoquées dans ces mêmes pays. Le livre de la cuisine bonne et saine est la bible de la cuisine soviétique à deux facettes, des recettes inaccessibles utilisant des ingrédients jamais vus par la population y côtoient d'autres, simples et abordables. Le monstre idéologique né dans les heures sombres du stalinisme est aussi imbibé de moments de vie réelle. La mémoire de cette cuisine est chérie dans les familles. La première édition du livre a vu le jour en 1939, après la grande terreur, et la dernière en 1999, lorsque l'URSS n'existait plus. Entretemps, huit millions d'exemplaires ont été tirés. Malgré ces importants tirages, cet ouvrage reste rare et recherché. Aujourd'hui, il demeure une référence en cuisine, et un support historique.
Si l'arbre de mon enfance a été le saule pleureur, celui de ma vie d'adulte est, avec certitude, le cacaoyer. Originaire de la forêt amazonienne, quelque part aux frontières du Brésil, de la Colombie et du Pérou, il porte, à maturité, des fruits d'or, les cabosses. Directement accrochées au tronc et aux branches, elles lui donnent une allure singulière et inoubliable. Dans la cabosse, les précieuses graines sont emmaillotées dans une délicieuse pulpe blanche, sucrée et acidulée. C'est seulement après fermentation et séchage qu'elles deviennent les fèves de cacao. Réduites en poudre, les fèves s'utilisent comme une épice nouvelle, notamment dans les plats salés. Elles ajoutent aux recettes sucrées des notes subtiles et intenses à la fois. Utilisées sous forme d'éclats, elles apportent un supplément de textures : granuleuses, authentiques et croustillantes.
Tiges croquantes ou bulbe ventru, graines, racines, fleurs ou fanes proches de l'aneth : tout dans le fenouil est bon à prendre, que celui-ci soit sauvage ou cultivé. La gracieuse silhouette du fenouil sauvage triomphe au bord des rivages et des champs. Son parfum puissant de bonbon d'antan rappelle la Méditerranée, la cuisine du Sud, le maquis et la mer. Ses tiges rameuses, surmontées d'ombelles garnies de fleurettes jaunâtres en guise de mini-feux d'artifice, se dressent au bord des chemins ou au milieu de la garrigue et des rocailles. Il invite à la récolte et excite l'appétit. Et puisque la cuisine est aussi parfois une histoire de sorcellerie, sachez que le fenouil était autrefois répertorié dans les livres de magie pour son pouvoir d'éloignement des esprits maléfiques. Un bouquet de fenouil sauvage suspendu au plafond protégerait même la maison des fantômes...
C'est une histoire qui remonte à l'enfance, chez nous on tue le cochon à Noël. C'est le grand jour! Papa Vivie, mon grand-père, et Maman Flavie, ma grand-mère, se lèvent les premiers, sortent le matériel et tous les ingrédients nécessaires aux différentes préparations. Le cochon crie. Monsieur Isidore est donc là, monsieur Isidore est bien là armé de son couteau, fort comme un b?uf, il faut bien ça pour tuer le cochon. Dans la cour, les réchauds à charbon volent la vedette à la gazinière qui reste drapée de sa froide modernité dans la cuisine. "Tout va avoir le goût du vrai", dit mon grand-père qui ne jure que par son réchaud à charbon. Dans le cochon tout est bon. J'aime cet animal qui s'offre tout entier de la tête aux pieds, j'aime cet animal qui s'abandonne du museau à la queue pour le plaisir de nos papilles.
Je suis née à Gênes. Écrire sur le pesto, est pour moi un peu comme entreprendre un voyage sentimental, affirmer mes origines à travers une simple recette dont l'ingrédient principal embaume toute la Ligurie. Cette invitation à écrire un titre dans la collection "Dix façons de préparer" sur le pesto tombe à pic ! Nous vivons une période de l'histoire où le pesto se définit, se fait estimer de tous, il revendique ses racines, s'invente des défenseurs, des êtres humains pour le personnifier. Monsieur pesto est en marche, fier et fort, le basilic droit et l'huile figée, il court sa place au patrimoine de l'Unesco !