Philosophie N° 115, Automne 2012 : Symbole et société
Perreau Laurent
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EAN :9782707322562
Ce numéro est consacré à la question du symbole qui, souvent envisagée dans ses aspects sémiologiques, sémantiques et esthétiques, l?est ici dans sa dimension sociale et culturelle ? renouant ainsi avec la signification originellement sociale du terme, qui désigne un objet brisé dont deux individus se partagent les fragments au terme du contrat conclu afin de se reconnaître au terme de la quête qui les séparera.Il s?ouvre par la traduction d?un texte de George Herbert Mead de 1922, « Un compte-rendu behavioriste du symbole significatif ». Il y récapitule les lignes de force de sa psychologie sociale, montrant les conditions sociales de l?émergence du soi, soulignant l?importance de la communication sociale et du symbole significatif, et redéfinissant l?activité de pensée comme relation du comportement à l?environnement; critiquant la psychologie des peuples de Wundt, il retrace l?origine de la communication à partir du jeu des gestes sociaux; il y assume enfin un behaviorisme social bien distinct du behaviorisme réductionniste de Watson.Dans « L?Einfühlung comme symbolisme », Mildred Galland-Szymkowiak envisage le lien entre symbolisation et intersubjectivité à partir des théories de l?Einfühlung développées en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Cette notion naît d?une préoccupation esthétique ? comprendre le processus par lequel un sens émotionnel est attribué à des formes inanimées et abstraites ? avant de servir, chez Lipps, à élucider le caractère immédiat, originaire et paradoxal de notre expérience d?autrui.Puis Laurent Perreau expose, dans « Symboles et monde de la vie », les principaux éléments de la sémiologie phénoménologique d?Alfred Schütz, analysant plus particulièrement en détail sa théorie du symbole et de l?activité de symbolisation, qui occupe une place centrale au sein de l?analyse descriptive des structures du monde de la vie quotidienne.Fuyant le nazisme, Cassirer et Lévi-Strauss se sont côtoyés au Cercle de Linguistique de New-York où, avec Jakobson, ils contribuèrent à la revue Word par des articles fondateurs du tournant structuraliste des sciences humaines. Dans « Forme symbolique, prégnance symbolique et structure », Muriel Vanvliet compare leur approche de la culture, analysant le passage de la forme a priori kantienne et de la Gestalt goethéenne à la forme symbolique et à la structure ? l?oeuvre de Cassirer préfigurant l?anthropologie structurale, et le Finale de L'homme nu jetant une lumière sur le système dynamique de Cassirer.Faisant retour dans « La réalité symbolique du social » sur le débat entre Sartre et Lévi-Strauss, Gildas Salmon s?intéresse à la Critique de la raison dialectique, lue comme une déconstruction de l?objectivisme sociologique hérité de Durkheim: pour dissoudre la réalité sociale dans l?action politique, Sartre fait une lecture existentialiste des Structures élémentaires de la parenté. Ce à quoi Lévi-Strauss répond que le modèle saussurien du signe permet une objectivation non réductionniste des faits sociaux et de l?esprit humain.Bourdieu a conféré au pouvoir symbolique un rôle central dans l?analyse de la société: il peut exercer une véritable domination qui s?ajoute à ses autres formes, souvent en leur conférant une légitimité. Après s?être interrogé sur sa nature, Bruno Ambroise pose, dans « Le pouvoir symbolique est-il un pouvoir du symbolique? », la question de savoir si et comment il est possible d?échapper à son emprise.
Le rapport de Bourdieu à la phénoménologie peut sembler, à première vue, de pure critique. Mais sa sociologie des pratiques doit aussi quelque chose à la phénoménologie, à Husserl, à Schütz ou encore à Merleau-Ponty. Le rapport de Bourdieu à la phénoménologie peut sembler, à première vue, de pure critique. Mais sa sociologie des pratiques doit aussi quelque chose à la phénoménologie, à Husserl, à Schütz ou encore à Merleau-Ponty. La première intention de cette enquête est ainsi d'examiner les conséquences de la reconversion des concepts et des analyses phénoménologiques dans la théorie et la pratique de la sociologie. La seconde intention qui anime cette étude est de rectifier certaines présentations purement déterministes ou objectivistes de l'oeuvre de Bourdieu, en montrant qu'il élabore progressivement une conception renouvelée du " sujet ". Le rapport à la phénoménologie fonctionne comme une matrice de questionnements : ainsi en va-t-il des réflexions relatives à la normativité (sous la rubrique de l'habitus), à la temporalité et enfin à la réflexivité, qui sont ici méthodiquement examinées et composent une véritable théorie du sujet social.
Biographie de l'auteur Laurent Perreau est maître de conférences en philosophie contemporaine à lUniversité de PicardieJules Verne. Ses travaux portent essentiellement sur la phénoménologie allemande et lépistémologiedes sciences sociales.Antoine Grandjean est maître de conférences en philosophie allemande à l'Université de Nantes.Dernier ouvrage paru : Critique et réflexion. Essai sur le discours kantien, Paris, Vrin, 2009.
Résumé : Le nom d'Erving Goffman (1922-1982) reste attaché à l'enquête sur l'ordre de l'interaction. En déplaçant le regard vers les situations les plus ordinaires de la vie sociale et en montrant comment elles constituent un ordre de plein droit, Goffman a ouvert un nouveau continent aux sciences sociales. Les contributions rassemblées dans cet ouvrage - qui inclut la traduction de deux textes de Goffman - rendent compte de ce projet. Elles restituent ses filiations à l'héritage de la sociologie de Chicago et mettent en perspective son rapport à l'ethnométhodologie. Elles en explorent les métaphores du théâtre et du cinéma et engagent un dialogue avec la philosophie. En mettant à l'épreuve certaines perspectives, comme l'analyse de cadres, elles en interrogent la pertinence politique pour la compréhension des rassemblements ou des mobilisations et pour les études de classe ou de genre. L'oeuvre de Goffman est ainsi éclairée d'un jour nouveau.
Qu'est-ce qu'une minorité ? un état d'infériorité numérique ? une identité dominée ? une catégorie protégée par le droit ? une communauté partageant certains traits culturels ? Pour Bruno Perreau, être minoritaire, c'est vivre dans un rapport de substituabilité. Devant le spectacle de George Floyd, tué par la police de Minneapolis, toute personne noire savait qu'elle aurait pu être à sa place. Toute autre personne victime de violence ne put que se sentir interpellée. "Sphères d'injustice" réfléchit aux résonances entre différents types d'expériences minoritaires : comment articuler les combats minoritaires et éviter qu'ils soient en compétition ? Comment impliquer la majorité ? Comment éviter les dérives managériales et résister aux attaques réactionnaires ? Comment représenter les minorités à l'ère des algorithmes ? Bruno Perreau montre que les dispositifs juridiques qui protègent le genre peuvent protéger la race, ceux qui protègent le handicap peuvent protéger l'âge, la classe, l'orientation sexuelle, et ainsi de suite. C'est ce que l'auteur appelle l'intrasectionnalité. En actualisant "Sphères de justice", l'ouvrage classique du philosophe Michael Walzer, "Sphères d'injustice" démontre l'utilité d'un universalisme minoritaire pour relever les défis de l'interdépendance économique, numérique et écologique au XXIe siècle.
Le temps d'un séjour de quelques semaines dans sa maison d'enfance, la narratrice raconte ses retrouvailles avec sa famille, où, depuis trois générations, hommes et femmes ont choisi le métier de pasteur. Mais quand elle arrive, quelque chose de cet ordre ancien s'est profondément déréglé. De ses proches, elle raconte les rires, les chutes, les chants. De toutes ses forces, elle les soutient, quand leur vie ne semble plus tenir qu'à un fil.
Rencontrer une fille tatouée au Japon, sauver la vie d'un homme sur un paquebot en mer du Nord, nager avec les dauphins aux Bahamas, faire l'amour à Moscou, travailler à Dubaï, chasser les lions en Tanzanie, s'offrir une escapade amoureuse à Rome, croiser des pirates dans le golfe d'Aden, tenter sa chance au casino en Slovénie, se perdre dans la jungle de Thaïlande, faire du stop jusqu'en Floride. Le seul lien entre les personnages est l'événement vers lequel tous les regards convergent en mars 2011 : le tsunami au Japon, feuilleton médiatique donnant à tous le sentiment et l'illusion de partager le même monde. Mais si tout se fond dans la vitesse de cette globalisation où nous sommes enchaînés les uns aux autres, si chacun peut partir très loin, il reste d'abord rivé à lui-même et à ses propres histoires, dans l'anonymat.
Dionysos est là. Il arrive depuis toujours. Il vient d'ailleurs, mais il est partout; c'est qu'il est le dieu du théâtre. La tragédie qu'il met en place sera plus tragique qu'une autre, puisqu'il s'agit de lui. Il lui faut un homme qui lui résiste, à qui il puisse faire la chasse pour le prendre dans les filets du délire. Les Bacchantes sont la pièce du délire qui finit mal. Ce n'est pas l'auteur et ce qu'il a pensé qu'on cherchera, ni en deçà de lui, la langue et son rythme. L'athée s'est-il converti? Peu nous chaut. Au théâtre le poète est masqué, sous les masques de ses personnages. La vigueur de la mise en perspective dépend de sa discrétion. Telle est la règle de l'objectivité scénique. L'auteur ne délivre pas de message. La victime n'apporte pas de salut. La fête n'en répand pas moins ses lumières et ses fastes, ses fantasmagories, ses jeux de cirque, ses bouffonneries et ses horreurs. L'initiation cultuelle des mystères dionysiaques s'y est faite initiation théâtrale. La gloire est toujours douce, dira-t-on, même pour le dieu. Toute arme est bonne pour gagner, surtout celle de la dévotion.
A travers 15 dilemmes redoutables, situés aussi bien dans notre quotidien que dans des futurs proches ou imaginés, ce livre met à l'épreuve nos certitudes et nos intuitions les plus profondes. Chaque situation force à trancher là où aucune solution ne permet de sortir indemne - là où décider signifie toujours renoncer. En croisant la pensée des grands auteurs classiques et contemporains avec des exemples issus de la science-fiction, de la culture populaire et de l'expérience ordinaire, Charlotte Peytour nous invite à philosopher autrement, de façon vivante et concrète. Ici, pas de bonnes réponses, mais des clés pour comprendre comment nous décidons, pourquoi nous hésitons et ce que chaque choix révèle de nous.
Ce livre réconcilie avec la base de la philosophie, et ça fait du bien. Loin d'être d'abord conçue comme de l'exégèse pointue, la philosophie existe parce qu'on l'a inventée pour répondre à des questions vitales. Parmi celles-ci : comment guérir de l'épreuve douloureuse d'exister, puisque vivre, tout simplement, ne va pas de soi ? Les philosophes, à travers l'histoire, ont apporté leurs réponses. La philosophie, dans ce livre, devient un guide de conduite formidable pour se réconcilier avec la vie.
Peut-on encore avoir recours à la pensée humaniste, cette philosophie lucide et joyeuse, inspirante et bienveillante, dans un monde où les repères sont à ce point brouillés ? Du XIVe siècle à nos jours, d'Erasme à l'espéranto, de Christine de Pisan à Bertrand Russell et de Voltaire à E.M. Forster, ce livre montre comment des femmes et des hommes d'hier et d'aujourd'hui, guidés par leur foi en la raison, ont placé l'amour de l'humanité tout entière au coeur de leur réflexion. Après son inoubliable Comment vivre ? , sur les traces de Montaigne, Sarah Bakewell nous convie à la découverte de la pensée libre, de son foisonnement d'idées et d'expériences, portées par une vision éthique de l'existence. Aujourd'hui plus que jamais, il s'avère urgent de s'inspirer de ces modèles d'humanisme.
Une autre histoire de la philosophie, qui redonne leur place aux femmes oubliées. En dépit de leur oubli et de leur effacement, les femmes ont contribué à l'histoire de la philosophie. Cet ouvrage vise à leur rendre justice, en mettant en avant leur pensée et leurs apports décisifs. Les auteures et chercheures qui ont collaboré à cette autre histoire de la philosophie ont consacré leurs travaux à faire connaître cette part oubliée de l'histoire de la pensée, d'Hypathie à Simone de Beauvoir, en passant par Rosa Luxemburg, Jeanne Hersch et Hannah Arendt, jusqu'aux débats récents après #Metoo. Laurence Devillairs et Laurence Hansen-Love analysent ce que la philosophie doit aux femmes, avec les contributions des philosophes Sandrine Alexandre, Annabelle Bonnet, Marie Chartron, Estelle Ferrarese, Geneviève Fraisse, Marie Garrau, Isabelle Koch, Catherine Larrère, Catherine Malabou, Maud M'Bondjo et Camille de Villeneuve. " Un ouvrage remarquable, tant par la qualité des coautrices que par son contenu et sa visée. " Libération